‹ Les résidences royales de la LoireChapitre 3 sur 68 · CARACTÈRE ET ASPECT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CARACTÈRE ET ASPECT GÉNÉRAL

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On s est souvent demandé pourquoi François I er , à qui les bords de la Loi représentaient tant de sites agréables, a pour IlsÇe^ïr^l r&ffi^é construction qu'il projetait, un sauvage, perdu au milieu de plaines arides. On a attribué ce choix bizarre à la passion de ce prince pour la chasse et au souvenir de relations amoureuses qu'il aurait eues, avant son avénenieïiL^au trône, ^vec la belle comtesse de Thoury, chM^Aoisîn^ H f*™™"

Indépendamment de ces motifs, qui sans doute furent pour beaucoup dans son choix, peut-être cette sauvagerie même des lieux, cet éloignement de la Loire qui lui rappelait trop la vie officielle et les sSms\journaliers de la royauté, furent-ils pour François I er des raisons déterminantes. Les rois, comme les particuliers, et plus qu'eux encore, épi vent le besoin djenwuîr parfois leur vie et de se bâtir un .__ perdu et loîntcurP'où ils puissent vivre pour eux et s'apparÈenir. Chambord d'ailleurs, avec ses innombrables chambres, avec ses e ses passages souterrains, semble

tout entier bâti pour l'amour qui cherche l'ombre et le mystère. En même temps qu'il cachait Chambord au sein des

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" CUAMBORD. 5 \

plaines incultes de la Sologne, François I er élevait, au m^-^ ^ lieu du bois de Boulogne, un château où il voulait s^iter- *tfi mer de temps en temps avec quelques savants et quelques artistes, et auquel les courtisans, qui en étaient expressé- 2T ment bannis, donnèrent, par épigramme, le nom de Madrid, 4 en'softvehu^e la prison qu'avai^uwTeur manreC Chambord, comme Madrid, n'était pas une prison; c'était une solitude.

Ce sentiment du charme étrange qui s'attache à la situation de Chambord sera paftale 1 par tous les artistes qui visiteront cette étrange réalisation d'un rêve oriental. Au bout d une longue avenue de peupliers, percée au milieu de maiprès tamis , et qui porte, comme toutes les routes de cette résidence, un nom illustre, on voit peu à peu pSîMre et sortirai de terre un monument féerique, qui, surgissant ainsi au milieu de ce sable aride et de ces bruyère^, produit un effet d'autant plus saisissant qu'il est inattendu. Un génie d'Orient, comme Ta dit un poète, semble l'avoir dérobé au pays du soleil pour le cacher dans ceux du brouillard avec les amours d'un beau prince. Au sommet d'une masse imposante de bâtiments, dont l'œil ne discerne pas bien d'abord le style ni l'ordonnance^ ^au-dessus de terrasses garnies de balustres élégants, jaillit,' comme d'un sol fécond et inépuisable, une incroyable végétation de pierre sculptée, fouillée, travaillée de mille mâîueTes. C'est une forêt de campaniles, de cheminées, de lucarnes, de dômes, de tourelles, dentelés, découpés, contournés avec un caprice qui n'exclut pas l' harmonie ni l'unité, et que décorent des ^ gothiques, des salamandres et aussi des mosaïques d'araoïfe imitant le marbre, pauvreté singulière au milieu de tant de richesses. L'élégante lanterne à jour du grand escalier domine cet ensemble de pinacles et de clochetons, et baigne dans l'azur sa fleur de

lis colossale, dernier point pyramidant parmi tant de pyramides, dernière couronne de tant de couronnements.

Le mérite architectural de Chambord a longtemps été tenu pour inattaquable. A peine quelques esprits indépendants, frappés des contre-sens et des rapprochements hétérogènes que présente cette singulière construction, hasardaient-ils quelques réserves au nom des règles éternelles de l'art, qui veulent qu'un monument soit approprié à sa destination ainsi qu'au climat. La réputation de Chambord n'était point entamée par ces timides attaques. La multitude n'est que trop habituée, en France, à confondre l'étrange avec le beau, à prendre l'étonnement pour l'admiration. Chambord, pour le plus grand nombre, restait donc l'expression la plus complète de l'art architectural au moment de la Renaissance.

