Moniteur du 8, t. XVHI, p
2. Voy. Hist, du tribunal révolutionnaire de Paris, t. H, p. 82-90.
Perte des lignes de Wissembourg.
Au momcnl où les batailles de Ilondschoole et de Walliprnies dégageaient notre frontière au Nord-Ouest, le Nord- Est inspirait les plus vives inquiétude». Les lignes de Wissembourg étaient forcées et TAlsace en péril. Reprenons les choses de plus haut.
Les capitulations de Mayence et de Valenciennes, se succédant coup sur coup, avaient jeté, nous l'avons dit, l'alarme dans la France entière. Elles avaient pourtant offert à la Convention des ressources inattendues pour les deux choses qu'elle avait le plus à cœur. Les garnisons des deux places avaient montré tant d'énergie qu'elles s'étaient fait accorder, avec les honneurs de la guerre, le droit de rester libres : elles n'étaient engagées qu'à ne point servir d'un an contre les mômes ennemis. On les pouvait donc employer à l'intérieur contre Lvon et contre la Amendée. La Convention décréta que la garnison de Mayence serait dirigée contre la Vendée; celle de Valenciennes, partie contre hi Vendée et partie contre Lyon. La perte de Mayence et de Valenciennes offrait pourtant des différences : celle de Mayence, c'était l'abandon des projets de conquête sur l'Allemagne; celle de Valenciennes, le péril de Tinvasion à l'intérieur. Ce péril devait très justement inquiéter la Convention avant tout. Elle résolut d'emprunter 30 000 hommes aux armées de la Moselle et du Rhin pour couvrir, derrière l'armée du Nord, Saint-Quentin et Péronne *, et deux membres du Comité de salut public, Prieur (de la Marne) et Jean-Bon Saint-André, reçurent mission d'aller se concerter à cet égard avec les représentants attachés aux deux premières de ces armées (2 août) V
i. Dépôt de la Guerre, armée du Rhin. Ordre du Coniilc de salut public, 8 août.
2. Voy. les lettres de Jean-Bon Saint-André et Prieur (do la Marne), 4, 9, 11 et 12 août, AF II, 246, et armée de la Moselle; et le rapport qu'ils ont publié sur leur mission (Bibliothèque nationale, Le ^*3i).
eu. XXIX. — FIN DE 'la CAMPAGNE DE 1793 153
Les généraux de ces armées, en effet, et même les représentants délégués pouvaient avoir des objections contre Temprunt qu'on leur voulait faire. Mayence, le grand pont du Rhin que nous perdions, était rouverte à Tenncmi qui y retrouvait plus de facilité pour nous menacer dans nos frontières; et cette perte avait ébranlé toute confiance dans nos propres forces. Le cri de trahison retentissait partout. Nos généraux étaient des traîtres, pour le moins des suspects. Le 7 août, les Jacobins de Strasbourg enveloppaient dans la même accusation Gustine, Houchard, Fcrrier et Beauharnais. Le 2 août déjà, Lacoste et (luyàrdin, représentants en mission près Tannée de la Moselle, écrivaient de Metz au Comité de salut public :
Que les armées du Rhin et de la Moselle étoient supérieurement organisées, et que, si Mayence étoit tombée au pouvoir «les ennemis, il ne falloit s'en prendre qu'aux généraux et à leurs états-majors.
Ils sont coalisés avec nos hommes d'État et presque tous sont (les contre-révolutionnaires avérés.
II est assuré que nos armées de la Moselle et du Rhin étoient »;u état de marcher, il y a deux mois; qu'il est bien criminel qu'elles n'ayent pas volé plus tôt au secours de Mayence. Que dis-je volé! quand elles ont tenté cette expédition, elles ont mis «lix jours pour faire quinze lieues (1 lieue 1/2 par jour) et pour faire une retraite qui est une véritable trahison.
Ils ont vu Houchard, ils doivent dire :
Que s'il est patriote, il est le plus froid des patriotes; qu'il a la réputation d'être un bon soldat, même de bien conduire une division, mais incapable de bien commander une grande armée ou de prendre de grandes mesures; qu'il ne fait rien d'ailleurs sans son aide de camp Barthélémy qui est connu pour afficher le patriotisme le plus chaud, mais n'être dans le fond qu'un intrigant.
Malgré cette médiocre recommandation, malgré cette plainte adressée par les Amis, etc., de Strasbourg aux Jacobins de Paris contre la créature de Custine que Ton destituait, Houchard avait été investi du commandement de
ISi LES REPRÉSENTANTS EN MISSION
rarméc du Nord. Il fallait le remplacer lui-même à Yi méc de la Moselle. Ferrier, chargé de Tintérim, avait pi venu sa dénonciation en refusant le commandement. L représentants Richaud, Soubrany, Ehrmann et Ilarma le donnèrent à Schauenbourg qui n'en voulait pas dava tage *, et eux-mêmes ne le faisaient qu'à contre-cœur po la même raison :
Nous vous prévenons que, sur Tavis de ce général (Houchar nous avons, malgré notre répugnance naturelle pour la cai des ci-devant nobles, cru devoir conférer le commandcmc provisoire au citoyen Schaucnbourg, général de division de ce armée.
Nous devons, pour rendre justice à la vérité, vous dire auj que ce général n'a accepté qu'avec la plus grande diffîculi nous observant avec ju&licc que son origine était un gra obstacle qui pourroit bientôt le faire environner de soupçons lui faire perdre la confiance sans laquelle il est impossible remplir ces importantes fonctions.
D'après ces considérations, nous vous prions de faire procéci le plus tôt possible i\ un choix et h une nomination définitive
L'armée du Rhin allait aussi changer de général en ch( Beauharnais, effrayé de la disgrâce de Cusline et recula devant la responsabilité plus lourde que la chute do Mayen faisait retomber sur lui, courut au-devant de la destituti( suspendue sur sa tête. Le 3 août, il envoya au Comité salut public sa démission, offrant de servir comme volo taire. Le 6, il revint à la charge, disant qu'en sa quali de noble il demandait d'être remplacé. Le il, il insist; encore ; le 19, il adressait aux administrateurs de Strasbou celte lettre découragée :