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CHAPITRE VII

Le Corps législatif demande le changement du commandement. — Lettre de M. le comte de Kératry. — Déclaration

■ du comte de Palikao. — Lettre de M. L. Guyot-Montpayroux. — Lettre de Jules Favre. — La maréchale Bazaine. — Extrait du rapport du général d'Autemarrc. — Nouvelle lettre de M. le comte de Kératry.

Le Corps législatif demanda, au nom du salut de la patrie, que le commandement fût changé.

Le 12 août, dans l'après-midi, le maréchal Bazaine reçut la dépêche ci-après :

Au grand quartier général à Metz, 12 août.

Le major général au maréchal Bazaine.

J'ai l'honneur de vous informer que, par décret de ce jour, l'empereur vous a nommé au commandement en chef de l'armée du Rhin.

Votre Excellence prendra immédiatement possession de son conimandement.

Par décision du même jour, l'empereur a nommé aux

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fonctions de chef d'état-major de l'armée du Rhin M. le général de division Jarras, aide -major de ladite armée.

Le major général, Le Bœuf.

Pour apprécier cette nomination, M. de Rivière abandonne M. d'Andlaii, son chef de file, pour voler de ses propres ailes, et insinue qu'elle fut sans doute précipitée par un incident que fera connaître une lettre, de M. de Kératry, écrite le 28 février 1872 au soir, de Mar'seille, où il était alors préfet, au maréchal Bazaine :

J'ai eu l'honneur de recevoir aujourd'hui Ja visite de M°^^ la maréchale. Le motif de sa visite ne m'a pas causé une moindre émotion qu'à vous : elle avait pour but une suppression à opérer dans un passage de ma déposition près la commission d'enquête, devant qui j'ai déclaré, il y a huit mois, que M°i° la maréchale m'avait rendu visite vingt jours avant le 4 septembre, pour me prier de faire savoir à mes collègues de la Chambre, de la part de son mari, que la présence de l'empereur compromettait les opérations militaires, quHl n^en acceptait plus la responsabilité et qu'il désirait se retirer.

Cette déclaration, restreinte au rôle purement militaire, que je n'avais pas été le seul à juger très digne et très loyale, si on se reporte à l'époque où le pays, où la majorité de la Chambre, où le ministère de la Régence professaient hautement que la persistance de la présence de l'empereur aux armées était une faute capitale, je l'avais portée le même jour de mon entretien avecM'^'^ la maréchale à mes collègues de la gauche, et avec deux

d'entre eux au général dePalikao, ministre de la guerre. Ce fut à la suite de cette déclaration que la gauche, abdiquant d'anciens griefs ou préjugés contre votre personne, émit et soutint le projet de vous investir du rang suprême.

M™e la maréchale m'a déclaré hier, en présence du colonel Willette, venu avec çlle de Paris à Marseille, et de M. Jay, mon chef de cabinet, qui se trouvait précisément chez moi le matin où M™^ la maréchale vint me trouver avant le 4 septembre, que jamais vous ne l'aviez chargée de transmettre ni à moi ni à personne une pareille déclaration, complètement contraire à votre conduite et à vos pensées, — d'autre part, qu'elle-même ne m'avait pas fait cette déclaration, et que sa visite matinale de cette époque n'avait été qu'une pure visite de bonnes relations, que, par conséquent, elle désirait que je fisse disparaitre de ma déposition le passage relatif à elle et à vous.

Votre affirmation d'être resté complètement étranger à cette déclaration ne fera de doute pour personne, Monsieur le maréchal, puisque vous l'affirmez : j'en prends acte, je vais en donner connaissance à la commission d'enquête et elle figurera dans la prochaine édition de mon livre du 4 Septembre.

En ce qui concerne M"^" la maréchale, j'ai eu le douloureux regret de ne pouvoir satisfaire à sa demande de rectification. S'est-elle mal expliquée ou a-t-elle été, dans ces moments graves, au delà de sa pensée? Je l'ignore. Mais j'affirme sur l'honneur que j'ai été le fidèle interprète de sa parole. Et comment admettre, en effet, alors que nos relations de visite s'étaient complètement interrompues, quelques jours après votre prise de commandement de la Garde impériale, que M^^ la maréchale fût venue si matinalement de Versailles à Paris pour me faire, à moi, une pure visite, sans motif pressant?

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Comment supposer, alors que le ministre de la guerre avait encore tout moyen de communication avec les armées, que je me fusse permis une pareille déclaration, à laquelle je n'avais aucun intérêt, si je n'y avais été convié?

J'ajoute que M™° la maréchale, entrée dans la chambre de M™^ de Kératry, lui demanda la permission de m'emmener dans l'appartement voisin pour me faire une communication qui eut effectivement lieu dans mon cabinet de travail.

J'ajouterai, monsieur le maréchal, qu'à la date du 30 juillet dernier et à la suite d'une lettre que vous m'avez envoyée de Genève le 6 juillet, je vous ai répondu à l'adresse indiquée. Dans cette lettre qui, me dit-on, ne vous est point parvenue, quoiqu'on m'ait télégraphié hier d'Aix-les-Bains que toutes vos lettres vous ont été régulièrement adressées, dans cette lettre je vous disais le sens de la déclaration que j'avais faite devant la commission d'enquête, déclaration qu'il m'importait peu personnellement de taire ou de produire, mais que j'avais cru devoir rappeler pour rendre ce que je croyais être un hommage à la vérité.

Je ne puis terminer, monsieur le maréchal, sans vous marquer le chagrin réel que j'éprouve de n'avoir pu satisfaire au désir de M'^*' la maréchale; mais je ne doute pas qu'en mon lieu et place vous n'eussiez tenu exactement la même conduite.

Veuillez agréer, monsieur le maréchal, l'assurance de ma haute considération.