Une réaction contre cet engouement a eu lieu dans ces dernières années; elle est due, il faut bien le dire, aune connaissance plus approfondie de l'architecture, de son histoire, en même temps que de ses véritables lois. Le dénigrement a été aussi passionné qu'avait été l'admiration : c'est la loi commune de toutes les réactions. Chambord n'a plus été qu'une fantaisie bizarre, un caprice colossal, une œuvre qui n'a ni sens ni raison.

Il faut ici, comme en toutes choses, chercher le juste et le vrai entre les extrêmes. Sans nier la valeur de la plupart des critiques infligées au palais de François I er , il faut bien se garder d'en conclure que tout soit à reprendre dans cette vaste conception, et que deux siècles se soient absolument trompés dans l'admiration qu'ils lui ont accordée.

Chambord, nous le reconnaissons, n'est point l'œuvre d'un génie prime-sautier : sa conception révèle plus de tâtonnements et de réminiscences que de véritable originalité. Le pla n général manque d'ensemble et d'unité ; on y sent, en bien

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des endroits, l'hésitation, les retouclies, les adjonctions faites après coup. Cette immense plate-forme à l'italienne, ces galeries à jour et qu'on a été contraint de fermer, ces quatre gros pavillons qui, dans l'origine, ne communiquaient ensemble que par les terrasses, et qu'il a fallu relier après coup par des planchers intermédiaires, au risque de sacrifier l'effet grandiose de l'escalier dont tout le mérite résidait dans l'isolement, tout cela est plus magnifique que commode, plus grandiose qu'heureux; tout cela dénote plus d'imitation que d'originalité. Retenu par les chaînes de la tradition, l'auteur de cette oeuvre métisse à voulu marier deux principes opposés, fondre dans un seul édifice le palais de plaisance et le château fortifié du moyen âge. C'était là une tentative absurde, a dit un architecte distingué, excellent juge en cette matière l . Absurde, nous le voulons bien, quoique Ie # motsoit dur; absurde, mais non sans valeur. Toute forme de l'art qui a eu sa raison d'être a, par cela même, son explication et son mérite. Niei* d'une façon absolue l'intérêt de cette fusion de principes dont Chambord est le produit, c'est nier la valeur des œuvres de transition, si précieuses au point de vue de l'art, c'est ignorer la marche de l'esprit humain, qui ne procède pas par bonds, mais par gradations, et qui, dans ses conceptions en apparence les plus neuves, mêle toujours quelques réminiscences du passé.

Il faut prendre Chambord pour ce qu'il est, pour un ancien château gothique, habillé en grande partie à la mode de la . Rena i ssance . Nulle part ailleurs cette transition d'un art à l'autre ne se signale avec un caractère plus saisissable et plus naïf; nulle part ailleurs le brillant papillon de la Re-

1 M. Viollel-lc-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture françaUe, t. III, p. 185.

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naissance ne se montre aussi profondément emprisonné dans la lourde chrysalide gothique. Si Chambord, par son plan essentiellement français et féodal, par son enceinte flanquée de tours, par l'ampleur de ses lourdes masses, rappelle servilement les manoirs du moyen âge, il rappelle aussi les indépendantes créations du seizième siècle par la profusion des ornements prodigués à parlir de la naissance des combles, et l'on peut dire que, gothique jusqu'aux plates-formes, il appartient à la Renaissance à partir des terrasses. On dirait un rude chevalier français du quatorzième siècle, qui porterait sur sa cuirasse quelques fines broderies empruntées à l'Italie, et sur sa tête le feutre empanaché de François I er , costume disparate assurément, mais non sans caractère.

