‹ Les résidences royales de la LoireChapitre 45 sur 68 · LOUISE DE SAVOIE ET LE MARECHAL DE GIÉ · texte numérisé non relu

LOUISE DE SAVOIE ET LE MARECHAL DE GIÉ

Il y avait une femme dont cette union sacrilège ajournait indéfiniment les espérances et bouleversait tous les projets. Cette femme était Louise de Savoie, duchesse d'Angouleme. Veuve à dix-huit ans, oubliée depuis la mort de son insignifiant époux dans le vieux château de Cognac où Charles VIII

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lavait reléguée, elle concentrait sur la téte de son fils tout sou avenir, loute l'ambition de sa vie. Cet enfant, fils do lamour peut-être, beau comme presque tous les enfants de l'amour, fut, dès le jour de sa naissance, traité par elle en roi, mieux qu'en roi, en dieu. Sa mère et sa sœur l'adoraient prosternées; sa mère surtout, violente, audacieuse, peu scrupuleuse sur les moyens, marchant à son but par toutes les voies, per (as et nefas* l'aima d'un amour sauvage et violent comme elle : il fut en naissant l'enfant gâté, exigeant et toujours obéi, l'aimable tyran qui se sait tout permis. On peut donc aisément comprendre quelle haine la mère accumula sur la tête de cette Bretonne qui allait peut-être, en donnant un héritier direct à la couronne, entraver à tout jamais l'exaltation de ce fils, son roi, son seigneur, son César pacifique et triomphant, comme elle l'appelle dans ses Mémoires.

Au premier bruit du mariage, elle quitta Cognac, accourut à Amboisc avec ses deux enfants, Marguerite et François. Elle put, de là, surveiller tous les petits événements de la cour de Blois, frémissant à chaque nouvelle grossesse de la reine, l'entourant de maléfices et de vœux meurtriers, puis tressaillant d'aise quand, à chaque fois, elle apprenait qu'Anne s'était blessée ou avait mis au monde un enfant mort. L'intrigue, la ruse, l'amour, tous les moyens lui étaient bons pour arriver à ses fins. Nuit et jour elle tendait autour de la naïve Bretonne d'invisibles filets, prête à les retirer à elle et à l'y étouffer le jour où disparaîtrait le roi déjà bien caduc.

Anne, qui la méprisait et la craignait, avait mis à la tête du gouvernement d'Amboise, un homme dont elle se croyait sûre, un ami, un compagnon d'armes du roi, Pierre de Rohan, maréchal de Gié. Louise séduisit le vieux guerrier qui devint

son amant. Sur ces entrefuites, le roi tomba dangereusement malade : la lutte des deux femmes, depuis si longtemps pré* parée, éclata le jour où il fut en danger de mort.

La consternation était dans la cour de Blois : seule, Anne de Bretagne ne perd pas la tête : elle veille à ses affaires ; elle se souvient qu'en cessant d'être reine de France, elle reste duchesse de Bretagne. La prudente ménagère prépare son départ : elle dépouille le châleau de Blois, lui reprend tout ce qu'elle y a apporté, emballe ses meubles, ses étoffes, ses joyaux et aussi un peu ceux de la couronne, résolue à se retirer à Nantes aussitôt après la mort du roi. On a prétendu même que son projet était d'enlever, en passant sous les murs d'Ambois3, le jeune héritier de la monarchie et d'assurer à tout prix la couronne à sa fille. « Elle aurait trouvé, a dit un historien, assez de gens empressés à repousser la loi salique, et à appeler la fille du roi à la succession du trône de France l , » Cette imputation si grave ne nous paraît pas reposer sur des documents sérieux ; mais si ce projet d'enlèvement ne germa pas dans la tête de la reine, il paraît établi, du moins, que Louise de Savoie l'en crut capable et qu'elle prit toutes sortes de mesures pour y mettre empêchement.

Elle commença par se réconcilier avec le maréchal de Gié quelle détestait pour ses brutalilés et qu'elle avait trahi depuis peu pour un amant plus jeune. Le maréchal, à son instigation, doubla la garde du château d'Amboise et donna l'ordre au capitaine qui le commandait de se tenir prêt à conduire le jeune François à Angers. Il fit plus : il osa arrêter et mener dans cette ville les bateaux que la reine envoyait à Nantes, chargés de ses richesses.

4 Sismondi, Bitt. de France, t. XV, p. 435. — Arn. Ferrcmii, lib. IV, p. 05.

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Cet acte d'audace eut une suite terrible. Le roi guérit contre toute attente. Anne aussitôt exige une réparation éclatante. Le maréchal est arrêté et Louise, en qui il espère, devient l'agent le plus actif de sa perte. 11 fallait l'accuser ou se sacrifier avec lui : elle n'hésita pas. On la vit suivre avec un avide intérêt tous les détails de la procédure, lui fournir des armes, se transporter à l'auberge de la Corne de cerf d'Amboise, ou résidaient les commissaires royaux, et là, accumuler sur la tête de son ancien amant toutes sortes d'accusations qui le firent, à la fin, condamner comme rebelle et criminel de lèse-majesté.

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