‹ Les responsabilités de l'année terribleChapitre 42 sur 66 · ARMÉE DE METZ · texte numérisé non relu

ARMÉE DE METZ

Pertes du 14 août au 7 octobre J870.

Tués Blessés Disparus Total

Officiers 320 1331 209 1860

Troupe 3 041 22 082 1U55. 36 278

Total général (officiers et troupe). 38138

Quant aux Allemands, leurs pertes furent les suivantes dans les quatre principales batailles que . soutint contre eux le maréchal :

Borny 4783

Rezonville 13 479

Amanvillers. 19 538

Servigny-Sainte-Barbe 2 761

Total. . . 40 561

Cela n'a calmé ni le général de Rivière ni le général Pourcet. Pour eux, le maréchal n'a rien fait en faveur de la défense lorsqu'il lui donnait deux mois pour s'organiser et ne capitulait qu'à l'heure où son aimée en était à son dernier morceau de pain. M. de Rivière a fait cet aveu en tête de son

étude sur les subsistances, quatrième partie de son rapport.

Mais comme cet aveu lui pèse, il s'est efforcé de le retirer au moyen de toutes sortes de si, suivant son invariable méthode, et il en arrive, après d'innombrables calculs, à rectifier sa première appréciation et à dire :

Si le maréchal eût fait son devoir, ce n'est pas le 28 octobre que les vivres auraient fait défaut, mais bien le 7 janvier.

Et à une autre page, toujpurs à l'aide d'un si :

11 aurait certainement pu atteindre le commencement de janvier, et peut-être même l'époque de la capitulation de Paris et de l'armistice.

Voilà un dernier morceau de pain qui avait la vie dure.

Enfin le si emporte tellement le général-rapporteur qu'il ne craint pas d'écrire, au risque de forcer le lecteur à se demander si ce magistrat, l'épée au flanc, ne déraisonne pas quelque peu :

Son armée était le seul espoir de la nation : tant qu'elle restait debout, rien n'était perdu; chaque jour on espérait voir le maréchal, brisant l'étreinte de l'ennemi, regagner l'intérieur du pays, que les nouvelles levées, privées de cadres, étaient impuissantes à protéger.

Il est vrai que l'on retrouve dans ce passage stu-

péfiant un écho de la dépêche suivante adressée au maréchal et qui ne lui est malheureusement pas parvenue pour adoucir ses ennuis :

Paris, 23 septembre.

Monsieur le maréchal,

Je confie cette lettre à un émissaire qui se propose de traverser les lignes ennemies et de pénétrer jusqu'à vous par la Belgique et le Luxembourg. M. Lebas se fait fort de rentrer à Paris à bref délai, et de rapporter de vos nouvelles. Je n'ai pas besoin de vous dire quel prix nous attachons au succès de cette entreprise. Depuis le 4 septembre, Paris est debout et en haleine, décidé à se défendre jusqu'à la dernière extrémité; chaque jour il donne de nouvelles preuves de ses mâles intentions; mais, pour briser le cercle qui Vétreint, Paris compte sur l'armée de Metz et sur celui qu'on a pu justement appeler le glorieux Bazaine.

Le Ministre de Vintérieur,

'a Léon Gambetta.

J'ai dit que le maréchal s'était trouvé en présence d'une conjuration civile et d'une conjuration militaire.

« Les Messins n'avaient qu'une seule pensée et un seul but, savoir d'être rendus à eux-mêmes. » Telle a été la déclaration catégorique de M. Worms, banquier à Metz, devant le conseil de guerre. « Comprenant combien la présence de l'armée était nuisible à la ville et au pays, ils ont demandé avec insistance, avec opiniâtreté, qu'elle fût rendue, a

ajouté ce témoin, j'allais dire à ses devoirs, mais je dirai aux opérations qui pouvaient et qui devaient peut-être sauver le pays et sauver la ville. Sans s'émouvoir des menaces d'un bombardement chimérique, elle a toujours, toujours insisté auprès du général commandant supérieur, elle a toujours poursuivi la même idée, et elle a pu espérer, les Messins ont pu espérer, dans certaines occasions, qu'ils obtiendraient enfin d'être rendus à euxmêmes, que leurs souhaits seraient exaucés. »

Cette confiance en eux-mêmes honore les Messins, mais les désordres qui existaient dans leur ville n'ont pas été sans être révélés à Trianon; désordres fâcheux, nuisibles, selon le général de Laveaucoupet qui, lorsque le maréchal lui proposa de prendre le commandement de Metz pour y rétablir l'ordre et ramener la cité à l'obéissance, déclina cette mission en disant à son chef : « Je n'ai rien à vous cacher. Le désordre est à son comble. Vous n'y êtes pas aimé, monsieur le maréchal : votre nom est détesté. Je dois vous le dire aujourd'hui, avec la meilleure volonté du monde, je serais inhabile à faire cesser le désordre qui existe dans Metz : ce désordre est trop grand, et mon autorité serait méconnue... »

Depuis la connaissance des événements de de Paris, la population avait toujours été dans une certaine agitation. La chute de Strasbourg et deToul mit en ébulUtion le parti démocratique qui voulait

que Ton proclamât la République et, surtout, que Ton changeât les fonctionnaires.

L'émeute envahit les appartements du général Goffinières, y brisa le buste de l'empereur et termina ses exploits en arrachant l'aigle du drapeau de la mairie.

Une lettre du 12 octobre écrite au maréchal par un citoyen nommé M. Minard peint à son point de vue l'état des esprits dans la population et dans l'armée :

Permettez à un ancien officier de vous faire connaître que vos troupes sont depuis Jonjiçtemps travaillées par un certain nombre de coureurs de camp fort bien mis, qui les poussent à la révolte, en leur disant que, mécontents de l'état des choses, les maréchaux et généraux ne cherchent qu'une capitulation déshonorante. Ils en donnent pour raison le temps qu'on a passé sous Metz sans même chercher à inquiéter l'ennemi, l'empressement qu'on met à toucher la solde d'avance, et enfin la lâcheté et l'incapacité de divers généraux qui, au combat, non seulement ne savent pas diriger une troupe, mais encore restent couchés, tels que Metman, qui perd sa division, des généraux d'artillerie et autres qu'il serait malheureusement trop long d'énumérer ici.

On dit encore : On laisse mourir les chevaux pour avoir le prétexte de ne plus pouvoir traîner l'artillerie. Après les chevaux viendra l'anéantissement et la faiblesse des hommes, que leur santé rendra incapables.

On entend tous les soldats répondre ; Nous sentons qu'il est temps; mieux vaut mourir d'une balle que de faim; mais nous ne ferons pas comme ceux de Sedan, car nos balles laveront la tête du premier infâme qui

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