Pour bien comprendre à quel point cet édifice de style mixte participe de l'architecture féodale, il faut, par la pcn-

v ^ ^efeV le dépouiller de ses annexes et n'en embrasser que le nôyàu central. Le corps principal forme un véritable donjon quadrangulaire; c'est un vaste parallélogramme flanqué d'une tour à chaque angle, et conforme de tous points aux vieilles traditions du château féodal. L'un des côtés de ce donjon donne directement sur les dehors et se trouve défendu par les fossés. Il est probable que, dans la pensée première de François I er , Chambord devait se borner à cette construction déjà considérable. Deux ailes, ou plutôt deux galeries à portique, vinrent ensuite s'appuyer aux tours du donjon qui ont vue sur les fossés, et ces deux galeries furent elles-mêmes terminées par deux tours prescrue a^ussi grosses que celles du donjon, mais finissant en poivrière et dé£Our-

1 vues de terrasses. Enfin, pour fermer celle cour dans laquelle le donjon projette une saillie considérable, on constnnsit^jen grande partie sans doute après François 1 er , une enrceuKe de bâtiments, sortes de galeries basses composées seulement

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d'un rez-de-chaussée sur lequel régnent des terrasses, et qui ont le grand défaut de masquer la façade la plus élégante du palais 1 .

Sans doute, au seizième siècle, ce donjon fermé de tous côtés, ces tours d'angle,, ces bâtiments latéraux flanqués de tours s^mabîes, tout cet appareil féodal n'avait plus sa raison d'être. Tours et donjon n'étaient plus qu'un vain si- \ kVÔ' c« mulacre. On n'y cherchait plus des moyens de défense, et l'on était loin d'y trouver pour l'habitation les commodités qu'eussent offertes des bâtiments à lignes droites. Mais, nous le répétons, la Renais^sanc£, même dans ses tentatives les plus hardies, n'osait rompre entièrement avec le passé, et les architectes français, tout imprégnés qu'ils fussent du souffle^ de l'Italie, regardaient encore le Louvre de Charles V comme le prototype des habitations royales.

Chambord, dans l'origine, était de toutes parts entouré de fossés. C'est un dernier trait de ressemblance avec tous les châteaux de l'époque féodale. Ces fossés étaient alimentés

par le Cosson, « petite rivière inçoj^iue*. » Ce pauvre et maigre hlet u eau, pendant la moitié de l'année, fit Ion

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longtemps

le désfes^oir de François I er , guj rêva de lui substituer la Loire. Le plan de dérivation dressé par son ordre lui fut présenté, en 1529, à la Fère, en Picardie, par un ingénieur nommé Pierre Cassé, de Novare 5 . L'énorrojté de la dépense fit sans doute abandonner ce projet, qui eût assuré la conservation du plan primitif de Chambord. Stanislas n'eût pas ima-

1 Mansart avait appliqué sur ces terrasses des combles brisés, genre de construction auquel il a donné son nom. On s'occupe en ce moment de supprimer ces mansardes.

5 Chateaubriand, Vie de Rancé.

3 Voir aux Tièccs justificatives, note première. On y trouvera la preuve de ce fait curieux, et qu'aucun des écrivains modernes qui ont étudié Chambord ne paraît avoir connu.

giné de combler les fossés, ni d'enterrerla base d'un monument fait pour pyramider et dont le liarnï élancement formait la principale originalité.

La façade de la cour est de beaucoup supérieure^ comme effet et comme harmonie, à celle qui regarde le parterre et les fossés. Si, pour bien apprécier l'ensemble des constructions que fériîernfe le vaste enclos qu'il a sous les yeux, le visiteur se place près de la porte qui ouvre sur le^arc^ il aura devant lui le donjon et ses deux tours dont la saillie forme deux cours à droite et à gaucbe. Au fond de chacune d'elles, des galeries, supportées par des arcades, réunissent le donjon aux ailes. Deux charmants escaliers à jour s'avancent en saillie dans chacune de ces cours, au point de jonction de la façade et des ailes. Ces escaliers méritent un examen particulier. Leur coujjole, ceinte de fleurs de lis colossales, est supportée par trois c ariatide s qui s'élèvent elles-mêmes audessus de trois rangs de colonnes.

