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L. Broyé

P.-S. — Il était environ dix heures du soir quand j'arrivai à Verdun le 17.

Les causes du rappel du commandant Broyé sont restées un mystère, et le plus étrange, c'est qu'on ne voit nulle part que le maréchal de Mac-Mahon ait dit avoir rappelé son aide de camp, presque aussitôt que celui-ci était parti.

Dans sa déposition devant la commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale, alors qu'il commandait en chef l'armée de Versailles, il ne parle absolument que de son départ :

J'envoyai un de mes aides de camp, le colonel Broyé, sur les quatre heures — le 17 août — vers le maréchal Bazaine, pour lui faire connaître la position de l'armée et lui demander des instructions plus positives que celles qu'il pouvait me donner par le télégraphe»

On pourrait croire, en conséquence, que le colo-

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nel Broyé, alors commandant, avait vu le maréchal à Metz et rapporté ses instructions au maréchal de Mac-Mahon, si la dépêche suivante de ce dernier ne prouvait qu'il ne les attendait pas :

Camp de Châlons, le 18 août 1870, huit heures du matin.

Maréchal de Mac-Mahon à M. lemaréchal Bazaine, à Metz.

Demain soir toutes les troupes sous mes ordres seront réorganisées.

Failly est à Vitry-le-François; Margueritte, avec une division de cavalerie, à Sainte-Menehould.

Si Tarmée du prince royal arrive en forces sur moi, je prendrai position entre Épernay et Reims, de manière à être prêt à me rattacher à vous ou à marcher sur Paris, si les circonstances me forcent à le faire.

On voit que le maréchal de Mac-Mahon ne songeait pas encore bien sérieusement à se dévouer pour venir au secours de l'armée du Rhin. Mais sa dépêche, qui manquerait alors de franchise, donne peut-être la véritable raison du brusque demitour imposé à son aide de camp; car les événements du 16 et la retraite sur Metz étaient des motifs de plus pour que cet officier remplît jusqu'au bout sa mission. Un entretien entre lui et le commandant en chef de l'armée du Rhin aurait certainement apporté des modifications importantes dans les déplorables opérations du maréchal de Mac-Mahon pendant la fin du mois d'août.

Il paraîtrait que la présence de celui-ci à Châlons

avait été l'occasion d'un grand conseil de guerre, où il avait été décidé que l'on laisserait le maréchal Bazaine se défendre seul dans le camp retranché de Metz ou percer les lignes ennemies, s'il le pouvait; et que le maréchal de Mac-Mahon se dirigerait sur Paris avec toutes les troupes disponibles.

Bien que nous ayons déjà pu constater que le maréchal de Mac-Mahon n'éprouvait pas un désir excessif de se trouver sous les ordres directs du maréchal Bazaine, j'aime mieux m'arréter à l'hypothèse qui m'est fournie par ce conseil de guerre, rendant inutile le voyage à Metz du commandant Broyé, que de rechercher si un entretien avec l'empereur n'avait pas donné à réfléchir au chef des l'''', S'' et 7^ corps, après la mise en route de son officier.

Voici ce qu'il rapporte de cet entretien, toujours dans sa déposition :

J'étais chez l'empereur à une heure. Je lui fis observer que je désirais connaître d'une manière positive les relations qui devaient exister entre le commandant de l'armée de Châlons et Vautre.

L'empereur me dit qu'il avait remis depuis quelques jours le commandement au maréchal Bazaine, que Jar conséquent il maintenait cette manière de faire, et que je n'aurais de rapports pour les opérations mihtaires qu'avec le maréchal Bazaine seul.

Il est temps de retourner à l'armée du Rhin et à la défense des lignes d'Amanvillers.

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En lisant le rapport du prince Frédéric-Charles sur les opérations de la 2^ armée et la part prise par elle à la bataille du 18 août, on voit que, pour les Allemands, le matin de cette terrible journée, nous acceptions la bataille sur le plateau Amanvillers- Leipzig -Moscou — deux noms de sinistre augure.

A midi seulement, ils reconnurent que nous avions négligé de nous emparer de la position de Verneville et ils se glissèrent dans les épais fourrés du bois de la Gusse. Ils ne découvrirent notre présence à Saint-Privat que par le feu qu'ils reçurent de cette direction.

A deux heures, ils étaient certains de la prolongation de notre ligne jusqu'à Roncourt. Faute impardonnable aggravant celle que l'on avait déjà fait commettre au maréchal commandant en chef. Non seulement le 6^ corps ne s'était pas établi en arrière de VernevillC; mais l'ordre préféré par lui de prendre la droite du 4^ corps d'Amanvillers vers Saint-Privat était devenu une autorisation de s'étendre, hors de toute proportion avec son effectif et sa solidité au feu, à la merci du mouvement tournant de rigueur qu'eût entravé, sinon rendu impossible, l'occupation de Verneville.

Pour M. de Rivière, le maréchal Bazaine s'est désintéressé de la bataille en restant presque toute la journée à son quartier général ; il a abandonné sans secours le maréchal Ganrobert; et il est per-

sonnellement responsable delà défaite du 18 août, ainsi que de ses conséquences.

Elles furent, en effet, terribles. Le prince Frédéric-Charles poussa ce jour-là le dernier verrou sur l'armée du Rhin.

Si M. de Rivière avait pris la peine de suivre les péripéties de la bataille de Saint-Privat et les mouvements des troupes allemandes engagées, il aurait vu que l'armée du maréchal Steinmetz n'y figurait pas au complet. Il se serait demandé où pouvait être le reste et il l'aurait distingué, sans longuevue, sur la rive droite. On a le droit d'être surpris qu'il n'ait pas même pris la peine de consulter son vade-mecum, le livre de M. d'Andlau, qui l'aurait éclairé :

Dès lors rinvestissement est terminé, dit cet excellent ouvrage; les forces ennemies se rejoignent sur les deux rives de la Moselle en amont et en aval ; nous sommes séparés de toute la France par une muraille de baïonnettes et de bouches à feu...

En outre, si le rôle d'accusateur quand même n'avait pas enlevé à M. de Rivière toute espèce de lucidité, il aurait réfléchi que la seule réserve d'infanterie que possédât le maréchal consistant en neuf mille hommes de la Garde, celui-ci eût eu fort à faire à sauver d'une ruine totale l'armée du Rhin, dans le cas où les troupes de Steinmetz, absentes du champ de bataille, franchissant la

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Moselle, auraient tenté une attaque sur. l'un ou l'autre de ses flancs. Par suite, M. de Rivière ne se serait pas étonné de la longue et anxieuse attente du commandant en chef sur le plateau de Plappeville, qu'il eût comprise d'ailleurs tout de suite en se rappelant les reconnaissances ordonnées sur Norroy-le-Veneur et les routes venant de Marange.

Dans ces conditions, les secours étaient bien difficiles à envoyer au 6° corps, et cependant ils ne lui ont pas manqué, comme M. de Rivière le prétend.

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