IV
Suites de la bataille de "Wattignies sur la frontière
du Nord.
Vers le milieu d'oclobro, la situation des armées à TEsl et à rOuest de la frontière du Nord était fort différente. A rOuest, la bataille de Wattignies rendait possible l'offensive dans toute l'étendue de la circonscription des armées du Nord et des Ardennes, depuis Dunkerque jusqu'à Charleville ; à TEsl, le combat de Pirmasens et la perte des lignes de Wissembourg laissaient Landau isolé et l'Alsace ouverte devant l'ennemi.
Revenons au Nord-Ouest. Carnot, de retour au Comité de salut public, espérait que les opérations allaient marcher au gré de ses désirs : que l'aile gauche de Tannée du Nord se porterait vers Ostende; que Faite droile, descendant la Sambre, atteindrait Charleroi et Namur.
Le vainqueur de Wattignies, Jourdan, avait le commandement supérieur de ces troupes, disposant tout à la fois, et de l'armée des Ardennes qu'il avait laissée au général Ferrand, en passant à Tannée du Nord *, et de Tarmée du Nord où il avait pour lieutenants : Souham, le» défenseur de Dunkerque, Davaine, et, sous eux, des généraux de brigade dont plusieurs devaient bientôt se fain» un nom, Moreau *, Mac-Donald, Dupont, Hoche : Hoche le plus nouveau de tous, dont le génie militaire s'était révélé au siège de Dunkerque et qui allait devancer tous les autres ». Quant aux représentants, ils ne manquaient
1. Ferrand étant resté malade à Maubeugc, l'armée des Ardennes, rôduile alors au camp dlvoy-Carignan, fut successivement commandée par les généraux Maisonneuve et Debrun.
2. Ne pas le confondre avec Moreaux, de l'armée de la Moselle.
3. Les représentants Trullard et Berlier le nommèrent général de brigade : « sur les excellenls témoignages qui ont été rendus au civisme et h rintcUigence du citoyen Hoche, adjudant général en cette place, et d'après sa bonne conduite pendant la durée du siège dont nous avons été témoins nous-mêmes », disent-ils. (Armée du Nord, 15 septembre). —
pas non plus, les uns secondant, les autres contrariant plutôt Taclion du général en chef : Isoré et Châles à Lille *, TruUard et Berlier à Dunkerque, Laurent et Florent Guyot à Arras, toujours avec des pouvoirs illimités cl dans des circonscriptions qui n'étaient pas assez définies. Mais les résultats ne répondirent pas aux espérances de Carnot. A Tailc gauche, les succès furent balancés, et le 28 octobre on en revint à la défensive *; à Taile droite.
Sur Hoche voyez la Vie de ÏMzare lïocfie par Alexandre Rousselin (2 vol. in-8, Paris, an VI), à laquelle nous renverrons pour les pièces de sa correspondance qui y sont données; — Hippolyte Durand, le Général Hoche, Paris, Versailles, 1832; — Duchalellier, Hoche, sa vie, sa correspondance, Paris, 181'»; et la chaleureuse notice de M. Maze.
1. Isoré avait été nommé avec Drouet et Bar, le 9 septembre, pour remplacer à l'armée du Nord, Delbrel, Colombel et Letourneur. [Moniteur du 12, l. XVII, p. 625.) C'est lui qui envoya de Lille à Paris les cinq patriotes lillois dont le tribunal révolutionnaire prononça l'acquittement le 19 frimaire, 9 décembre 1193. (liist, du tribunal révolutionnaire de Paris, l. II, p. 532.) Il est vrai que, dans la séance de la Convention de ce même jour, Bourdon (de l'Oise) imputa surtout le fait & Lavalette, commandant (le Lille, qu'il traita fort mal, comme il le méritait, ainsi que son aide de camp Dufresse, le général de la nouvelle armée révolutionnaire. [Moni- Imr du 21 frimaire, 11 décembre, t. XVIH, p. 631.) Isoré se disculpa aussi (le cette arrestation, Cassel, 21 frimaire. (Arch. nat., AF II, 152, 2* partie de frimaire, pièce 166.)
