‹ Les Réservoirs du Virus de la PesteChapitre 7 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Evolution de la Prophylaxie sous l’influwence

des recherches nouvelles

Par l'expression « Réservoirs de virus » nous entendons les organismes qui, tout en hébergeant un microbe pathogène, se montrent réfractaires à son £Ction dans les conditions habituelles. Cet ageni ne trouve pas, en eux, un milieu propre à sa pullulation ou à son exaltation tant qu’une cause seconde qui affaiblit et modifie le terrain, n'intervient pas.

Ainsi comprise, notre étude des Réservoirs de virus de la Peste nous paraît présenter plus qu'un intérêt théorique, car c'est une notion bien évidente que les recherches nouvelles, tant en biologie qu’en pathologie, ont toujours trouvé, dans la prophylaxie des maladies transmissibles, des applications fécondes en résultats,

C’est ainsi, par exemple, que toute la prophylaxie des maladies parasitaires découle de la parfaite connaissance du cycle évolutif des parasites, de leur habitat, etc.

în ce qui concerne les maladies infectieuses, la

notion des porteurs de germes a profondément modifié la prophylaxie. Pour le choléra, par exemple, la récente acquisition de la connaissance des disséminateurs sains de vibrions cholériques, éliminant des bacilles virgule dans des fèces normales, a fait subir, dans ces dernières années, à la prophylaxie anticholérique, des modifications importantes. Jadis, en effet, cette prophylaxie n’avait pour but que d’éliminer tout malade ou tout sujet en incubation de choléra comme on admettait que cette incubation dépasse exceptionnellemént quatre jours, la mise en observation des sujets suspects avait été fixée à cinq jours pour parer à toute éventualité. Certes, ces mesures ont donné de remarquables résultats, mais il y eut alors cependant des cas inexplicables de choléra dont en aperçoit seulement aujourd’hui la raison. Car il faut maintenant, compter non seulement avec les agents réels et connus d'infection, c’est-à-dire les malades, mais encore, comme le dit Violle, avec les agents possibles ou latents, c’est-à-dire les vibriophores. Il s’ensuit qu’à l'heure actuelle le danger de contamination provient, et des cholériques vrais et, pour une certaine part, des personnes parasitées par le vibrion et qui continuent à présenter tous les signes d’un excellent état de santé.

De même, pour le Kala-Azar, la découverte chez le chien de la Leishmania Infantum, la constance de linfection du chien dans les pays où sévit la Leishmaniose splénique infantile, l'identité de la Leishmaniose

canine et de la Leishmaniose humaine sont venues

éclairer la pathogénie de cette affection et ont permis de réaliser une prophylaxie efficace comme en fait foi . lPexemple de cette petite île italienne citée par le Professeur Brumpt, où la destruction des chiens errants a amené une notable diminution des cas infantiles. La destruction des chiens errants a amené une notable diminution des cas infantiles. La destruction des chiens errants a, de la même façon, amené une dimiuution des cas de kyste hydatique, en Islande, lorsqu'on a connu le rôle de ces animaux dans l’évolution du tœnia ecchynocoque.

C’est au cours des épidémies bénignes, ou, à l’accasion d’une épidémie grave, lorsque cette dernière a suffisamment décru pour ne plus absorber toute l’attention des médecins, lorsque les esprits sont délivrés du souci de courir d’abord au plus pressé, que les recherches peuvent être orientées vers les différentes particularités de l'épidémie. Lorsque la défervescence autorise à s’écarter des notions communément admises, les cliniciens qui ont su s'étonner, n'étant plus tenus d'accorder tous leurs soins aux malades. peuvent alors se livrer aux recherches susceptibles d'éclairer les anomalies qui ont pu les frapper.

La dernière épidémie de grippe (1918-1919) fut l’occasion d'étudier cette affection jusque-là mal connue; elle permit de constater que les conditions de propagation de la grippe sont, en tous points, identiques à celles des maladies infectieuses à catarrhe des voies respiratoires, dans lesquelles la contagion se fait

par projection du mucus pharyngé contaminé sur les

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muqueuses respiratoires du sujet encore indemne, La conclusion pratique de ces notions a été tirée par Armand Delille qui s'exprime ainsi : « Peut-être les connassances de l'hygiène et l'application stricte de mesures en réalité très simples, de prophylaxie, pourront-elles, dans l'avenir, permettre de limiter les premiers foyers et d'éviter l'extension de la maladie. »

N'est-ce pas aussi à l’occasion d’épidémies que l’on a mis en lumière le rôle du pou dans la propagation

du typhus exanthématique ? Or, il ne peut y avoir aucun doute que cette notion ait fait faire un grand pas à la prophylaxie.

C’est encore l’épidémie qui, seule, permet de vérifier les hypothèses émises dans le calme des laboratoires. Pasteur fut, en effet, le premier à penser que la peste devait être due « à la présence et au développement chez l’homme, d’un microphyte ou d’un microzoaire ». À la séance du 4 mars 1879, de l’Académie des Sciences, il exposa même un programme de recherches au cas où il aurait à étudier la maladie. L'absence de cas de peste ne lui permit pas de vérifier son opinion et de découvrir le bacille pesteux qui ne - devait être découvert que quinze ans plus tard, par un de ses élèves.

Nous pourrions de la sorte multiplier les exemples de l’évolution de la prophylaxie sous l'influence des recherches nouvelles, recherches qui ne peuvent être effectuées qu’à l’occasion d’une épidémie qui permet, en même temps, de vérifier et de confirmer les hypothèses de laboratoires, mais ce serait, croyons-nous,

tout à fait superflu.

Les maladies microbiennes étant des maladies évitables, a-t-on dit, c’est vers leur prophylaxie que tend la médecine sociale. Pour nous, nous avons pensé que tout ce qui serait de nature à éclairer la propagation du fléau que constitue la peste, méritait d’être rapporté, heureux si, la notion nouvelle du Rat et de l'Homme réservoirs du virus de la peste, en expliquant l’éclosion de cas isolés ou de petites épidémies dans les anciens foyers, sans importation de cas nouveaux, pouvait contribuer pour une part, sans doute modeste, mais cependant efficace, à la prophylaxie de cette redoutable affection.

Nous avons divisé ce travail en quatre parties.

Dans un premier chapitre, nous étudions les variations des différentes épidémies de peste ainsi que le désaccord entre l’épidémie murine et l’épidémie humaine, et nous exposons les recherches des Commissions anglaises tendant à expliquer la conservation du virus dans la nature.

Le second chapitre est consacré à la notion du rat réservoir de virus pour la peste.

Le réservoir homme occupe le troisième chapitre.

Après ce travail d'analyse, nous essayons, dans un dernier chapitre de synthèse, d'appliquer les notions précédentes à un certain nombre de points obscurs de épidémiologie de la peste.

Enfin, nous apportons nos conclusions.

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