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LE ROI STANISLAS

Chambord, sous le règne de Louis XV, eut deux maîtres illustres, Polonais tous deux, car Maurice de Saxe était le fils naturel de Frédéric-Auguste, à qui Stanislas prit et abandonna successivement le trône de Pologne. Yolaire a tracé un portrait du roi Stanislas à vingt ans, au moment où Charles XII, qui n'était guère plus âgé que lui, fît passer sur la tète du jeune palatin la couronne d'Auguste I er . Stanislas avait une physionomie heureuse, pleine de hardiesse et de douceur, avec un air de probité et de franchise qui de tous h s avantages extérieurs est le plus grand et qui donne plus de poids aux paroles que l'éloquence même

« Histoire de Charles A//, livre III.

Cil A M BORD

Le portrait peint qu'on voit aujourd'hui à Chambord diffère singulièrement de ce portrait écrit. C'est celui d'un homme de soixante ans environ, gras, court, haut en couleur, physionomie bourgeoise et légèrement apoplectique; l'air d'un Géronte bien plus que d'un héros. Quand le roi de Pologne quitta Chambord après huit ans de séjour pour courir les hasards de la plus aventureuse conquête, il était encore dans l'âge de l'audace et des en! reprises. Aussi ce portrait, sans doute, ne date-t-il pas de Chambord, mais de Lunéville, de cette petite cour aimable et polie où Stanislas finit ses jours en roi philosophe, et dont la marquise de Boufflers faisait les honneurs.

C'est en 1 725 que le roi et la reine de Pologne vinrent habiter Chambord. Leur fille, que le régent n'avait pas jugre un parti sortable pour un capitaine de cavalerie, venait de monter sur le trône de Fiance. Louis XV, connaissant les habitudes modestes de son beau-père, ne crut pas pouvoir lui assigner une résidence plus tranquille et plus conforme 5 ses goûts. Le compagnon de Charles Xll a laissé là des souvenirs honorables et encore vivants. 11 aimait les mœurs naïves des paysans de la Sologne, vidait leurs différends, écoutait leurs contes villageois, s'asseyait à leur foyer rustique et leur proiliguait les marques d'une active et touchante charité. Plus d'une humble famille du village de Chambord transmet encore pieusement à son premier-né le prénom de Stanislas, comme un souvenir et un honneur. On trouve, en effet, dans les archives de cette petite commune un grand nombre d'actes de naissance où le roi proscrit figure comme parrain, et l'on raconte qu'il mettait une sorte de coquetterie à accorder celle distinction 1 .

1 Voir M. Merle, Notice sur Chambord. T< ls font les bons villageois que l'écrivrin légitimiste a rencontrés lorsqu'il vint à Chambord y corn-

C'est Stanislas, nous l'avons dit, qui eut la fâcheuse idée de combler les larges fossés qui entouraient le château et de renverser les balustres de pierre qui en ornaient les bords. 11 avait fait construire dans le parc un oratoire qui servait de but à ses promenades. Pieuse comme lui, la reine affectionnait particulièrement la petite chapelle qui se trouve auprès des appartements de François I er et qui a retenu le nom d'oratoire de la reine de Pologne.

Stanislas a passé à Chambord huit ans d'une vie paisible, doucement occupée d'art et de bonnes œuvres. Il y écrivait des traités de philosophie, d'histoire et de morale, et préparait ainsi ses titres au surnom de Philosophe bienfaisant que ses amis lui ont décerné 1 . La mort de Frédéric-Auguste, arrivée en \ 77)3, vint lui rappeler ce qu'un prince détrôné, si philosophe qu'il soit, n'oublie jamais tout à fait : qu'il avait clé roi et pouvait le redevenir. Louis XV promettait des secours puissants à son beau-père et déclarait fièrement qu'il ne souffrirait pas qu'aucun souverain s'opposât à l'élection du nouveau roi de Pologne. Les secours puissants se bornèrent à quinze cents hommes. Le malheureux prince avait quitté Chambord à la fin d'août et fut en effet proclamé roi de nouveau le 12 septembre. Quinze jours étaient à peine écoulés qu'il était chassé de Varsovie, assiégé dans Dantzick par l'armée russe, traqué de village en village et obligé de confier sa vie au dévouement douteux d'un paysan qui, par bonheur, se trouva un honnête homme. Il revint attendre à Chambord la conclusion du traité de Vienne qui lui conféra,

poser l'ouvrage qu'il offrit à la duchesse de Berri. Le Solognot de nos jours, plus ruse que naïf et plutôt cauteleux que confiant, diffère un p u de c lui qu'avait formé le roi Stanislas et que M. Merle a retrouvé.

