‹ Les résidences royales de la LoireChapitre 35 sur 68 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Madame de Staël partie, Chaumont retombe pour de longues années dans le silence et l'abandon. M. d'Etche-

1 Ceux qui souffrent bravement sauvent l'espèce bumaine.

goyen, qui en devint propriétaire après M. Leray 1 , le négligea pour Madon, ancienne résidence d'été des évêques de Blois, qu'il habitait. M. Leray avait fait de son château une fabrique; M. d'Etchegoyen en fit une ferme.

De meilleurs jours sont venus. Le culte du passé, que tant de savantes investigations ont ranimé de toutes parts, protège aujourd'hui les châteaux historiques. Les possesseurs de ces vieilles demeures comprennent qu'ils ne sont que les détenteurs viagers d'une propriété nationale qu'ils ont pour mission de restaurer et de transmettre intacte à l'avenir. Cette mission, MM. d'Aramon et VValsh l'ont consciencieusement remplie. Nous avons dit, en commençant, les intelligentes restaurations qu'ils ont accomplies à Chaumont. Le quinzième siècle revit dans ces vastes salles, où l'artiste et l'historien peuvent évoquer à leur gré, sans être gênés, comme autrefois, par le désaccord du cadre et l'absence de couleur historique, tous les hôtes illustres qui les ont traversées : Charles d'Amboise, le maréchal de Chaumont, Louis XII et son ministre, Catherine et son astrologue, Diane de Poitiers et la belle Limeuil, Marie de Médiciset Philippe V. La partie habitée a été mise en harmonie avec la partie historique, le châleau moderne avec le musée. Un magnifique salon, où l'on a trouvé moyen de concilier nos besoins de confortable avec le respect des traditions historiques, sert de transition de l'une à l'autre. Ce salon est tendu en étoffe pourpre encadrée de guirlandes de chardons, ornement qu'on retrouve en plusieurs endroits du château : il rappelle très-probablement l'ordre de Notre-Dame du Chardon fondé, en 1570, par le duc de Bourbon, Louis II, et qui était l'ordre de la maison

1 En 1829. — M. d'Etchegoyen revendit Chaumont, en 1851, à M. le comte d'Aramon, morl en 1817, et dont la veuve a épousé M. le vicomt? Walsh.

de Bourbon. Le constructeur de Chaumont, Charles d'Amboise, tenait aux Bourbons par sa grand'mère, Jaquette de Beaujeu 1 .

Cette partie habitée contient des souvenirs d'une autre sorte, reliques vendéennes que nous n'avons pas mission de décrire. Là encore vit le culte des souvenirs, culte inoffensif, plein d'ailleurs de déférence pour le présent, et qui n'a rien de trop déplacé sous ces voûtes où retentissent encore les chaleureuses philippiques de madame de Staël et de Benjamin Constant.

1 Dans une note insérée au tome I* r (p. 415) du Bulletin de la Société archéologique de VOrléanais, note relative aux restaurations récentes de Chaumont, M. Mantelier, pour expliquer la présence de cet emblème, a supposé que l'achèvement des parties du château où il est représenté datait de la régence de la dame de Beaujeu. Son interprétation n'est point incompatible avec la notre. Ces enroulements de chardons étaient peut-être tout à la fois un souvenir de famille et une flatterie pour la régente. Ils seraient alors l'œuvre, non de Charles de Chaumont, mort quelque temps avant Louis XI, mais de son fils, le maréchal d'Amboise. \

Page 1