‹ Les résidences royales de la LoireChapitre 6 sur 68 · C II A M BORD · texte numérisé non relu

C II A M BORD

vers d'un quatrain, ces deux premiers vers toujours si faciles à faire :

Joli, gentil petit cheval,

Doux à monter, doux à descendre...

François, cherchant en vain les deux rimes qui devaient compléter la strophe, interrogea des yeux Saint-Gelais, qui ajouta sans hésiter :

Pour n'être pas un Bucéphal,

Tu portes plus grand qu'Alexandre.

Mais rien ne pouvait vaincre la mélancolie du roi. Son caractère, jadis ouvert et familier, était devenu quinteux et taciturne. 11 s'emportait brusquement sans motif, et on l'entendait souvent médire des finîmes qu'il avait tant aimées. C'était là le sujet habituel de ses conversations avec la reine de Navarre. Un jour que Marguerite plaidait devant lui, avec esprit, la cause de son sexe, le roi, qui la laissait parler sans rien dire, s'approcha de la fenêtre, et, pour toute réponse, écrivit sur une vitre, avec la pointe d'une émeraude, la poétique boutade que tout le monde connaît.

Peut-être pensait-il en ce moment à la récente trahison de la duchesse d'Étampes, dont Diane de Poitiers venait de lui fournir la preuve t .

Telle est du moins^l'historiette qui court les livres depuis près de deux siècles sur la foi du vieil historien de Blois, Bernier. Elle avait dans notre livre une place trop naturelle pour qu'il nous fût permis de la passer sous silence; mais

4 Munie des pleins pouvoirs du roi, la duchesse venait de conclure avec Charles-Quint le honteux traité de Crespy, qui n'avait, disait-on, d'autre but que d'assurer une puissance indépendante au duc d'Orléans, son futur protecteur.

nous ne dissimulons pas que nous la tenons en légitime suspicion.

Malgré le texte assez précis de Dernier *, il est douteux que personne ait jamais vu la vitre où était tracé le fameux distique. Qu'est devenue cette précieuse relique? Les uns veulent qu'elle ait été vendue à un Anglais, d'autres que Louis XIV l'ait brisée pour obéir à un caprice de mademoiselle de la Vallière. Le distique lui-même est un problème. Qu'on veuille bien sur ces deux points écouter Brantôme, antérieur de plus d'un siècle à Bernier et le seul écrivain qui ait parlé, de visu, de l'inscription tracée par François I er .

a 11 me souvient, dit-il, qu'une fois, m'estant allé pourmener à Chambord, un vieux concierge, qui estoit céans et avoit esté valet de chambre du roy François I er , m'y reçut fort honnestement, car il avoit dès ce temps-là connu les miens à la cour et aux guerres, et luy-mesme me voulut montrer tout; et m'ayant mené à la chambre du roy, il me montra un escrit au costé de la fenestre : « Tenez, dit-il, lisez cela, monsieur ; « si vous n avez veu de l'escriture du roy, mon maistre, en « voilà. » Et l'ayant leu, en grandes lettres il y avoit ce mot : « Toute femme varie. »

11 est étonnant qu'aucun des écrivains qui se sont occupés de Chambord n'ait relevé ce texte si précis de Brantôme. 11 en résulte que la fameuse inscription ne se lisait pas dans un cabinet joignant la chapelle, comme cela est imprime partout, mais bien dans la chambre du roi; qu'elle était

* « L'on y voit dans un cabinet joignant la chapelle, cette rime écrite sur un carreau de vitre avec un diamant de la propre main de ce prince:

Souvent femme varie, Mal habil qui s'y fie. »

Bernier, Uist. de Blois, p. 85.

CHAMBORD

écrite au coté de la fenêtre, ce qui doit très-probablement s'entendre, non d'une vitre latérale, mais de l'embrasure même de la fenêtre, et qu'enfin elle ne consistait pas en deux vers, mais en trois mots.

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