‹ Les responsabilités de l'année terribleChapitre 45 sur 66 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

Monsieur le maréchal,

La percée des lignes ennemies faite par une armée qui a perdu sa cavalerie, presque tous ses chevaux d'artillerie, et qui est e'puisée par de nombreuses privations, est un acte de désespoir inutile au pays, car nos troupes ne pourront pas tenir la campagne, inutile à Metz, qui sera prise ou rendue aussitôt après notre départ.

L'armée, broyée par le canon ennemi, sera anéantie après quatre jours au plus de fuite désordonnée. Ceux qui auront échappé au carnage seront débandés et offriront à tous un bien triste spectacle.

La patrie, reconnaissante de nos grandes luttes autour de cette place qu'elles ont sauvée jusqu'ici, car le fort Queuleu n'avait pas un canon en position le 14 août, la patrie verra avec douleur ses enfants décimés, morts sans but, mais, dira-t-on, avec gloire.

La France a déjà trop de gloires. Gardons ses enfants. Plus de folies glorieuses. Elles nous coûtent assez cher. Vous êtes le chef de cent mille soldats qui ont bien mérité de la patrie et qui comptent sur votre haute sagesse.

Que les dires fanfarons de quelques-uns, qui font feu de leur épée, à tout propos, n'entrent pour rien dans vos desseins. Ceux qui crient le plus haut sont-ils les plus braves? Non; les plus héroïques au combat? non; les plus résignés? non encore'.

La pensée intime de tous, celle qui perce malgré soi.

c'est de faire comme le joueur habile, qui sait garder ses réserves pour d'autres occasions et ne jette pas à la débâcle ses derniers écus.

On vous aime et vous serez défendu par tous, qui bientôt remarcheront, avec vous à leur tête, dans des temps meilleurs.

Un officier qui en a consulté bien d^autres.

Page 1