Comte DE KÉRATRY.

La déposition de M. de Kératry, faite d'abord devant la commission de l'Assemblée nationale, instituée pour faire une enquête sur les actes du

gouvernement de la Défense, avait été confirmée par lui dans une seconde, reçue par voie de commission rogatoire, à laquelle il avait eu soin d'ajouter que la maréchale était venue le trouver à Marseille le 28 février 1872, pour lui dire que jamais le maréchal ne Pavait chargée de faire une déclaration du genre de celle qui se trouvait formulée par les termes de sa déposition.

Il est inutile de demander si M. de Rivière s'était hâté de s'armer de sa loupe pour examiner Vincident et d'en tirer des conclusions :

Il déclare, écrit le général Boyer au maréchal, le 29 août 1872, que vous avez fait faire une démarche officielle pour avoir le commandement en chef.

Dans son rapport, après avoir dit que M. deKératry — dans une nouvelle adjonction à sa déposition — ayant été chez le ministre de la guerre, de concert avec MM. Jules Favre et Picard, délégués par l'opposition, pour lui transmettrela déclaration apportée par la maréchale, et que le comte de Palikao leur avait répondu que, conformément au désir de la Chambre, le maréchal Bazaine allait être investi du commandement suprême, M. de Rivière prend sa table des logarithmes et y découvre ceci :

Le général de Palikao ayant pris possession du ministère le 10 août, et le maréchal ayant été nommé le 12, l'entrevue racontée par M. de Kératry a dû avoir lieu le 11.

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Et, dès le 9, ce que vous faites semblant de ne pas savoir, Monsieur de Rivière, le maréchal Bazaine avait ce magnifique commandement suprême que vous paraissez avoir de la peine à digérer. Le décret du 12 ne faisait que compléter la mesure en supprimant le major général^ nommé au commandement du 3'^ corps d'armée, et en donnant au nouveau promu, auquel on en avait déjà imposé une partie, le reste du grand état-major. 11 est vrai qu'il 'ne commandait pas plus le 12 que le 9, ou, pour mieux dire, qu'on ne lui obéissait guère; mais il possédait le titre.

D'ailleurs, M. de Kératry n'a pas été tout à fait d'accord avec le général de Montauban et M. Guyot- Montpayroux, député.

M. de Rivière ayant demandé des explications à ce sujet au comte de Palikao, celui-ci répondit :

Je me souviens d'avoir reçu une seule visite des personnages désignés par M. de Kératry. Je pense que cette visite avait un autre but que celui rapporté par M. de Kératry, et qu'il se peut que, par suite de la conversation, il ait été question du commandement de l'armée du Rhin. Le nom de M'^'^ la maréchale Bazaine n'a pas été prononcé dans cette conversation, et il ne m'a pas été dit que le maréchal Bazaine voulût donner la démission de son commandement...

Je ne m'explique pas que M. Jules Favre qui, dans son ouvrage sur le Gouvernement de la défense nationale, parle de cette entrevue, ait pu omettre un fait aussi important s'il s'était présenté sous les couleurs que lui prête M. de Kératry...

' Le général donnait en outre communication à M. de Rivière d'une lettre écrite par lui le 30 mars 1872 à la maréchale, lettre dans laquelle il lui disait :

MM. Jules Favre, Picard et deKératry sont venus chez moi le 21 août, ainsi que le constateTouvragedeM. Jules Favre sur le Gouvernement de la défense nationale, page 51 .

Ces messieurs, — M. Jules Favre le dit, — n'étaient venus que pour me demander de presser l'armement de la troupe et surtout des gardes nationaux...

La conversation s'est terminée sur ces objets, et s'il eût été question d'une affaire aussi grave que celle dont parle votre lettre, M. Jules Favre n'aurait pas manqué de le dire dans son livre.

Quant à moi, j'atteste que le fait est complètement inexact, et j'ajoute qu'il est impossible qu'il ait eu lieu ; Sa Majesté l'Empereur était au camp de Châlons le 21, et il ne pouvait être question de commandement, le maréchal Bazaine étant déjà nommé au commandement en chef de l'armée du Rhin, et le maréchal Mac-Mahon à celui de l'armée de Châlons...

Quant à M. Guyot-Montpayroux, il écrivait :

Je viens de lire à la campagne, où je suis encore pour quelques jours, le rapport du général de Rivière sur l'affaire de Bazaine. Il y a dans ce rapport un incident qui me paraît devoir appeler votre attention d'une façon toute particulière. Il est dit dans le rapport que, d'après le conseil même de son entourage, l'empereur, abdiquant officiellement tout pouvoir, se décida à investir le maréchal du commandement suprême de l'armée du Rhin, etc., le 12 août.

C'est là un fait absolument en contradiction avec les déclarations faites par M. de Palikao dans la séance du Corps législatif (la H août — cette séance est capitale.

Le 11 août, Palikao, pressé par moi, fut forcé de déclarer que le maréchal Bazaine commandait en chef. Il mentait donc?

La vérité, c'est qu'après le 11 août, comme avant, Palikao, très jaloux du maréchal, s'est occupé d'une foule de choses qui ne le regardaient pas, et que le désastre de Sedan doit être imputé à lui, à Mac-Mahon et à beaucoup d'autres, plutôt qu'à Bazaine.

Pour aujourd'hui, je me borne à appeler votre attention sur ce point; mais il y en a plusieurs autres, sur lesquels je vous éclairerai de vive voix et qui sont décisifs.

Je ne connais pas personnellement le maréchal Bazaine, mais je suis scandalisé de cette alliance monstrueuse d'hommes qui avaient perdu la tête, qui ont fait toutes les folies du monde, et qui cherchent aujourd'hui à faire retomber sur le maréchal toute la responsabilité.

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