‹ Les résidences royales de la LoireChapitre 22 sur 68 · CALVUS MONS · texte numérisé non relu

CALVUS MONS

Il y a pour chaque monument une saison qui lui convient, un moment où la nature qui l'enveloppe se met en harmonie avec lui, où il paraît sous le jour qui lui est propre, [/architecture, comme la peinture, a ses lois d'optique, et, indépendamment de ces lois toules matérielles, elle a ses harmonies cachées, morales en quelque sorte> qui résultent d'un

m LES RÉSIDENCES ROYALES DE LA LOIRE.

certain accord nécessaire entre le jour sous lequel un monument nous apparaît et les faits qui s y sont accomplis. Certains châteaux ne se comprennent bien que sous un ciel bas et gris; il leur faut le sombre encadrement des bois dénudés par l'hiver, le vent du nord, la neige fouettée sur les vitraux, la bise s'en^ouffrant dans les lones corridors. La désolation du paysage répond alors à la imjesté de leur désolation et complète la poésie de leur ruine : tel est Chambord. D autres, au contraire, comme Chenonceaux, comme Azay-le-Rideau, comme autrefois Anet, ne révèlent tous leurs charmes que sous les gais rayons d'une matinée de printemps. Châteaux bâtis par l'amour et pour l'amour, improvisés sous le souffle ardent d'un beau prince de vingt ans, pour satisfaire la ruineuse fantaisie d'une maîtresse blasée sur l'impossible, ils conservent, jusque dans leur décrépitude, quelque chose de la jeunesse de leurs auteurs. Us ont, comme beaucoup de femmes galantes, le privilège de ne pas vieillir ou de vieiHir tout a coup. Le temps les respecte jusqu'au jour où il les renverse : ils ont des ruines avant d'avoir des rides. C'est au mois de mai qu'il faut les voir, quand la nature, qui seule ne change pas, cache leurs blessures sous des feuillages et leur prête un peu de son étemelle jeunesse.

Les esprits assez artistes pour chercher cet intime et sympathique accord des monuments et de la nature qui les entoure, ceux qui tiennent à voir chaque pays et chaque lieu célèbre, sous le jour et dans la saison ou son caractère se dégage le mieux : la Russie sous la neige et l'Espagne pendant la canicule, ceux-là feront bieu de visiter Cha umont par un bgau jour d'été et sous les feux d'un ardent soleil. Ces tours robustes faites pour soutenir des sièges, ces tours si blanches encore après quatre siècles, doivent, pour produire tout leur effet, se détacher en vigueur sur le sombre azur d'un ciel de juillet

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Ce coteau brûlant qui a valu son nom au vieux château ! , ces grands bois qui l'encadrent, ce lleu\e paresseux endormi à ses pieds, ont alors toute leur valeur. Aucun ton criard, aucun bruit d'hommes ou d'animaux ne dérange la majestueuse unité de ce beau spectacle.

Assis sur la rive opposée, sur cette levée de h Loire qui remonte à Louis le Débonnaire, le voyageur embrasse d'un coup d'oeil un tableau à ravir un peintre, depuis la Loire qui cJapotte à ses pieds, depuis les maisons blanches du petit village de Chaumout, qui s'allonge comme un boa au pied du château, pressé qu'il est entre le fleuve et la colline, depuis l'escalier de pierre qui déroule ses cent soixante marches aux flancs du coteau, s'élargissant vers son sommet pour donner place H la petite église du bourg ainsi qu'à l'orme géant planté par Catherine de Médicis, jusqu'à la terrasse du château suspendue à deux cents pieds au-dessus de l'abîme, jusqu'aux contre-forts sculptés de la chapelle où Georges d'Amboise rêvait la papauté, jusqu'aux girouettes de la tour d'où la veuve de Henri II interrogeait les astres. A cette heure de midi où tout se tait dans la nature, le soleil qui change en paillettes d'or les sables du fleuve, qui détache des aigrettes de rubis des vitraux rosés de la chapelle, projette sur le mur de la galerie qui termine la cour du château la silhouette des pilastres trapus qui la soutiennent, et prête un charme infini aux demi-ténèbres de cette galerie, et aux montées

* Calvits mous, c'est le nom sous lequel Chaumont est désigné dans les plue anciens écrivains, notamment dans la Chronique d'Amboise, due au moine Jean de Marmoustier. Cet écrivain du douzième siècle signale le sot pelé de Chaumont et la pauvreté des arbres qui y crois* saient : Nenwris Calvi-Month rarita$ : Les efforts de la culture, le s sacrifices d'une longue suite de maîtres opulents, ont rendu ce sol aussi fécond qu'il était autrefois pauvre et dénudé.

pleines d'une ombre bienfaisante qu'il faut gravir pour y arriver.

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