‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 96 sur 225 · IV · texte numérisé non relu

IV

rester comme simples citoyens et concourir à -la rénovation des autorités constituées. L'avis contraire de quelques-uns de nos collègues les force à partir *.

Que devenaient les armées au milieu de ces conflits des commissaires chargés d'y représenter la Convention ? Hoche , forcé de battre en retraite, ne s'était pas découragé. Privé par d'injustes soupçons des aides dont il avait besoin, il re<loublait de \âgueur, mais ne laissait pas de faire entendre quelque plainte. Il indiquait au Ministre d'oii venait tout le mal :

Blisoastel 12 frimaire... (2 décembre 1793).

D'Hédouville est en arrestation et part pour Paris : les représentants, sentant la difïiculté de le remplacer, n'avoient pas jugé à propos de le faire partir au moment où j'étois en train de marcher h grands pas...

Des généraux qui m'ont été envoyés Tun, Dubois, est mis en arrestation pour fait d'incivisme, un autre est aristo-modéré, un 3^ est imbécile [le patriote!]...

Demain toute l'armée est en mouvement et 12 000 hommes s'acheminent vers Bitche pour forcer les gorges de Wissembourg. Je travaille à établir une barrière insurmontable ou plutôt un désert entre les frontières de la République et les tyrans. Bois, maisons, tout sera abattu, après quoi, je ferai mon possible pour aller commander la division agissante.

Les troupes [ennemies] d'Alsace avoient reflué à Kayserslautcrn, il y avoit 50000 hommes el depuis dix mois on travailloit à y élever des retranchements.

Je vais occuper Pirmasens, llornbach, Bliscastel et Forbach, et lorsque mes travaux seront finis , je pourrai envoyer 0000 hommes au Rhin. Je ferai mon possible pour les conduire moi même *.

!. Arch. nat., AFII, 2n, 29 frimaire (19 décembre 1193).

2. Armée de la Moselle, à la date. — Le 5, il dit au Afinistre qu'il conduit à Bitche la division de 12 000 hommes, destinée à manœuvrer de concert avec Pichegru; le 6, autres indications sur sas mouvements : il laissera 6000 hommes à Pirmasens et se portera en avant avec le reste pour empêcher renncmi de détacher des forces vers Landau. (/6fd., aux dates- Aucune de ces lettres n'est dans Rousselin.) — Desaix faillit être arrêté au début de sa carrière. Pichegru écrit au Ministre qu'il avait été suspendu - • Il s'est fort bien comporté; à moins que tu n'aies de fortes prévention*

CH. XXIX. — FIN DE LA CAMPAGiNE DE 1793 198

La leltre reçue de Carnot sur son échec, en lui montrant qu'il y avait au Comité de salut public quelqu'un qui ne l'en rendait pas responsable, lui donna plus de courage à parler. Il écrit le 10 décembre (20 frimaire) au Comité :

Si mon zèle avolt pu s'aticdir, la lettre du Comité est bien faite pour le porter au plus haut degré ; il n*en éloit pas besoin. Je ne puis le dissimuler, Tarniée du Rhin n'agit pas assez vigoureusement; ou, si les divisions se battent bien, elles le font particulièrement : c'est le moyen d'être battu en détail. Une des leUres de Taponier que je joins ici convaincra le Comité que quelque secousse générale suffîroit pour nous avancer beaucoup.

... Je verse chaque jour des larmes de sang de me voir arrêter par le défaut de munitions. Cependant je vais faire un grand appareil pour me porter de nouveau sur Kayserslautern, où les Prussiens sont toujours campés et occupés à faire de nouveaux retranchements K

Et dans les lettres suivantes, tout en se plaignant de son Jénuement, il expose la suite de ses opérations, rendant témoignage des bons services de quelques généraux qui pouvaient être encore compromis *.

Hoche marchait donc et il tâchait d'entraîner Pichegru après lui, tout en se plaignant que l'armée du Rhin prît plus-sur les ressources de l'armée de la Moselle qu'elle ne lui donnait d'aide. Il écrit le 19 décembre (29 frimaire) au Ministre :

Le lendemain de mon entrevue avec Pichegru, les représentants du peuple Saint-Just et Le Bas prirent un arrêté pour que

contre lui, je Rengage à rcUrer sa suspension. • — En marge, de la main ^e Boucholte : • Rechercher la dénonciation contre Dcsaix. » On le Ut et I *'n lui rendit son commandement. (Armée du Rhin, 3 décembre.)

l. Armée de la Moselle, à la date, et Rousselin, t. II, p. 35.