2. Les succès avaient été rapides dans les premiers jours. Le 22 octobre, Moreau mande au général Davaine la prise de Poperingue; et Davaine aux représentants Trullard et Berlier.que ses troupes ont forcé toutes les |>ositions depuis Marchiennes jusqu'à Fumes; Vandammc annonce la prise de Furnes, et Hoche le siège de Nieuport. Le représentant Isoré fait une proclamation à l'armée du Nord : « L'ennemi est forcé partout », et il publiait une lettre du général Souham : Comines, Warneton, Wcrwick ont été enlevés. Voy. aussi le journal de cette campagne par Souham, du 20 au 25 octobre, et la lettre de Jourdan au Ministre (du 25 octobre), constatant ces résultats. Le 26, Souham donne des instructions à Davaine pour Pexpédition d'Ostende. — Mais la situation changea bien vite de face. Le 27, Souham ordonne à Mac-Donald d'évacuer Menin la nuit et sans bruit, et, le 28, les lettres d'Isoré constatent l'échec de la campagne de la Wesl-Flandre. On va se remettre sur la défensive. Le 28, Carnot écrit à Davaine, tout en le félicitant de ses premiers succès, que ses forces lui paraissent trop morcelées, et, le même jour, Duquesnoy adresse au Comité l'arrêté qui suspendait Davaine pour inexécution d'un ordre du général en chef. Le 29, Jourdan en avertit Bouchot te. — Depuis quelque temps il y avait mésintelligence entre Souham et Davaine. Le 30 octobre, Souham donne ordre à Mac-Donald de prendre le commandement des troupes depuis Bailleul jusqu'à Dunkerque, en remplacement de Davaine. (Armée du Nord, aux dates.) — Les habitants de la frontière avaient montré, sur plus d'un point, une grande énergie au milieu de
on se trouva aussi arrêté. Carnot avait bien dit d'all< en avant*. Mais la chose n'était pas facile. Le 30 octobr le représentant Duquesnoy, naguère le compagnon < Carnot à Wattignies, lui écrivait :
Nous sommes ici à la barbe de Tennemi, et notre positic pour aller l'attaquer n'est pas favorable, ayant la rivière ( Sambre devant nous.
Et en post-scripluin :
Si notre collègue Carnot peut s'absenter quelques jours t Comité, qu'il vienne de suite *.
La route était parfaitement tracée sur la carte; seul ment les chemins étaient impraticables. Jourdan écrit Bouchotte, le 1" novembre, qu'il venait de faire passer ui colonne à Florenne, pour se conformer aux ordres d Comité de salut public, et que, le 3, il devait attaqua Charles-sur-Sambre (Charleroi) ; il ajoutait toutefois :
Je ne dois pas vous cacher que dans le cas de réussite, si^ passe la Sambre, je cours le risque d'être tourné par Beaumoi et par Namur et qu'en outre je ne pourrai recevoir des subsij tances qu'avec les plus grandes difficultés à cause des routes
Carnot ne se rend pas volontiers. Il faut faire quelqu chose : s'il ne peut marcher sur Bruxelles et Liège sar s'exposer à être pris en flanc ou sur les derrières par h
celle luUe dont leurs villages èlaienl le théâtre. • Les villageois, dit Isor vont au combat, à la première alTaire, la fourche à la main » (Cass( 23 frimaire, 13 décembre. Arch. nat., AFII, 234, pièce 191). Le 30 octobr le curé de Verlinghien faisait un rapport sur la défense du passage de Lys par les habitants de la contrée : « La Convention, disail-il, a déclai que Lille a bien mérité de la patrie. Elle pourrait décréter le môme hoi neur à Verlinghien. » (Arch. nat., I). xl, 22, pièce 62.)
1. Le 22 octobre, Carnot adresse à Jourdan l'arrêté du Comité de sah public concernant la manière de finir la campagne. 11 ne faut pas sou frir que l'ennemi passe l'hiver en France ; il faut le repousser au delà i la frontière, mais on ne demande pas de pénétrer dans l'intérieur de '. Belgique; et, le 26, il le félicite des dispositions prises pour exécuter se plan (le campagne.