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CHAPITRE VIII

LES ENCRES DE COULEUR

134. Crénéralités. — Ceux qui ont admiré la perfection et la fraîcheur des autochromes, ou des trichromies obtenues par triple projection ou par synthèse photochimique, ne peuvent douter que le procédé trichrome soit apte à produire des images en tous points parfaites. Les méthodes de sélection étant communes à la synthèse photographique et à la synthèse photomécanique cette dernière est seule responsable, par l'incorrection des encres couramment utilisées \ de l'imperfection des résultats auxquels elle conduit habituellement, en l'absence d'intervention des chromistes. Aucun chromiste lithographe n'oserait d'ailleurs tenter d'obtenir un vert ou un violet avec le jaune de chrome, la laque de garance et le bleu de prusse que Ton voit encore présenter sous la qualification abusive d'encres primaires, dans les références de quelques fournisseurs d'encres dont la confiance dans la trichromie est probablement

I. On peut, par exemple, s'assurer de ce fait en utilisant un jeu de négatifs sélectionnés et tramés à la production d'une image trichrome par synthèse photochimique (superposition d'images pelliculaires obtenues par teinture au moyen de colorants corrects) ; on constatera que, sans aucune retouche, on obtient ainsi un résultat très voisin de la perfection.

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leurs et faire apparaître des dominantes momentanées ; ces défauts d'équilibre se manifestent surtout dans les teintes rompues où figurent à. la fois les trois couleurs. Ces incidents se dissimulant beaucoup mieux avec des couleurs impures qu'avec les couleurs vives idéales, quelques imprimeurs manifestent une certaine répulsion pour l'emploi des couleurs correctes, trop pures à leur gré.

Si donc les fabricants d'encres ne sont pas seuls responsables du chaos actuel en matière d'encres pour trichromie, on peut du moins constater qu'ils n'ont, en général, guère fait pour améliorer cet état de choses; souvent même quand, dans la multiplicité des types que chacun d'eux offre à sa clientèle, ils ont un jaune, un rose et un bleu presque corrects, ils semblent éviter deles associer et proposent avec le bleu correct un rose incwrect, et inversement. Beaucoup d'entre eux invoquent trop volontiers l'instabilité des couleurs d'aniline pour se maintenir dans la routine ; or, si certains colorants d'aniline sont effectivement très fugaces, les expériences méthodiques de E. Valbnta, à l'Institut des Arts Graphiques de Vienne, ont depuis longtemps montré qu'il en existait d'autres qui, sous la forme d'encres grasses, ont une stabilité au moins égale à celle des encres de couleur réputées les plus solides .

135. — Une campagne très activement menée en Angleterre par C.-G. Zander a beaucoup fait pour l'adoption, dans un assez grand nombre d'établissements d'imprimerie et de photogravure, d'un jeu d'encres unique^ quel que soit le caractère des sujets représentés, ce qui permet de procéder à des réimpressions simultanées d'après clichés exécutés même à de longs intervalles *. Les rares sujets qui, parleur caractère, ne

I. Voir à ce sujet Procédé^ avril et novembre 191a d'après The Process Engravers* Monthly% une intéressante polémique entre fabricants d'encres, imprimeurs et photograveurs. A mentionner aussi un fascicule Some Illusirations of Process Printing publié en 1909 par un important établissement de photogravure et d'impri-

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mélange est nécessairement Tune d'elles. Pour permettre la reproduction du plus grand nombre possible de nuances, les trois couleurs doivent être choisies à lao* les unes des autres dans le cercle chromatique (§ 29), le triangle équilatéral étant, de tous les triangles inscrits dans un cercle, celui dont la surface est la plus grande. Ces couleurs doivent êtres pures et saturées, et par conséquent (§ 18), absorber , totalement certaines radiations et librement réfléchir toutes les autres. Pour permettre, par superposition, d'obtenir des nuances vives, et éviter des variations appréciables de nuances quand le mélange [des couleurs est effectué partie par superposition, partie par juxtaposition ou chevauchement, leurs bandes d'absorption doivent être aussi étroites que possible (§ 24 à 2^) ; mais, pour que leur superposition puisse donner du noir pur, l'ensemble de leurs trois bandes d'absorption doit couvrir la totalité du spectre visible. Enfin, ces bandes d'absorption doivent être délimitées aussi brusquement que possible, sans zone dégradée, car, dans ces conditions, de minimes variations dans l'intensité respective des encrages ne détermine pas de variation appréciable dans les nuances résultantes.