L'escalier de la cour de l'est conduit à l'aile d'Orléans et aux appartements autrefois a occupés par François I er et par Louis XIV. Le soleil, orgueilleux emblème de ce dernier roi, se voit encore sur les voïets ^sculptés de plusieurs fenêtres. Les trois cariatides de cet escalier représenteraient, selon M. Merle 1 , le portrait de François I er , de la duchesse d'Étampes et de la comtesse de Chateaubriant. « L'escalier placé dans l'aile de la chapelle, ajoute cet écrivain, n'est pas entièrement terminé; les cariatides n'y sont qu'indiquées. Dans cet escalier, construit sous le règne de Henri II, devait se trouver le portrait de ce prince, ayant pour pendant ceux de la duchesse de Valentinois et de la reine, sa femme. La mort prématurée du roi laissa imparfait ce projet, et Ton

1 Chambord, p. 34.

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conçoit aisément que Catherine de Médicis ne se soit pas empressée de le réaliser. »

H. de la Saussaye est le premier qui ait réfuté Terreur de M. Merle touchant ces cariatides, erreur commune à la plupart des écrivains qui ont parlé de Chambord. Ce savant archéologue fait ressortir l'inconvenance de l'idée qui aurait porté l'artiste à représenter, sur un monument, Henri H entre sa femme et sa maîtresse, et à faire figurer en cariatides des rois, une reine et des dames de la cour. Nous doutons fort que les artistes du seizième siècle fussent aussi vivement touî chés mie SI., de la Saussaye le suppose de 1 inconvenance de ce rapprochement L* architecture de la Renaissance, comme l'architecture gothique, ne îr'ùïe pas assurément par le respect scrupuleux des mœurs et des convenances. Fontainebleau, cette autre demeure^choisie par François 1 er , et la seule dans laquelle il se cful cliez lui, offre à ce sujet des exemples instructifs. Les chiures et les portraits des maîtresses des rois s'y confondent, en nîaiht eiîcïroit, avec ceux des reines leurs rivales» Mais la vérité est que les cariatides de l'escalier de Chambord sont des figures de pure fantaisie. Elles ne représentent pas un homme entre deux femmes, comme le dit M. Merle, mais bien une femme et deux hommes. Rien dans les £raits de ces derniers ne ran^elle le masque si connu, le jÇrc^l hâbleur et cynique de l'amant d'Anne de Pisseleu, et, quant aux cariatides inachevées de l'escalier de l'ouest, aucun docunjent n'autorise à supposer que l'artiste ait eu le projet de ti£ér*a*e ces^am^s de pierre autre chose que de pures conceptions idéales.

L'INTÉRI EUR

11 faut pénétrer dans le château par l'une des quatre portes qui ouvrent au milieu du donjon. Rien de plus fantastique et de plus grandiose à la fois que le spectacle qu'on a alors sous les yeux. On dirait moins d'une construction réelle que d'une de ces fantaisies peintes^de nos décorations d'Opéra qui représentent des palais de fees. L'abandon et la nudité ajoutent au prestige et doublent l'immensité. On se sent pris, en pénétrant dans cette vaste solitude de pierre, de ce respect silencieux qui nous frappe involontairement sous les voûtes élevées et solitaires.

