Arch. nat., AFIT, 247, à la dalo
*2. Ihid., ni lieu, ni date, reçu 3 frimaire (probablement de Strasbourg, 27 hnimaire, 17 novembre),
:\. Dans une lettre du i décembre, le Ministre, à son tour, dit aux deux roprêsentanls que le Comité persiste dans l'idée d'un rassemblement à Bouquenom. (Dépùl de la Guerre, armée du Rhin, à la date.)
11 faut que votre génie se crée des ressources nouvelles, il faut que votre énergie double vos forces. Vos arrêtés sont parfaitement révolutionnaires, nous attendons tout de votre sagesse et de la fermeté de vos mesures. Si vous croyez que notre collègue Carnot puisse être utile au succès de l'expédition, il ira vous
joindre.
Carnot *.
J'indiquais les dangers possibles d'un plan de campagne débattu, non pas avec le général, mais avec de jeunes représentants. Or, vers le même temps, le 3 décembre, et avant d'avoir reçu cette lettre, nos deux jeunes gens, écrivant à leurs collègues de l'armée de la Moselle, parlaient déjà comme de vrais généraux de l'armée du Rhin. Après quelques détails sur la composition des corps, sur leur dispersion de Huningue à Landau et sur les actes révolutionnaires dont ils se vantent (car en cela ils se rappelaient qu'ils étaient représentants) : mise en jugement et exécution de trois ou quatre chefs de brigade, destitution des militaires suspects, arrestation des modérés, ils ajoutent :
Tandis que vous prendrez l'ennemi à dos vers Bitche, nous le prendrons en flanc vers Saverne en tête de Strasbourg, et aussitôt qu'il sera repoussé nous pourrons, si vous le jugez nécessaire, jeter pendant sa fuite 7 000 hommes dans le Brisgau par Kehl. Alors les forces ennemies qui sont à Huningue seront forcées de se replier vers Kehl, nous en serons plus forts dans le Haut-Rhin; alors nous marcherons de tous côtés comme le tonnerre, sans nous arrêter, sans laisser respirer I ennemi, nous nous fortifierons des garnisons de Bitche,... de Landau, nous dévorerons le Palatinat. Alors nous aurons retrouvé nos 100000 hommes qui sdht nuls maintenant par la bassesse de ceux qui ont régi les aff'aires '.
C'était Pichegru, un homme selon leur cœur et le cœur 'le Bouchotte, qui était, depuis le 27 octobre, général
*• Armée du Rhin, à la date. Notons que c'est Carnot qui signe et qui a ^♦""t. Le 3 novembre (13 brumaire), les représentants Cusset, lluamps et ^ubrany furent rappelés par un décret qui envoyait près les armées du "hincl de la Moselle, Lémane, Hermann, Lacoste et liaudoi. {Moniteur du ^■' brumaire, 5 novembre, t. XVHl, p. 335.)
^ Armée du Rhin, à la date.
en chef de l'armée du Rhin, et c'était Hoche qui, depuis le 31, avait pris possession du commandement de l'armée de la Moselle *.
Le 3i, jour de son installation, Hoche fait connaître au Ministre sa situation stratégique*. Il a 28 000 à 30 000 hommes devant lui; il ne peut faire aucun mouvement, s'il n'est secondé par l'armée du Rhin. Il importe de repousser au plus tfM l'ennemi. II faut que l'armée du Rhin agisse avant que les chemins soient impraticahles. Qu'elle frappe tout entière : elle sera soutenue par l'armée de la Moselle. Il va visiter les positions; le surlendemain, il aura une conférence avec le général en chef de l'armée du Rhin. — Et, ne se désintéressant pas de l'armée du Nord qu'il vient de quitter, il recommande au Ministre de surveiller Vandamme qui parle plus qu'il n'agit '.
Le 3 novembre, il a parcouru ses cantonnements et il fait savoir au Ministre que l'armée de la Moselle est répandue sur une frontière de 23 lieues, sans force ni consistance. Il faut y remédier. Il est ur^»'ent de délivrer Landau. L'ennemi veut réduire la place par la famine pour hiverner sur notre territoire et commencer la campagne prochaine. Pichegru ne s'est pas rendu au rendez-vous indiqué ù Phalshourg. Il ne peut, lui, se porter en avant s'il n'a des secours :
1. Le 31, Delaunay, nommt^ général en chef, sur le refus de Moreaux, en rem place ment de Schauenbour^' (30 septembre), écrit au Ministre qu'il a remis le commandement à Hoche.
2. La correspondance de HocTic a été publiée par Alexandre Rousselin : Vie de Lazarp. Hoche, r/énéntl des années de la République française, suivie de sa correspondance publique et privée avec le gouvernement, les ministres, les généraux, etc. (2« édition, Paris, an VI de la République.) Ce recueil, fort précieux d'ailleurs, jusqu'à meilleure publication, a des lacunes. Les lettres n'y sont pas toujours données textuellement ou intégralement, et nous en citerons plus d'une qui n'y est pas. Une édition complète de celle correspondance serait le meilleur hommage à rendre à la mémoire du grand général.
