‹ Les Réservoirs du Virus de la PesteChapitre 18 sur 22 · PEN · texte numérisé non relu

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ont visité le lazaret où se trouvaient, depuis lavantveille, une trentaine de noirs, Dix de ceux-ci, choisis au hasard par les gardiens, leur ont été amenés. Ils avaient l'apparence d’une santé parfaite, ils n’avaient Pas de fièvre et n'avaient pas été malades les jours précédents. Tous étaient porteurs de ganglions inguiraux, ce qui nous paraît être la règle chez ices noirs africains, mais ces ganglions n’étaient ni volumineux, ni enflammés, ni douloureux.

La ponction pratiquée chez chacun de ces dix sujets permit de faire des frottis de suc ganglionnaire.

On eut la surprise de rencontrer, chez trois de ces Jix noirs, Yara Sangare, Sidi Konaté et Djan Maudé, provenant de trois quartiers différents de Dakar, des coccobacilles, rares ou très rares, bipolaires, ne prenant pas le Gram el ayant, en somme, les caractères morphologiques et tinctoriaux du bacille pesteux.

Il importait de compléter Pobservation, et c’est ce que firent MM. Léger et Baury, avec une rigueur et un scrupule scientifiques pour lesquels on ne peut que les féliciter et leur rendre un très sincère hommage. Deux des noirs devant suffire, Yara Sangare ct Sidi Konaté furent conduits à l’Institut de Biologie, le premier, le 7 septembre, le deuxième, le 11 septembre. Par une nouvelle ponction, on préleva chez chacun c’eux, une goutte de suc ganglionnaire qui, additionnée de sérum physiologique, fut inoculée dans le péri- ‘ toine de rats sauvages.

Yara Sangaré servit ainsi à inoculer deux mus

decumanus, Sidi Konaté deux mus rattus.

a) Des deux rats de Sangaré, l’un, le n° 1, paraît malade dès le quatrième jour. Il est sacrifié, très malade, le 15 septembre, afin de pouvoir ensemencer, avec quelques chances de succès, le sang du cœur, Sur frottis de sa rate sont trouvés les mêmes bacilles que dans le suc ganglionnaïre de Sangaré.

Ce mus decumanus n° 1 sert à inoculer, à son tour, deux autres animaux : un myoxus murinus n° 1 qui meurt en 8 Jours, et un mus decumanus qui meurt en 11 jours. Chez les deux, les frottis d'organes montrent le même germe microbien que chez mus decumanus rl:

Le sang du cœur de mus decumanus n° 1, ensemencé sur gelose a donné une culture pure d’un coccobacille ayant toutes les apparences du bacille pesteux. Il était nécessaire de l'identifier par inoculation aux animaux d’une part, par culture sur divers nülieux, d'autre part.

Une culture de deuxième passage sur gelose, vieille de 48 heures, est inoculée dans le péritoine à un mus musculus, un myoxus murinus, un mus decumatus, un cobaye aux doses respectives de 4%, 4, 4, % cc. d’'émulsion. La souris grise et le lérot meurent en 20 heures, le rat gris en trois jours, le cobaye en 26 heures. Tous ont des bacilles pesteux dans leurs organes.

La souche provenant du mus decumatus n° 1 (virus Saugaré) est ensemencée en bouillon recouvert d'huile, sur gélatine, pomme de terre et gélose sucrées

diverses. Bouillon : cullure en stalactites ; gélatine :

non liquifiée; pomme de terre : culture très grêle, milieux sucrés : lactose +, mannite +, lévulose +, glucose +, galactose +.

Le deuxième mus décumanus n° 2, inoculé ie 7 septembre avec le suc ganglionnaire de Yara Sangaré, ne varaît jamais malade. Sacrifié le 28 septembre, il présente pourtant, dans ses organes, le même coccobacille que les autres.

b) Les deux mus rattus inoculés dans le péritoine le 11 septembre avec le suce ganglionnaire de Sidi Konaté sont sacrifiés très malades, le 22 septembre, et trouvés porteurs, dans leurs organes, de bacilles de Yersin.

Des recherches de MM. Léger et Baury il ressort nettement que, des sujets jouissant d'une bonne santé apparente, en tout cas, n’ayant présenté aucun trouble morbide ni avant, ni pendant 28 jours d'observation, peuvent héberger dans leurs ganglions indolores et non enflammés des bacilles de Yersin. Ce ne sont pas ces pesteux ambulatoires à pestis minor, mais ce sont vraiment des porteurs sains impossibles à dépister cliniquement.

De plus, les caractères minutieusement étudiés des bacilles isolés de leur suc ganglionnaire éliminent toute idée de bacilles pseudo-pesteux. Contrairement à ce que nous avons vu chez le rat, leur virulence n’est pas atténuée puisqu'une culture sur gélose, de 48 heures, entraîne la mort de la souris grise et du lérot en 20 heures, du cobaye en 26 heures, du rat gris

en 3 jours. Des expériences de virulence comparée ont

— DB — Le montré qu'ils étaient tout aussi pathogenes que les germes provenant de crachats de 10 broncho-pneumoniques pesteux. Ils n'auront donc pas à subir une exaltation de virulence pour donner lieu à une épidémie. Il suffira pour cela que l’organisme qui les héberge et qui, dans les conditions normales, ne leur offre pas un milieu favorable pour leur pullulation, soit mis en état de moindre résistance sous l'influence de causes secondes quelconques. À ce moment et à la faveur de la bacillémie, la contagion pourra se produire, uniquement interhumaine, au moins théoriquement, Ainsi, à côté des rats atteints de peste chronique ou convalescents de peste, à côté des rats sains porteurs de bacilkes, l’homme nous apparaît, soit comme un porteur de germes, soit comme un réservoir du virus. Au même titre que le réservoir rat, il peut constituer le point de départ d’une épidémie, sans épizootie préalable.

Certes, nous nous plaçons ici à un point de vue purement théorique, et nous reconnaissons volontiers que, dans la majorité des épidémies de peste, une Cpizootie a précédé l'épidémie. Mais les porteurs sains de bacilles ne sont-ils pas d’aulant plus dangereux au’ils échappent à la surveillance médicale mème prolongée, et que le germe, chez eux, a moins de tendance à s’atténuer que chez l'animal ? Nous estimons, quant a nous, que, pratiquement, leur rôle ne doit pas être nul dans le maintien de lPendémicité et dans la dissé-

mination du mal à distance,

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