CHAUMONT DANS LA MAISON DE BOUILLON
La duchesse de Valentinois avait laissé deux filles. Chaumont échut à l'aînée, Françoise de Brézé, duchesse douairière de Bouillon 1 .
Le mari de Françoise de Brézé, Bobert de la Marck, maréchal de France, prince de Sedan et quatrième duc de Bouillon, avait précédé sa belle-mère dans la tombe. Il était petitfils du fameux Sanglier des Ardennes et fils de ce maréchal de Fleurange, qui, sous le nom du Jeune Aventureux, a laissé sur les règnes de Louis XII et de François V r d'intéressants et naïfs Mémoires. Sa mère était la nièce du cardinal Georges d'Àmboise. Chaumont revenait ainsi par alliance à la descendance de cette maison d'Amboise, à laquelle il devait son origine et son illustration. Le maréchal ds la Marck était mort dans des circonstances mystérieuses et tragiques. Fait prisonnier à la prise du château de Hesdin 5 , et enfermé au fort de l'Ecluse, il souffrit pendant plusieurs années la captivité la plus rigoureuse. Sa prison, faite en façon de cage, était si étroite qu'il la remplissait exactement et que personne n'y pouvait pénétrer pour le secourir, quelque maladie qu'il eût. En 155G, une trêve ayant été conclue entre le roi de
1 Los archives de la Préfecture de Mois po.sedent l'expédition d'un acte, en date du 20 juin 1575, par lequel Françoise de Brézé donne à bail, pour six ans, la terre de Chaumont et ci lle des Roehettcs, paroisse de Santtnay, moyennant 4,800 livres de fermage, outre diverses charges.
2 18 juillet 1553.
CIIAUMONT-SUR-LOIRE.
France et l'Empereur, on traita de lechange des prisonniers. Mais il y avait entre les princes de Sedan et l'Empire une vieille haine qui remontait à l'époque où le Sanglier des Ardennes avait usurpé Bouillon sur l'évèque de Liège, e't passé du service de l'Empereur à celui de Louis XII. Philippe II vengea sur le petit-fils les griefs de sa maison contre le grand-père. Il réclama, à titre de rançon, la cession de Sedan et du château de Bouillon. Le maréchal s'y refusa, et les mauvais traitements redoublèrent. De guerre lasse, et n'obtenant rien de mieux, Philippe II finit par accepter une rançon de cent mille écus, somme énorme pour l'époque. Pour réunir une pareille rançon, il fallait que le maréchal fût libre et en état d'aliéner lui-même son patrimoine. Sa femme et sa fille durent s'offrir à titre d'otages* et entrer en prison à sa place. L'échange venait à peine de s'accomplir, que le maréchal fut pris de convulsions : il mourut en touchant la terre de France. « C'est ainsi, dit un vieil historien, que, sous couleur de rendre un homme vif, on s'assura de la rançon d'un mort. » Les deux malheureuses femmes, en effet, ne recouvrèrent la liberté qu'en payant les cent mille écus.
Chaumont ne resta que trente-quatre ans dans la maison de Bouillon 1 . La petite-fille du maréchal de Bouillon, Charlotte de la Marck, avait épousé, en 1591, Henri delà Tourd'Auvergne, vicomte de Turenne, à qui elle avait transporté
1 II passa successivement entre les mains de Henri-Robert de la Marck, duc de Bouillon, fils du maréchal de la Marck, mort en 157 i, empoisonné comme l'avait été son père, et de Guillaume-Robert de la Marck, son fils, lequel mourut sans postérité, Je 1 er janvier 1580, à l'âge de vingt-cinq ans, ne laissant pour héritière que Charlotte de la Marck, sa sœur. 11 avait ordonné, par son testament, qu'elle ne pût se marier quo du consentement du roi de Navarre, du prince de Condé et du duc de Montpcnsier. C'est ce conseil de famille qui l'unit au vicomte de Turenne. j
le nom et le duché de Bouillon ; elle mourut, en 1594, sans laisser d'enfants, et son mari épousa, en secondes noces, la fille du prince d'Orange. C'est de ce mariage que naquit Tu renne.