1 Les œuvres du roi Stanislas ont été publiées en 1765, sous le titre iVOEuvrei du Philosophe bienfaisant.

CHAMBORD. . 47

en échange d'une royauté désormais toute nominative, la souveraineté viagère des duchés de Bar et de Lorraine. Ce palais des bords de la Loire, dont il s'arracha avec regret et où il n'avait fait que des heureux, allait bientôt, récompense du génie et de la victoire, être octroyé par son propre gendre au fds de son ennemi, devenu l'oncle naturel du dauphin 1 .

LC MARÉCHAL OE SAXE. — MADAME FAYAAT

C'est en 1745, après la bataille de Fontenoy, que Louis XV donna Chambord au maréchal de Saxe, avec quarante mille francs de revenus sur le domaine. Napoléon, en 1809, eut la même idée et fit aussi de ce palais l'apanage d'un des favoris de la victoire. Mais Maurice de Saxe n'habita réellement Chambord qu'à partir de 1748, après la paix d'Aix-la-Chapelle. Louis XV ne crut pas s'acquitter par ce magnifique présent des services que lui avait rendus celui que Frédéric II appelait le professeur de tous les généraux de l'Europe. Il le nomma maré* chai général de ses armées, titre que Turenne seul avait porté et que Louis-Philippe exhuma depuis pour le maréchal Soult» Par son ordre, des casernes s'élevèrent à la porte du château, sur l'emplacement des écuries que Mansart avait projetées pour Louis XIV. Les deux régiments de uhlans, que le maré* chai affectionnait, vinrent y tenir garnison ; et Maurice, ainsi comblé d'honneurs presque royaux, put se croire encore duc

1 Le maréchal tic Saxe, fils d'Auguste II et tic la belle comtesse tic Kœnigsmarck, était le frère naturel d'Auguste III; père de la dauphine;

souverain de Courlande ou général en chef des armées françaises.

Six canons pris sur 1 ennemi défendaient l'entrée de la cour; seize drapeaux flottaient dans le vestibule. Des chevaux de l'Ukraine, libres et sans gardien, vivaient dans le parc, et accouraient d'eux-mêmes sur la place d'armes à l'heure de la manœuvre que les trompettes sonnaient chaque jour du haut des terrasses du château. La noblesse des environs, d'anciens compagnons d'armes, des écrivains, des artistes, formaient au maréchal une sorte de cour. Il avait, comme le roi, ses jours de grand couvert. Il eut même la faiblesse d'ambitionner une prérogative que l'étiquette n'accordait qu'aux tètes couronnées. Il s'agissait d'une sentinelle placée à l'intérieur de ses appartements. Cette sentinelle absente fit longtemps le désespoir du maréchal. Lui qui avait deux mille gardes inoccupés dans ses cours n'en pouvait faire monter un à la porte de sa chambre à coucher. La vanité est ingénieuse : le maréchal eut recours à un biais. Un matin ou put lire sur une petite porte, placée entre la chambre à coucher et le salon, ces deux mots : « Caisse militaire. » La sentinelle tant désirée se promenait devant cette porte. Ces petitesses, qu'il faudrait taire pour l'honneur des grandes figures hisloriques, plaisent à la plupart des lecteurs, parce qu'elles montrent qu'il n'y pas de caractère taillé tout d' 11113 pièce et qu'il reste loujours de l'homme dans le plus grand homme.

C'est à Chambord que Maurice a revu et terminé l'ouvrage qu'il a modestement intitulé : Mes Rêveries, et qu'il avait d'abord conçu et rédigé a\ec l'ardeur et la précipitation qu'il apportait en toutes choses : il en avait jeté le plan en treize nuits. Cet ouvrage, dont le maréchal avait puisé la pensée dans les entretiens d'un célèbre tacticien, le chevalier de Fo-

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