Au centre de la vaste salle des Gardes, qui occupe tout le rez-de-chaussée, et auquel les quatre tours du donjon donnent la forme d'une croix grecque, s élève un escalier monumental, qui divise celte salle en quatre parties égales, ayant chacune i^us de cinquante pieds de long sur trente de large. Cetle fiardie conception justifie sa célébrité : l'escalier de ^Chambord est à lui seul un monument. La cage, complètement iso}ée et tout à jour, est composée de pilastres qui suivent le rampant. Deux rampes superposées se déroulent en hélices et passent alternativement l une sur l'autre sans se réunir. C'est ce qui explique comment deux personnes peuvent monter en même temps sans se rencontrer, tout en s'apercevant par intervalles. Même quand on Ta sous les yeux, cette disposition est difficile à concevoir. Ces deux hélices ont exactement la courbe des deux branches d'un tirebourre qui se superposent et tournent l'une sur l'autre sans

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jamais se réunir. Nous croyons qu'aucune comparaison ne neutdonner une idée plus exacte de cette œuvre célèbre qui a épuisé l'admiration et les éloges* de tous les connaisseurs, t Ce qui mérite les plus grands éloges, écrivait Blondel dans ses Leçons d'architecture, c'est la disposition ingénieuse de cet escalier a double rampe, se croisant l'une sur l'autre, et toutes deuxeommunes à un même fô^au? On ne peut trop admirer la légèreté de son ordonnance, la hardiesse de son exécution et la délicatesse de ses ornements, perfection qui étonne et laisse a peine concevoir comment on a pu parvenir à imaginer un dessin aussi pittoresque, et comment on a pu le mettre en œuvre. » L'auteur de Cinq-Mars, s'emparant de cette jjernière idée, a dit plus élégamment : « On conçoit a peine comment les plans en furent tracés et dans quels termes .les ordres furent donnés aux ouvriers : cela semble^ une pensée fugitive, une id^ebrillante qui aurait pris tout a côùp un corps durable, un songe réalisé. »

Pour se faire une juste idée de l'effet grandiose que devait produire cet escalier, il faut s^ figurer la salle ou plutôt les quatre salles des Gardes, débarrassées des deux planchers qui forment le premier et le second étage. Les deux élégantes spirales se déroulaient alors librement au centre de ce vaste espace dont la hauteur égalait presque l'étendue, 'elj^l en suivait l'harmonieux dévelopnementjusqu'à la voûte sculptée qui supporte les terrasses. L'épaisseur des murailles latérales, les cheminées des étages supérieurs évidemment construites ^apres coup, les entailles laites aux rampes de 1 escalier pour permettre l'entrée des salles, tout atteste que telle était bien la disposition première. 11 se peut même que les espèces de nefs résultant de la distribution primitive n'aient pas été fermées d'abord à leurs extrémités.

Ainsi, dans le principe, la salle des Gardes n'avait d autre

plafond que celui qu'on admire maintenant au second étage l . Ce plafond, ou plutôt cette voûte', est composé de caissons où sont sculptées des salamandres et des F couronnées, qui gardent encore quelque trace de l'or et de la peinture dont elles étaient revêtues. C'est dans une des quatre salles de ce second étage que le Bourgeois gentilhomme fut jpué^ pour la première fois devant Louis XIV, nous dirons plus loin dans quelles circonstances. * La loge du roi était placée au centre de la salle, en face du théâtre. On voit encore dans l'un des pilastres de l'escalier la profonde entaille pratiquée pour soutenir cette loge.

Si Ton a suivi avec quelque attention la description qui précède, on doit comprendre que, dans la distribution primitive, les quatre pavillons du domm lie communiquaient que par la plate-forme. Cette incommodité, qui frappe aujourd'hui l'observateur, paraîtra moins choquante si Ton réfléchit que chacun des pavillons renfermait à chaque étage un appartement complet desservi par un escalier particulier, et que les grands appartements, qui tous regardent le parterre, ne sont pas daus cette uartie des bâtiments. Quand on songe qu'on compté dans ce dédale de pierre treize grands escaliers et quatre cent quarante chambres à cheminée, on s étonne moins que l'architecte ait voulu y construire des habitations isolées, liées seulement par cette espèce de pont que forment

1 II est juste toutefois de remarquer que, dès le lelnps de du Cerceau, la hauteur de cette vaste salle était déjà coupée par deux étages. « Ixs quatre salles du troisième étage \ dh>il, sont voûtées, sur lesquelles il y a quatre tenaces régnant à lentour l'escalier. » Os lignes se trouvent dans le premier volume des Plus excellents bastiments de France, imprimé en 1570, cinquante ans environ après le commencement des travaux de Chambord. Il faut donc admettre que l'important changement que nous signalons eut lieu presque aussitôt après l'achèvement du château.