'^. Le li, il écrit au Ministre : « Taponier se comporte bravement, il a pris quatre drapeaux. C'est un officier sur lequel je compte. La perte du Irésor ne sauroit pas être son ouvrage • (le trésor avait été enlevé par •pnnerai). — Le 12, les Jacobins de Paris transmettent au Comité une lettre ^^ Sarreguemines qui attribue à d'Hédouville la défaite de Kaiserslautern : ~~ c'est lui, au contraire, qui couvrit la retraite par une charge brillante •le cavalerie. — Le 14, Hoche parle au Ministre d'un effort général concerté '^^ec Pichegru : les trois divisions de gauche sont conliées par eux à Taponier. — Le 15, au Ministre : ■ Taponier et Grangeret marchent dans '* direction de Werdl et Limbach • ; et il parle de leurs succès.

nous ayons à nous concerter sur les mesures à prendre pour délivrer promptement Landau. Nous nous battons tous les jours pour cela, et je suis aussi intéressé qu'un autre à faire beaucoup de chemin. Tu observeras que j'ai transporté le quartier général à l'extrémité de mon aile droite et que, de ma personne*» je suis tous les jours sur le Bas-Rhin.

En post-scriptum :

Je n'ai point de souliers, l'armée du Rhin me dévore. Eli vient encore de m'en prendre 3000 paires dans la place de Phals bourg. Cette manière de faire la guerre est assez ridicule; je n puis compter sur ce que j'ai dans les places de mon arrondissement. L'armée du Rhin fait des réquisitions partout; forte de- 18000 hommes, elle engloutit tout. J'en ai 42 000 sous mon commandement et ne peux rien avoir *.

Lacoste et Baudot étaient disposés à prendre plus mal les procédés de Pichegru. Dans une lettre du 1" nivôse (21 décembre), ils blâment la conduite des généraux de l'armée du Rhin et attribuent à leur impéritie rinaclion de cette armée, inaction qui perdra Landau. Pichegru n'a ni Taclivité, ni Taudace, ni la prépondérance d'un général. Il commande, sans s'inquiéter de l'obéissance; nul moyen pour faire un plan, nulle force pour faire exécuter celui d'un autre :

D'après cela, nous vous proposons de destituer Pichegru. Comme il est patriote, on lui donnera une place inférieure qui conviendra à lui et à la chose.

Le général de l'armée de la Moselle qui a réuni une partie de son armée à celle du Rhin, étant plus particulièrement chargé do l'expédition de Landau, doit avoir le commandement de Tune et l'autre armée, tant que durera l'affaire... Le ressort (jui doit la diriger ne sauroit agir par deux mains, sans s'afToiblir ou se briser. Ainsi on ne sauroit trop tôt prendre cette mesure.

D'ailleurs Hoche est un homme qui a une tête propre^ à embrasser de grandes vues et à les exécuter. L'armée qu'il commande est parfaitement bien conduite. Il sait se faire obéir en se faisant aimer.

1. Armée de la Moselle, à la date. La lettre n*est pas dans Rousselin.

Ils insistent sur Turgence de la mesure :

Nous aurions pris sur nous de l'exécuter à Theure même, sans la discordance de nos pouvoirs avec ceux que prennent nos collègues; nous nous sommes déjà expliqués sur ce point, nous en attendons le résultat.

Ils restent à l'armée, en face de Tennemi. Demain, disentils, on attaque les hauteurs de ReichshofTeu. Si on les emporte, toute la ligne de Tennemi est obligée de déloger. . Le lendemain et le surlendemain en effet, par deux attaques successives, Hoche rejetait Tennemi de Wœrth et de Reichshoffen^ deux noms qui nous rappellent aujourd'hui une journée si glorieuse pour nos soldats, mais si fatale à nos armes '.

Lacoste et Baudot n'hésitèrent plus. Saint-Just et Le Bas avaient bien ordonné à Hoche et à Pichegru de se concerter; et ce concert avait môme fait défaut dans les deux dernières journées. Lacoste et Baudot estimèrent que Tunité d'action, lorsqu'il y avait un même but à atteindre, exigeait Tunité de commandement, et, par un arrêté du 4 nivôse (24 décembre) pour lequel ils ne prirent même pas

1. Le 22 décembre, Hoohe écrit de Wœrlh au Comité : « Je m*empresse de vous faire savoir que les trois divisions de l'année de la Moselle que j'ai fait passer vers le Rhin, ont battu aujourd'hui les esclaves des rois : — 16 canons, 20 ou 25 caissons, 500 prisonniers de sa main.* Et il ajoute : « Je continue demain. »

Le 23, il apprend au Ministre le succès de la veille : « J'attaque à la pointe du jour, les troupes se montrent sans culottes. [Sic, mais c'est une copie. Hoche avait autre chose à faire que de se lire et de mettre un trait d'union où il en fallait.] Le général Dubois (blessé malheureusement) s'est comporté, j'ose le dire, comme un héros, ou plutôt comme un vrai républicain. • (Armée de la Moselle, aux dates. La dernière n'est pas dans Rousselin.)

