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LE PREMIER ÉTAGE. — APPARTEMENT DE LA REINE

Le premier étage est le calque exact du second, mais un calque plus riche et plus orné.

Deux belles cheminées décorent la vaste salle qui précède la chambre à coucher. Ces cheminées sont de véritables monuments. Une hermine et une salamandre ornent le manteau de celle de gauche, aux angles de laquelle brillent les armes de France et de Bretagne fraternellement accouplées. L'ornementation de la cheminée de droite se compose de niches dorées où manquent les statues détruites en 1795. Dans les rinceaux serpente la cordelière d'Anne de Bretagne : les ailes qui raccompagnent sont un emblème de deuil et de veuvage.

Cette salle servait de salle à manger et quelquefois aussi de salle du conseil. Elle précède la chambre à coucher de la reine, restaurée avec une magnificence d'un grand goût l . Le lit où mourut Catherine de Médicis occupait, s'il faut en croire la tradition, la niche fleurdelisée qu'on remarque à l'une des

1 Cette chambre à coucher de la reine était, comme celle du roi qui : c voit à l'étage supérieur et qui lui correspond, éclairée par trois fenêtres reuh mont, bien qu'on en trouve quatre dans le plan de du Cerceau copié par MM. Vilet et de la Saussaye^ L'erreur vient probablement de ce que du Cerceau aura compris, au nombre des fenêtres, l'une des deux grandes loges ou tribunes qu'on voit à l'extérieur et qui n'ouvrent pas sur l'appartement.

extrémités. Nous pencherions plutôt à croire qu'il était, comme celui de Henri III, adossé au mur qui fait face aux fenêtres.

L'oratoire, qui fait suite à la chambre à coucher, mérite un examen particulier. Les anciens panneaux qui couvraient le plafond et la muraille, et sur lesquels on a fait revivre FH et la fleur de lis alternées, les carreaux de faïence du plancher, les jolis médaillons sculptés sous la coupole de l'autel, tout est à louer dans ce charmant oratoire. La tourelle, en encorbellement, qui l'éclairé et le termine, attend encore les statuettes qui la décoraient dans l'origine, et les vitraux de couleur qui lui versaient une douce lumière. Au seizième siècle, où la dévotion s'alliait à la liberté des mœurs, l'oratoire était un boudoir : un demi-jour mystérieux était donc là ' doublement nécessaire, aussi espérons-nous que l'Etat ne reculera pas plus longtemps devant l'amélioration, d'ailleurs assez peu coûteuse, que nous réclamons.

La pièce la plus curieuse de ce premier étage est, sans contredit, le cabinet de travail qui suit l'oratoire. Les riches compartiments du plafond reproduisent les deux C accouples, unis dans un H, ornement prodigué sur presque tous les monuments élevés par Henri II, et dans lequel on peut, à volonté, voir l'initiale de Catherine ou celui de Diane de Poitiers. Mais la merveille de ce cabinet est la curieuse boiserie qui règne du plancher jusqu'au plafond. Elle est composée d'environ cent quatre-vingts petits panneaux oblongs, revêtus de fines arabesques : toutes sont d'un dessin différent. Quelle variété infinie dans ces légers caprices du pinceau, si uniformes au premier coup d'œil, si dissemblables quand on les examine de près! Quel esprit fécond, ingénieux, inépuisable dans ses ressources n'a-t-il pas fallu pour les imaginer? Estce à la France, est-ce à l'Italie qu'il en faut faire honneur?

Un ressort habilement dissimulé fait mouvoir plusieurs des panneaux, lesquels forment ainsi, à des hauteurs diverses, six armoires dans lesquelles l'habile Florentine cachait, diton, ses papiers les plus secrets. L'œil le plus exercé chercherait vainement, entre tous ces compartiments, de forme et de grandeur égales, ceux qui doivent glisser sur leurs rainures invisibles.

C'est par la fenêtre de ce cabinet que Marie de Médicis, prisonnière au château de Blois, s évada dans la nuit du 22 février 1619.

La terrasse du château n avait alors pour tout revêtement que la masse abrupte du rocher. Elle formait une sorte de plate-forme, à moitié de la hauteur entre l'étage habité par la reine et le sol de la rue. Par les soins du corn le de Brenne, premier écuyer de la reine, deux échelles de corde avaient été disposées le long de cette pente glissante. Lune, parlant de la rue, aboutissait à la plate-forme, l'autre montait de co dernier point jusqu'à la fenêtre du cabinet.

Sur les onze heures du soir, un léger coup frappé du dehors contre la fenêtre de ce cabinet, par l'agent du duc d'Epernon, avertit la reine que tout était préparé pour sa fuite. Sans perdre un moment, elle franchit le balcon et s'aventura sur l'échelle, précédée du comte de Brenne, qui veillait à ce que son pied s'appliquât sans hésiter aux mobiles échelons. Mais elle eut tant de peine et ressentit tant d'effroi dans cette première descente, qu'arrivée sur la plate-forme elle déclara qu'elle n'irait pas plus loin. On se trouvait entre deux abîmes, et il était aussi difficile de la faire remonter que de la conduire jusqu'en bas. Les cinq personnes qui raccompagnaient tinrent conseil et résolurent de l'asseoir sur un manteau qui, soutenu par le haut et doucement tiré par la partie inférieure, la conduisit enfin, saine et sauve,

jusqu'au bas de l'escarpement. Elle trouva au bout du pont la voiture et l'escorte que le duc d'Épernon lui envoyait.

Ici finit ce qui reste des constructions élevées par François I er . La petite porte dissimulée dans la boiserie qu'on aperçoit au fond du cabinet que nous venons de décrire, ouvre sur l'espèce de galerie ou chemin de ronde qui enveloppe la tour des Oubliettes et dont nous avons déjà parlé. Les femmes de la reine venaient prendre le frais aux larges ouvertures de cette galerie, d'où l'œil embrassait les jardins hauts et bas du château, et les vieilles allées d'ormes plantés par Catherine de Hédicis. Le cachot dans lequel le cardinal de Guise passa sa dernière nuit et à la porte duquel il fut tué, prend son jour sur ce couloir, où les gémissements des caplifs durent plus d'une fois se mêler aux joyeux caquetages des dames de la cour. C'est à la présence habituelle de ces dames dans ce lieu demi-joyeux et demi-sinistre que sont dues sans doute les nombreuses inscriptions qui chargent les murailles. L'une d'elles, placée au-dessus de la porle du cabinet, est aujourd'hui protégée par une vitre. On y lit, ou l'on croit y lire : Vive le noble roy François, lumière du monde, mais il n'y a d a peu près distinct que les lettres que nous avons tracées en italiques. On lit ailleurs : « Tout pour l'amour d'elle. » Et plus loin : « Je vis en espérance! » devise qui convient aussi bien à un prisonnier qu'à un amant.

Ainsi le cachot qui dominait les oubliettes était tout à côté du cabinet royal, comme pour rappeler aux courtisans la fragilité de leur grandeur, et qu'il n'y a souvent qu'un pas de la faveur des rois au cachot où on l'expie.

m LES RÉSIDENCES ROYALES DE LA LOIRE.

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