CHAPITRE XXV
Combat du 7 octobre. — « Ce n'est pas ainsi que l'on se bat ! » — Pertes de l'armée de Metz. — Pertes des Allemands. — Le dernier morceau de pain. — Dépêche de Gambetta. — Conjuration civile et militaire. — Lettre du citoyen Minard. Une lettre anonyme.
La conversation qu'on vient de lire a peut-être été l'une des causes qui ont amené le combat du 7 octobre. L'intendant put du moins y trouver une réponse plus explicite encore que celle qui lui avait été donnée le 27 septembre sur l'impossibilité de conduire fructueusement l'armée à l'ennemi, et y recueillir des faits, plus éloquents que toutes les paroles touchant des points que le maréchal n'avait pas abordés.
Le combat du 7 octobre, dit M. de Rivière, montre, avec la dernière évidence, tout ce que le maréchal aurait pu obtenir de l'élan de ses soldats s'il lui avait fait appel. Ce fut la dernière fois que cette brave armée, si digne d'un meilleur sort, aborda l'ennemi. Malgré les conditions les plus défavorables, elle le refoula devant elle jus-
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qu'au moment où l'ordre lui parvint de rentrer dans ses camps.
Voyons Vélan et le combat.
Le maréchal, sous prétexte d'un grand fourrage, avait en réalité préparé une dernière tentative de sortie. L'objectif apparent était les vivres, supposés en abondance dans les Grandes et Petites Tapes, à Saint-Remy, àBellevue, dans la vallée delà Moselle, en aval de Metz.
Il plaça la division de voltigeurs de la Garde dans la vallée sous les ordres du maréchal Canrobert : une troupe d'élite sous le commandement d'un homme d'élite comme bravoure; le 3" corps, sur les hauteurs de la rive droite, et le 4% sur celles de la rive gauche, devaient marcher à la hauteur du centre en s'emparant, le l*''", du camp et des batteries de Malroy, le 2°, des batteries de Yermont. Le mouvement du centre, conduit avec énergie et exécuté avec élan, nous rendit maîtres de Bellevue et des Tapes, les voltigeurs s'emparèrent d'une batterie. Mais les deux ailes ne marchèrent pas, les voltigeurs furent écrasés par les feux croisés des batteries prussiennes des deux rives et laissèrent en pure perte neuf cents des leurs sur le champ de bataille.
Le maréchal, selon son habitude, était là en première ligne. 11 avait donné ordre de faire arriver la division des grenadiers comme renfort
des voltigeurs, et, en cas de succès, tout le reste de l'armée devait suivre. Témoin de l'effort admirable mais stérile de ces braves gens, de la mollesse et de l'immobilité des deux ailes, il eut un moment de découragement profond et resta exposé à tous les feux de l'ennemi, songeant peut-être que la mort serait pour lui la délivrance de son trop lourd fardeau, ou ne se préoccupant pas même du danger. Au procès, des témoins sincères, de vrais soldats, ont avec enthousiasme rendu hommage à sa valeur impassible. Lui seul aurait pu dire la cause de son immobilité sous le feu ce jour-là.
Dans la douleur de son échec, il ne lui échappa que quelques mots entendus par le maréchal Ganrobert : « Ce n'est pas ainsi que l'on se bat! »
L'armée du Rhin, pour la plus grande partie, n'avait plus que la force passive de lutter contre l'inexorable famine. Le 8 octobre, sa ration de pain fut fixée à 300 grammes pour être réduite le surlendemain à 250 grammes sans blutage, limite extrême d'après l'opinion du médecin en chef de l'armée, surtout pour des hommes vivant en plein air.
Le maréchal se trouva bientôt, lui, en présence d'une conjuration civile et d'une conjuration militaire; mais avant de continuer mon récit, je dois dire que l'armée du Rhin, en se reposant sur les armes qui commençaient à échapper à ses mains
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défaillantes, pouvait jeter avec fierté un regard derrière elle.
Elle avait mis plus d'Allemands hors de combat que ne devaient en mettre, à elles toutes, les différentes armées de la Défense nationale.
Ci-après le tableau de ses pertes sous le commandement du maréchal :