Le 22 décembre, Lacoste et Baudot font connaître à la Con>ention la victoire remportée sur les Autrichiens en avant de Ilagucnau; le 23, Pichegru et Lémanc, représentant du peuple, parlent au Comité et au Ministre de cette victoire; et les deux agents Reukin et Berger annoncent à Bouchotte les succès obtenus à Wœrth et à Rcichshoffen. A la même date, Pichegru prie Hoche de faire cesser la rivalité des deux armées : le général Lefebvre, que Hoche a substitué à Jacob, méconnaît le commandement de Pichegru; Pichegru demande qu'il soit remplacé par Blondeau. (Armée du Rhin, aux dates.)

198 LES ftKPftÉSE.NTAXTS » MISSION

Tavis de leurs deux coUègrues aux pouvoirs extraordinaires, ils donoèrent à Hoche le commandement supérieur des deux armées *. Hoche s'en défendit d'abord. Pour éteindre non pas la rivalité (il la provoquait comme une noble éma-lation\ mais la jalousie entre les deux armées, il pria le^ représentants de le donner à Pichegrru (3 nivôse, 23 dé — cembre). Mais Lacoste et Baudot tinrent bon, et Hoche l(^ même jour l'annonça lui-même au Ministre '.

L*rrrèté qui donnait à Hoche ce commandement supérieur fut annoncé au Comité de salut public par Lacoste et Baudot et en même temps par Saint-Just et Le Bas (3 ni- vôse, 23 décembre) sur un ton assez différent, comme on le peut croire ! Lacoste et Baudot disaient :

Nous avons eu deux objets en vue dans cette nomination : le premier d'assurer un cours rapide à Tentreprise et Taudace ; le second de 6xer la confiance des troupes, qui étoit décidée en faveur de Hoche et au moins vacillante sur Pichegru.

D'ailleurs, ce dernier dans l'affaire du 2, si glorieuse pour la République, n'étoit pas au combat.

... La bataille de Reichshoffen a été d'autant plus heureuse pour la République que Tarmée se décomposoit elle-même, fatiguée de son inaction accablante '.

Saint-Just et Le Bas ne cachent guère leur désappointement :

Nous espérions beaucoup de bien de Taccord qui sembloit régner entre les généraux, disent-ils au Comité de salut public. Hoche étoit ardent et jeune; Pichegru plus mûr, plus expé-

i. Année du Rhin, à la date.

% Ingelsheim, 5 nivôse : « Je m'empresse de l'instruire que les repréflottnto du peuple viennent de me donner le commandement des deux mées pour marcher au secours de Landau.

« iLoeune prière, supplique ou instance de ma part n'a pu les faire

Ranger de résolution... Je ferai pourtant mon possible pour bien servir la

iqoe. Je ne crains que de succomber à la peine. » — II vient de

à 6MC hommes Tordre de passer le Rhin h Neuf-Brisach : « Cette

I, dit*il, qu'on auroit dû effectuer depuis huit jours, pourroit

iwodaire un bon effet. Une forte brigade est en observation à

nêUf AF II, 246, pièce 404.

rimenté ; ses premiers ordres nous avoient valu un succès décisif. Hier nous arrivons à Haguenau. Pichegru nous fait part d'un arrêté de Lacoste et Baudot, qui donne le commandement en chef des deux armées de la Moselle et du Rhin à Hoche qui l'a accepté... Pourquoi, lorsque vous envoyez de vos membres pour surveiller l'exécution de vos plans, pourquoi, quand vous et nous sommes responsables, abandonnez-vous la patrie à l'exercice imprudent et léger du pouvoir?... Faites connoître au plus tôt l'intention du Comité... Il est impossible que ce coup ne vienne pas d'une intrigue pour diviser et décourager des armées triomphantes '.

