CHAPITRE XIX
Un chevaleresque dévouement. — Lettre du général Clinchant. — Lettre du maréchal Le Bœuf. — La garde nationale de Metz. — Marche du maréchal de Mac-Mahon. — Sedan. — Les rôles changent. — Précautions sérieuses. — Tentative de sortie.
Si l'empereur, pauvre souverain déjà sans couronne, grâce au parti de la régente, et général destitué par le fait, ne s'opposait à aucune opération et n'en prescrivait aucune, — cette justice lui a été rendue par le maréchal de Mac-Mahon dans sa déposition, — celui-ci avait à compter avec le ministre de la guerre, le conseil des ministres et le conseil privé.
Il avait accepté d'exécuter le plan Palikao. Ce général s'y tenait plus que jamais, malgré toutes les dépêches : lui, se trouvait dans la nécessité absolue de se soumettre ou de se démettre.
Néanmoins, comme le général de Rivière, dans son rapport, le général Pourcet, commissaire spécial du gouvernement, dans son réquisitoire, attribue au maréchal Bazaine la responsabilité première
l'année terrible. 223
de la catastrophe de Sedan, où le maréchal de Mac- Mahon entraîné par le désir de sauver l'armée de Metz est tombé victime de son chevale7'esque dévouement. J'avais toujours cru que c'était d'un éclat d'obus.
Malgré les haines intéressées qui avaient jeté le commandant en chef de l'armée du Rhin sur la sellette d'un conseil de guerre, on a vu, par la virulente sortie du colonel Stoffel, que toute l'armée ne croyait pas avoir besoin de lui crier : Raca! pour obtenir l'absolution de son incapacité ou de ses défaillances, et que l'on y appréciait militairement le général-rapporteur.
Je copie ci-après une lettre qui juge de haut le général-commissaire et le tribunal :
Monsieur le Maréchal,
II' est bien dur de voir un Pourcet, général médiocre, se permettre de jeter un blâme continu sur son supérieur. Votre Excellence n'eût pas dû accepter de comparaître devant un autre tribunal que celui des maréchaux de France.
J'ai l'espérance, avec tous ceux qui tiennent à la dignité de l'armée, que vous trouverez le moment, avant la fm des débats si douloureux pour vous, de flétrir cette organisation si défectueuse de la législation militaire.
Veuillez agréer, Monsieur le Maréchal, l'expression des sentiments de respect que m'inspire le malheur, surtout quand il est soutenu avec stoïcisme.
Général Clinchant.
4 décembre 73.
Cette lettre a d'autant plus de poids, que, dans son livre, le colonel d'Andlau, parlant de Tagitation, dont il fut l'un des principaux auteurs, qui se produisit le 26 octobre, avant-veille de la capitulation de Metz, dans les camps, agitation plus accentuée encore le lendemain 27, a écrit :
Les officiers cherchèrent à s'entendre, ceux du génie se concertèrent et vinrent offrir à un de leurs colonels de se mettre à leur tête, lui promettant leur concours et celui de leurs hommes. On alla voir les uns, on fit avertir les autres et on s'engagea à se retrouver à Metz, à midi, dans une des salles de l'école du génie. Un de nos chefs les plus vigoureux, le général Clinchant, avait promis de s'y rendre et de se mettre à la tête de la sortie, si on lui assurait l'adhésion de 15 à 20 000 hommes. 11 tenterait avec eux de forcer un point des lignes et de s'échapper en dépit de l'opposition du commandant en chef.
La réunion eut lieu ^n effet dans la journée; mais.'au lieu de s'occuper du seul but qu'ils devaient avoir en vue, les jeunes officiers, qui y dominaient par le nombre, se laissèrent aller à une foule d'attaques et de récriminations contre leurs chefs directs, demandant le changement des uns, l'élévation des autres; comme il arrive dans la plupart des assemblées, on ne parvint pas à se mettre d'accord et on put y constater un des inévitables résultats que produit une première atteinte portée à la discipline. — Le bon apôtre! — ... La confusion devint telle, que les officiers supérieurs se retirèrent et que le général, prévenu, ne vint pas.
M. d'Andlau a été mal informé de la raison de
l'absence du général Clinchant. Elle est expliquée dans cette lettre adressée au maréchal Bazaine :
ARMÉE DU RHIN AU quartier général, à Saint-Julien,
le 28 octobre 1870.
3e CORPS