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les terrasses, juste assez pour ne pas nuire à l'unité de l'en- *l

Il (lirait, d ailleurs, qu'on avait remédié dès l'origine a rincommodité dont nous parloi^ en appliquant aux murailles '> de la salle des Gardes de légères galeries de bois qui communiquaient d'un pavillon à l'autre. Ces galeries furent plus tard remplacées par des planchers!

Avant de monter sur les terrasses, d'où Ton doit embrasser d'un coup d'œil le dessin général de ces constructions, il faut parcourir les grands appartements et visiter le^dejixchapelles. La grande, celle de la tour de l'ouest, fut commencée par François I er qui mourut avant de 1 achever, et terminée par Catherine de Métlicis. Le croissant de Henri II qui se voit audessus de FF de son père indique où en étaient les travaux à I époque dece changement de règne. Les arcs en plein^cinire\^ de la vSuœretombent sur des colonnes accoiï^îEes, appWyées v ' aux murailles, architecture d'un effet médiocre. Les amateurs préféreront de beaucoup Moratoire de la reine de Pologne, construit dans le petit bâtaient en £mKe / qui faisait partie des appartements de Erançois I er . Les cartouches de la voûte de ce charmant oratoire, dégradés par l'humidité, rappellent ceux de la salle des Gardes. Au-dessus s'étend une petite terrasse qui tenait à la chambre à coucher du roi, et où le vainqueur de Marignan, dans les belles soirées d'été, venait causer d'amour et de guerre avec les dames et les seigneurs de son intimité, qu'on appelait la petite bande de la cour. C'est sous cet oratoire que se trouve l'escalier à deux montées qui communiquait par une issue secrète avec les fossés du château, et que Maurice de Saxe descendit, suivant la chronique

1 Outre les grands escaliers, le château en contient beaucoup d'autres plus petits, prenant à différentes hauteurs ou circulant dans l'épais» seur des murailles.

locale, pour se rendre au rendez-vous d'honneur que lui avait donné lç princç de Conti, et dans Jequel il trouva la mort.

En prc^ourant "les hautes safies et les longs corridors qui mènent d'une chapelle à l'autre, on aime à leur rendre par la

, ^ pensée leur riche ameujjîe^nîent, les tapisseries, les carreaux ae faïence vernie, les plafonds incrustés de fleurs de lis d'étain qui les décoraient. Telle galerie était pleine de fresques dues à Jean Cousin et des principaux ouvrages de Léonard de Vinci. Dans cette autre, François I er avait rassemblé les portraits des savants grecs qui se réfugièrent en Italie après la

^ prise de Constantinople, et qui, proscrits de l'Orient, apportèrent en Europe les lumières de l'antiquité. Ces portraits avaient été réunis à grandsïrais par Léonard de Vinci etFréminet le père, qui, d'après les ordres du roi, les avaient fait \ peindre par les meilleurs artistes de j'Italie. Le souffle révo- £ lutionnaire a dispersé et fondu toutes ces raretés. Pendant quinze jours, des ifcipjeis accourus de tous les points de la province se partagèrent les peintures, les précieux émaux, les banuts de chêne et d'ébène, les Chaires sculptées, les lits à cféjonnes torses recouverts d'étoffes armoriées. On vendait à 1 encan les souvenirs et la gloire de la monarchie. On brûla enfin ce qu'on ne pouvait vendre. Un brasier avait été allumé dans la salle d'adjudication, et on y jetait pêle-mêle les ornements qui contenaient des fleurs de lis et des insignes de la royauté. Soixante ans n'ont pas effacé les traces de cette fureur (Jévastatrice. Les chambranles de plusieurs cheminées, fendus par l'action du feu, portent encore les indices de cet incendie. (Jn seul meuble échappa, protégé peut-être par le souvenir funèbre qu'il rappelait : c'est la table de pierre de liais qu'on voitencore au premier étage et sur laquelle avait été embaumé le corps du maréchal de Saxe. Depuis la révolution de 1848, quelques pièces, la salle de billard de Louis XIV, la

