‹ Les responsabilités de l'année terribleChapitre 13 sur 66 · LA MORT D'ABEL DOUAY · texte numérisé non relu

LA MORT D'ABEL DOUAY

L'article de la Gazette de V Allemagne du Nord sur la mort du général Douay a causé en France une vive émotion. Nous disions dans notre dernier numéro qu'un de nos abonnés, par une lettre signée, avait confirmé le récit inattendu de la feuille allemande et déclaré qu'en effet le général Abel Douay avait bien été tué par un officier français.

Or, M. Duguyot, frère de l'ex-député de l'Yonne, est venu hier matin au Petit Journal, et il nous a fait une communication absolument opposée à celle de notre abonné, mais particulièrement intéressante.

En 1872, nous a dit M. Duguyot, j'ai rencontré à Milianah un lieutenant du 23^ chasseurs à pied avec lequel j'ai longuement causé de la guerre de 1870, et notamment de la bataille de Wissembourg. Au cours de cette conversation, cet officier m'a déclaré que le général Douay avait été tué sous ses yeux, et voici en quels termes il m'a retracé ce douloureux épisode.

Le 4 août 1870, j'avais été chargé d'amener sur le champ de bataille un détachement de renfort de trois cents hommes, et à la tête de ce détachement, je me suis présenté au général Douay, que j'ai rencontré sur les pentes de Geisberg.

1. E. Hepp, frère du général de ce nom, en 1870;, sous-préfet de Wissembourg et qui s'est occupé de faire ensevelir dignement chez lui le corps du général Douay.

Le général, à ce moment, était auprès de sa batterie de mitrailleuses qui fonctionnaient pour la première fois. Il avait mis pied à terre, et son cheval était tenu en main par son ordonnance à quelques pas de lui. Rapidement, je le mis au courant de ma mission, lui annonçant que je devais renforcer le 8*^ bataillon de chasseurs à pied.

— Le 8^ bataillon, me répondit le général, est en reconnaissance à Seltz, à vingt-six kilomètres de là, et le pays est occupé par l'ennemi. 11 ne faut donc pas songer à le renforcer. Portez-vous un peu en arrière et restez en soutien de l'artillerie.

En exécution de cet ordre, je me portai avec mes hommes à cent cinquante mètres environ et nous attendîmes.

Autour des mitrailleuses, que les batteries bavaroises cherchaient à démonter, les obus faisaient rage. Quant au général, toujours absorbé par l'examen des nouveaux engins, il ne paraissait même pas s'apercevoir de cette grêle de mitraille. Mais, soudain, je le vis tomber. Un éclat d'obus lui avait ouvert le ventre.

Telle est la version que nous a transmise M. Duguyot, et il a ajouté avec raison :

— Grâce à l'immense publicité du Pe^zYJowrna/, l'officier de qui je tiens ce récit peut être retrouvé.

Les trois ou quatre officiers d'artillerie qui surveillaient le tir des mitrailleuses, peuvent l'être également, s'ils ont survécu. On devrait invoquer leur témoignage et détruire à l'aide de leurs dépositions irrécusables la fâcheuse légende que les Allemands cherchent à créer autour de la mort glorieuse du général Douay.

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