‹ Les Réservoirs du Virus de la PesteChapitre 8 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les variations dans la gravité des épidémies de Peste. Désaccord entre l'épidémie murine et l'épidémie humaine. Recherches des Commissions anglaises conduisant à la Peste chronique du rat.

«- De toutes les données que nous possédons sur l'histoire de la peste, il semble bien résulter, écrit Proust, que cette maladie se soit généralement propagée dans le monde, en raison inverse du degré de bien-être, d'hygiène et de civilisation des populations qu’elle a atteintes. » Cependant, il apparaît bien que, toutes ces conditions égales d’ailleurs, les épidémies qui se sont succédées sur le globe n’ont pas été sans présenter, tant dans leur extension que «lans Ieur sévérités, de notables différences. Naturellement, les épidémies graves ont suscité de nombreux travaux en retenant davantage l'attention des contemporains, comme cette terrible mort noire ou peste noire qui fit

une si effroyable impression, et dont nous savons par

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de multiples relations qu’elle débuta en Chine en 1334, qu’elle envahit successivement l'Inde, la Perse, la Russie, la Pologne, l'Allemagne, la France, l'Italie, l’'Espagne, l'Angleterre et la Norvège, et qu'elle ne s’éteignit qu'après avoir fait dans le monde 42.836.486 victimes ! ( Depuis, l'Histoire a enregistré de nombreuses épidémies graves où la mortalité atteint et dépasse 80 %.

Toutefois, à côté de ces épidémies à grands ravages, on trouve mentionnées de véritables épidémies de peste à forme atténuée. Telle est l'épidémie de peste bénigne qui sévit, d’après Rossi, sur le 3° régiment de ligne, à Zagazig (Basse-Egypte), en 1842, s’accompagnant de bubons arrivant à l’ulcération et à la suppuration, mais sans symptômes généraux ni caractère de contagion; telle est encore l'épidémie rappelée par Salanoué-Ipin, et qui régna à Bagdad de 1856 à 1861; de même les épidémies de peste atténuée qui précédèrent les épidémies de peste grave à Hindié (Irak-A rabi), en 1873. « On se souvient, dit Héricourt, qu’une épidémie bizarre d’une maladie sur la nature de laquelle les médecins n'avaient d’abord pas pu s'entendre, s'était produite à Astrakan en 1877-1889, et avait été suivie d’une autre épidémie, en tout semblable, à Vetlianka, en 1878. » Ces deux épidémies, qui furent finalement reconnues pour être des épi-

démies de peste, avaient été précédées d’une maladie

(1) D'après les rapports que se fit adresser, à cette époque, le Pape Clément VI, ‘ L

caractérisée par une fièvre légère, accompagnée de bubons inguinaux ou axillaires, dont on ne mourail pas encore et que les médecins avaient qualifiée de paludique ou de typhique. « Toutefois, ajoute Héricourt, il faut reconnaître qu’il y avait loin de cette fièvre bubonique légère à la fièvre charbonneuse et hémorragique qui enlevait les malades en quelques heures lors des épidémies du moyen-âge. » Et cependant, les événements prouvèrent qu'il s'agissait bien de la même maladie.

C’est encore cette fièvre bubonique légère qu'on chservait couramment sur les pentes sud de l’'Hymalaya d’où étaient parties ces épidémies qui répandirent si souvent la désolation et la terreur sur notre vieux monde.

Sans considérer l’épidémie de Paris en 1920 comme une fièvre bubonique légère, nous pouvons, avec Joltrain, estimer que ce fut, en somme, une épidémie bénigne, puisque la mortalité , en y comprenant les 32 décès survenus parmi les 44 cas qui ne furent pas traités, fut de 34 sur 92 cas de peste confirmée par le Laboratoire, soit 36,9 %.

La proportion des décès fut à peu près Ia même dans la petite épidémie (21 cas) que nous eûmes l’occasion d'observer à l'Hôpital civil d'Oran, en 1922, dans le service du D° Wagner.

Mais comment qualifier lapparition signalée à Paris, en 1921, par Dujardin-Beaumetz et Joltrain,

(1) Sur 42 cas traités à l'Hôpital Claude-Bernard, il n’y eut que deux morts, soit 3,9 %. (Teissier, Tanon, Gastinel et Reiïlly.)

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d’un grand nombre d’adénites d’origine inconnue, la présence de ces cas dans les mêmes maisons où, l’année précédente, il y avait eu des cas de peste confirmée et où, en l'absence de tout germe dans ;e pus du bubon, la réaction de fixation fut positive chez deux de ces malades ?

Ces formes atténuées, dans les pays où la peste est fréquente, doivent être nombreuses. Si l'on n'en signale pas davantage, c’est qu’elles échappent à la statistique et aux médecins en raison même de leur bénignité et seules, sont enregistrées les formes moyennes ou les formes graves. De plus, la multiplicité des adénites banales (traumatiques, filariennes, etc...) masque quelquefois l’adénite pesteuse. On comprend ainsi les divergences d’opinion qui peuvent se produire suivant qu'on a laissé passer ces lésions sans examen microscopique ou qu'on s’est attaché, au contraire, à découvrir le bacille pesteux. |

Ces faits sont connus depuis assez longtemps et Proust, en 1897, disait déjà : «La peste est quelquefois réduite à des accidents légers qui se dissipent spontanément dans l’espace de quelques heures ou de quelques jours. Ces formes atténuées que l’on pour- "ait appeler des pestes frustes ne présentent pas, au fond, de différences spécifiques avec des formes plus graves. Ce ne sont que des manifestations plus ou moins intenses de Ja même maladie. La loi de la spécificité régit tous ces accidents. » |

On peut, en présence de telles différences dans la

gravité des symptômes, se demander pour quelles

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