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chambre à coucher du maréchal de Saxe, ont été nettoyées et sobrement restaurées. Efforts Mutiles ! nous avons indiqué la seule destination qui puisse assurer la restauration de Cham- . bord. Le maître pour qui ces salles ont été remeublées, l'hôte royal attendu depuis si longtemps et qui n'arrivera probablement jamais, ne pourrait sans effroi habiter une seule nuit ces vastes solitudes, ta^lftfes pour des grandeurs dont nous n'avons plus même l'idée, cadres ïrftmenses défigures disparues.

On a liateVarriver à la terrasse du donjon et d'examiner dans ses détails la forêt de pierre sculptée qui s'élance de cette , pla ta-forme. L'ensemble, qui, d'en bas, semble un peu touffu et papffiotan\ se dessine, vu de près, dans un ordre harmonieux et régulier. Là tout est prétexte à sculpture. Les pilas-

tres, les dômeSjJes niches, les campaniles, les cheniinées, les croisées, les frises^ tout porte l'empreinte d'un ciseau aussi ingénieux que fécond, inépuisable dans ses ressources. Cette multiplicité d'ornements tous variés de forme, ^quoique d'un u goul identique, et dont la plupart n'ont d'autre raison d'être que le caprice même qui les a créés, a soulevé quelques critiques. « II faut aYoneV, écrit un connaisseur distingué, qu'après la lanterne à jour du grand escalier central, qui semble avoir été plus motivée que tout le reste, toutes les autres superfétations dont on a surchargé la partie supérieure du château de Chambord, et qui lui donnent un aspect si étrange, doivent être réprouvées par un gcWsévère et pur, qui ne saurait admettre en architecture que ce qui est autorisé par la raison. » Le magnifique couronnement du grand escalier, que tous les grands architectes, depuis du Cerceau et Blondel, ont admiré, reste en effet au-dessus de toute critique. 11 se compose de huit arcades gigantesques accompagnées de colonnes et de pilastres chargés de salamandres et dT couronnées. Un belvédère /* d'une légèreté aérienne, surmonté lui-même d'un élégant^

campanile, termine le couronnement, qui na pas moins de cent pieds de haut. Des niches aujourd'hui vides contenaient les statues de quelques-uns des maîtres de cette royale demeure.

11 faut terminer ici la visite et la description de Chambord, Quand on descend ce noble escalier que François I er commanda, qu'un architecte inconnu exécuta, et qui a mérité l'honneur d'être attribué au Primatiçe, il est impossible de ne pas faire un retour sur le passé. Que de pieds illustres ont usé ces marches, que d'autres yeux se sont reposés sur ces nier-

^ veilles, que de mains froides aujourd'hui, mains charmantes de reines, ou de courtisanes plus puissantes que des reines, mains rudes d'hommes de guerre ou d'hommes d'État, ont tracé sur ces pierres blanches des noms célèbres alors, aujourd'hui effacés de ces murailles comme ils le sont chaque jûiir de plus en plus de la mémoire des hommes ! La roiie "du

/ temps, qui broie tout sur son jmssage, ne laisse encore debout dans ce château que juste ce qu'il faut à l'observateur pour reconstruire en esprit des existences assez grandes pour s'harmoniser avec de telles grandeurs, et pour susciier ce I pieux respect qui s'attache à ce qui va finir. Un tour de plus et la ruine va commencer. « Ce château, a dit un poëte, est frappé de malédiction 1 . »

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