Ces conditions amènent à concevoir les encres idéales comme représentées par les spectres d'absorption schématiques de la figure 68, les trois bandes d'absorption se partageant à peu près également le spectre visible, sans lacunes ni chevauchements, avec limites en S.ooo et 5.900 ua. Elles définissent respectivement :

l>leu-vîolet du spectre, et renvoyant librement toutes les radiations vertes et rouges; sa nuance, comparable à celle du jaune spectral 5.695-5.700 ua, est représentée au mieux par une solution de jaonenapbtol.

^■><w booo 6aat> 7000

Fip. 68.

Un rose vif, absorbant intégralement la ré^on verte du spectre et transmettant en totalité les radiations rouges et bleues ; celte nuance n'existe pas dans le spectre, mais elle est assez bien représentée par des solutions de rbodamine S ou d'érythrosine, qui cependant ne sont ni l'une ni l'autre assez bleues.

Un blea-çert, absorbant en totalité la région rouge du spectre et transmettant, sans en rien absorber, toutes les radiations bleues et vertes ; sa nuance, qu'un spécialiste des couleurs nommerait plus volontiers un vert qu'un bleu, est comparable à celle des radiations spectrales 4-88o-4>885 ua. et représentée approximativement par des solutions de vert solide bleuâtre ou de bleu-carmin, qui

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cependant transmettent Ton et l'autre indûment de l'extrême rouge .

Ces trois couleurs idéales sont figurées respectivement en J. R. et B. sur le cercle chromatique (fig. q4).

La figure 69 montre, pour les diverses radiations spectrales, la proportion pour cent de l'intensité

too

4o to

Fig. 69.

incidente xtransmise par trois pellicules colorées aussi conformes aux conditions ci-dessus exposées que le permettent les possibilités matérielles actuelles; certaines de ces conditions idéales paraissent en effet irréalisables, et d'autres ne sont pas encore réalisées, mais avec des encres qui correspondraient à ces colorants, les menus défauts de la synthèse passeraient complètement inaperçus grâce aux tolérances assez étendues de Toeil. Les colorants utilisés à la préparation des écrans définis par ces courbes sont d'ailleurs les meilleurs que l'on puisse employer pour la synthèse par voie photochimique. Que Ton considère les couleurs idéales, ou les couleurs ainsi réalisées, on remarquera qu'elles sont sensiblement complémentaires des écrans normaux

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ciales, par A.- J. Newton, et C.-E.-K. Mees^ch 1906 (courbes en traits fins), et par A.-J. Bull, en 1911 (courbes en traits gras), indiquent la proportion pour cent des diverses radiations réfléchies par des à-plat à intensité normale de ces encres, désignées respectivement par les initiales de leurs couleurs. La comparaison de ces courbes avec celles de la figure 69 met en évidence de graves anomalies dans les nuances de ces encres.

40QO

Sooô

Fig. 70.

Les encres jaunes sont habituellement celles qui s'écartent le moins des conditions optima, bien qu'elles réfléchissent quelquefois jusqu'à 10 0/0 du bleu qu'elles devraient absorber, et absorbent i5 0/0 du vert et 10 0/0 du rouge qu'elles devraient intégralement réfléchir. Trop souvent encore on propose comme « jaune primaire » des jaunes de chrome, opaques et de nuances trop rouges, qui n*ont même pas le mérite de la stabilité car, à la longue, ils brunissent sous l'influence de la lumière et des agents atmosphériques .