Ce qui rendait la décision difficilement révocable, c'était la victoire et les suites si désirées de la victoire. Le 26 décembre (6 nivôse), Hoche obtenait un nouveau succès au Geisberg". « Il n'y a plus qu'à descendre à Wissembourg », écrivaient Lacoste et Baudot en ce même jour au Comité :

Nous avons oublié, ajoutaient-ils, de vous faire parvenir dans notre dernière dépêche copie de rarrélé que nous avons pris pour lui conférer le commandement des armées du Rhin et de la Moselle.

Nous venons d'avoir à ce sujet une conférence avec Saint-Just et Le Bas. S'ils avoient fraternisé avec nous plu? promptement, nos mesures ne se seroient pas contrariées et nous aurions moins eu à nous plaindre Notre conférence s'est terminée par un concours de bonne volonté pour la défense de Landau.

Nous avons été d'accord sur les vertus patriotiques de Pichegru, mais pas du tout sur ses talents militaires que nous persistons à regarder comme absolument impropres au commandement d'une armée.

Les talents que Hoche a déployés aujourd'hui nous confirment de plus en plus dans l'idée avantageuse que nous avions de lui et nous ne pouvons que nous féliciter jusqu'à présent de la préférence que nous lui avons donnée sur Pichegru.

Au reste, si nous avions eu quelque connoissance des plans ou des arrêtés du Comité de salut public, nous nous y serions conformés. N'en ayant absolument aucune, nous n'avons suivi que notre impulsion.

Saint-Just et Le Bas ayant gardé un profond silence avec

1. Arch. nat., AF II, 247, à la date. — Voy. la lettre entière dans VHiS' toire de Saint-Just par M. Harael, t. II, p. 68.

nous, à Texemple du Comité, nous avons agi; que Landau soit délivré, nous nous féliciterons tous. Dans tous les cas, la force des circonstances commandoit une action unique dans le commandement, nous Tavons donné à Hoche, ignorant qu*un autre en fût investi, et nous l'avons placé selon notre extrême désir d'obtenir un succès complet pour le salut de Landau.

J.-B. Lacoste, M.-A. Baudot.

Le Minisire, à la réception de l'arrêté, avait fait ses réserves, y joignant un éloge de Pichegru. Il écrivait le 8 nivôse (28 décembre) au Comité :

Nos deux armées sont réunies. 11 ne paroît pas que Tarrêlé des représentants de Tarmée de la Moselle, qui les met sous le seul commandement de Hoche, ait été concerté avec les représentants de Tarméc du Rhin; et, au moment de terminer les plus importantes opérations de la campagne, on ne peut mettre trop d'ensemble et d'accord dans les opérations. Le dévouement de Pichegru égale son républicanisme, ses talents et sa modestie.

Mais ce jour môme, 8 nivôse, Landau était débloqué. C'est de Landau qu'était daté ce nouvel arrêté au bas duquel Saint-Just et Le Bas mettent leur signature auprès de celles de Lacoste, de Baudot et de Denlzcl :

Le général Hoche poursuivra les opérations militaires jusqu'à nouvel ordre du Comité de salut public *.

Rousselin a publié plusieurs lettres écrites par Hoche après la journée de ReichshoflFen et après la délivrance de Landau *. Donnons à notre tour cette proclamation qu'il a omise :

1. Armée de la Moselle, & la date. — Nous retrouverons ailleurs le représentant Denlzel, qui avait été envoyé avec mission spéciale à Landau. Il fut particulièrement 1res attaqué après la délivrance de Landau. Bien des choses furent connues alors, probablement aussi exagérées. Lacoste et Baudot écrivent le 17 nivôse (8 janvier 1*794) : « 11 a renouvelé à Landau un supplice de longtemps oublie par les plus cruels tyrans, celui d'enfermer dans une cage de fer, sans boire et sans manger, un patriote ardent qui lui disait des vérités; — il a protégé les riches, les agioleurs; il a correspondu avec l'ennemi. • (Arch. nat., AFn, 247, à la date.)

Landau, 10 nivôse...

Le citoyen L. Hoche... à ses frères d'armes blessés. Vos efforts n'ont pas été vains, mes chers camarades. Landau est libre et les esclaves des tirans fuyent à toutes jambes. Si, moins heureux que vos frères d*armes, vous avez été blessés, ^oyez devant vous la liberté et Tégalité, voyez vos pères, vos nères... vous rendre grâces du bienfait que vous leur aurez .assuré...

Guérissez vite, mes camarades, et nous retournerons ensemble exterminer jusqu'au dernier qui ne criera pas avec nous : 'Vive la République une et indivisible.

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