3. Cette lettre, que je résume, n'est pas dans le recueil de Rousselin. On la trouvera, avec toutes les autres que je citerai, chacune à sa date, au dépôt de la Guerre, armée de la Moselle (quelques-unes, à l'armée du Rhin).
CH. XXIX. — FIN DE LA CAMPAGNE DE 179o 483
J'ai le plus grand besoin de souliers et de chemises...
Je suis si peu secondé que je vous prierois de me rendre à mes anciennes fonctions, si je n'espérois rétablir Tordre sous très peu de temps. Je désirerois que vous puissiez me procurer quelques obusiers; les ennemis se servent avec succès de cette arme trop négligée chez nous *.
Hoche, arrivant à une armée nouvelle, ne prétendait pas, comme Saint-Just, tout refaire par lui-même. Il accepta avec empressement ceux qui, plus anciens, pouvaient lui rendre de bons services. Le Comité de salut public avait suspendu un excellent officier, chef d*état-major, Ilédouville, comme noble. DeJaunay, le dernier commandant en chef, avait fait des observations à Richaud et à Soubrany. Hoche les avait renouvelées, et les deux représentants semblaient portés à les accueillir. Le 6 novembre, ils écrivent au Comité :
Le général Hoche nous observe qu'arrivant à une armée qu'il ne connoissoit pas, il avoit au moins autant de besoin d'un bon chef d'état-major que ses prédécesseurs; qu'il avoit été fort content de Hédouville dans la tournée qu'il venoit de faire pour reconnoître l'armée et qu'il alloit écrire au Ministre à ce sujet...
Ils ont reçu la lettre de suspension comme dépôt. Mais voici la réplique du Comité, écrite en marge de leur lettre :
i. Celle dernière phrase n'esl pas donnée par Roussclin. Dans une autre lellre du 5, omise par le môme aut.Mir, Hoche dit au Comité qu'il verra Pichegru el qu'il espère le détermi:i>^r à marcher au secours de Landau : la chose est des plus importantes. Il s'étonne de la position fâcheuse de l'armée du Rhin. 11 envoie son ordre de bataille, ajoutant qu'il y fera peut-être quelques changements (armé;.' de la .Moselle, à la date). A la même date (Roussclin, t. II, p. 21), il transmet au ministre des nouvelles alarmantes de Landau. — Baudot et Lacoste, et avec eux soit Mallarmé, soit Lémane, travaillent, comme Saint-Just et Lebas, à procurer aux armées les approvisionnements dont elles ont besoin : Metz, 20 brumaire (10 novembre), construction de moulins; Strasbourg, 2 frimaire (22 novembre), 1500 paires de souliers; 7 frimaire (27 novembre), 476 chemises; 21 frimaire (11 décembre), tableau des quantités de grains et fourrages à fournir par divers départements; 2 nivôse (22 décembre), pouvoirs donnés au commandant de la place de Strasbourg pour obtenir la plus grande quantité de souliers, par tout moyen, réquisitions, visites domiciliaires. (Arch. nat.y AF II, 245, aux dates.)
Répondre que dans une République l'obéissance à la loi ou à ce qui a force de loi est le premier des devoirs; que le général qui néglige d'exécuter un ordre de suspension se rend coupable, et que les représentants du peuple, qui autorisent cette négligence ou le refus d'obéir, compromettent la patrie, en dérangeant toutes les mesures de salut public. Rappeler aux citoyens Richaud et Soubrany que toutes les suspensions ordonnées par le ministre de la Guerre sont concertées avec le Comité de ssïlut public, et que ne pas les mettre à exécution, c'est laisser dans des fonctions importantes un homme que le gouvernement a jugé indigne de la confiance publique. Certes la recommandation d'un général, souvent suspect lui-même, ne doit pas l'emporter sur la décision impartiale d'hommes qui ne jugent que sur des renseignements positifs *.
C'est ce qui eût été à démontrer. — Et un autre représentant, Ilentz, écrit au Comité, 9 novembre :
Les dispositions sont bonnes, mais on paroit engoué d'Hédouville, chef de Tétat-major et je vous garantis que c'est un homme de l'ancien régime ; et je suis si convaincu qu'il n'aime pas le nouveau, que je crois que, tout en se rendant apparemment utile par de bonnes vues et de bonnes dispositions, il en fait part à nos ennemis*.
Voilà à quelles injures étaient exposés les nobles qui n'avaient pas renoncé à servir leur patrie.
1. Armée de la Moselle, à la date. La lettre officielle, faite sur ce brouillon, est aux Archives nationales, AF II, 246, pièce 320.