Les encres roses se rapprochent souvent beaucoup plus du vermillon que du rose, ne réfléchissant que

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tion anglaise (Manders) et allemande (Ra»t et Ehin' ger) lui ont donné, comme proportion du rouge au bleu dans les encres roses étudiées, et comme proportion du bleu au/ vert dans les encres bleu-vert, les rapports indiqués ci-dessous.

Roses

peu solide

K. et H. 5971 K. et H. divers n*»»

très solide très solides

Bleu-vert

M. o368 K. et H. 55i4 K, et H. divers n" solide solide très solides

Si on cherche à localiser dans le cercle chromatique (fig. îi4) l'emplacement moyen des encres primaires usuelles, on est amené à les situer aux sommets d'un triangle compris entre le triangle J' R' B' (cas le plus favorable) et le triangle J' R" B" (encres les moins correctes). Les seules nuances susceptibles d*ôtre reproduites par mélange étant celles contenues à l'intérieur du triangle figuratif, on se rend compte aisément que la capacité de reproduction est réduite à peu près de moitié quand on emploie les encres incorrectes, toutes les couleurs résultant de mélanges étant alors très assombries.

Dans l'emploi des encres de couleurs, tenir compte de ce que les différences d'absorption vis-à-vis des deux grandes régions spectrales transmises par chaque encre entraînent souvent une variation considérable de lanuance obtenue quand onfait varier l'épaisseur de la couche d'encre. Les encres roses absor-

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lui assigne comme composition 19 0/0 du rose R et 81 0/0 du bleu-vert B (rapport inverse de celui des longueurs àR : aB). De même on calculera que, de par sa position sur Ja, la nuance A résulte du mélange de 40 0/0 du jaune J et de 60 0/0 du bleu a ; en exprimant ce dernier

Fig. :7i.

en ses composants R et B, soit 0,60 X^j^O = 11 0/0 de rose et 0,60 X ofii =: 49 ^/^ ^® bleu-vert, on assigne à A la composition

40 0/0 de J + Il 0/0 de R + 49 0/0 de B.

Si nous cherchons à reconstituer A en mélangeant^ dans les proportions ainsi déterminées, les couleurs J, R' et B', la superposition de R' et B' dans les mêmes proportions calculées pour le mélange de R etde B nous donnera le bleu-marine a', plus sombre et plus violacé que le bleu a. Mélangeant maintenant a' et J dans les

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et Tencre jaune se confondre à très peu près avec le blanc du papier. Cet essai ferait paraître vert sombre une encre bleue ne réfléchissant pas assez de vert pour donner des verts purs par sa superposition au jaune, et orangé rougeâtre une encre rose qui n'absorberait pas totalement le vert.

141. Réglage des intensités respectives des trois encres. ^- Des encres, correctes isolément, peuvent ne pas être équilibrées dans leurs intensités relatives, et par conséquent ne pas donner le noir quand on superpose trois impressions en à-plat avec la môme distribution d'encre pour chaque image. Bien que Ton puisse évidemment remédier à cet inconvénient en modifiant le réglage des encriers pour chacune des impressions, il peut être avantageux d'équilibrer les trois encres, en diluant de vernis les encres les plus saturées. Un procédé simple a été indiqué par L. Gbisler * pour la détermination préalable du degré de dilution nécessaire.

Imprimer sur carte blanche des à-plat de chacune des encres, de façon à couvrir avec chacune d'elles un cercle d'environ lo centimètres de diamètre. Découper dans ces à-plat des disques de Maxwell (§ ^7) q^® 1'^^ enchevêtre (fig. 12) et met en rotation rapide après les avoir réglés de façon à faire apparaître de chacun d'eux un secteur de lao^. La teinte résultante n'est généralement pas un gris neutre, mais une teinte rompue, facile à comparer au gris neutre obtenu en faisant déborder les disques de

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