‹ Les responsabilités de l'année terribleChapitre 48 sur 66 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Le but du maréchal Bazaine. — Déclaration de Gambetta. — Récit de M. de Cools. — Uq billet anonyme. — Jugement de M. Gladstone. — Lettre de l'impératrice. — Les engagements d'honneur. — Instruction pour les officiers prisonniers de guerre. — Circulaire du comte de Bismarck.

Le but du maréchal échappe donc et, depuis le procès, deshistoriens, tout en persistant à proclamer sa grande trahison, se sont déclarés impuissants à en découvrir le ou les motifs. Devant les juges, le colonel de Villenoisy^ professeur de fortification à l'école de Metz et qui appelait tout le temps le duc d'Aumale, monseigneur, avait essayé d'insinuer que le commandant en chef de l'armée du Rhin avait rendu la place de Metz et tout son matériel pour une grosse somme. Cela ne fut pris que comme une réminiscence de M. d'Andlau, qui avait déjà parlé de marché. Les Prussiens n'avaient pas besoin d'acheter ce qu'ils savaient devoir leur revenir par la force des choses. Je dois pourtant avouer que la remise qui leur en a été faite a servi de thème à de véhémentes contestations.

On a passé en revue tous les sièges, depuis celui de Troie, sans omettre le siège de Jéricho, jusqu'à la seconde attaque de Puebla, où le général Ortega fit enclouer les canons de la place, briser les armes, sauter les poudrières et les magasins de munitions et l'on en a doctoralement conclu que l'armée du Rhin, serrée à ne pouvoir s'y déployer entre les forts de Metz et les murs de son enceinte, aurait dû se livrer aux mêmes exercices de pyrotechnie, sans se préoccuper des éclaboussures inévitables; Gambetta ayant déclaré, à haute et intelligible voix, qu'il aurait voulu qu'elle ne quittât le sol de la patrie que jonché de cadavres.

Il ne faut pas demander si le général Pourcet a enfourché ce dada, comme, du reste, il se serait hissé sur tout autre, sans tenir compte de la différence des temps, des lieux, des circonstances et, point plus important encore, du caractère aimable ou grincheux des assiégeants.

J'ai déjà cité la lettre du 6 juillet 1872, écrite au maréchal par l'intendant militaire Lejeune. Je la reprends pour y puiser un nouveau renseignement topique :

En rentrant à Paris, j'ai voyagé avec le général de Potier, qui commande la subdivision à Orléans et qui m'a raconté un fait qu'il sera peut-être utile de produire au grand jour de la publicité.

Pendatit qu'il était prisonnier à Mayence, le général de Potier a vu M. de Cools, lieutenant-colonel d'état-major,

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prisonnier comme lui, lequel lui a rapporté une conversation qu'il avait eue, à Mayence, avec des officiers généraux allemands.

M. de Cools disait qu'au lieu de signer une capitulation, il eût mieux valu détruire complètement le matériel et prévenir le commandant des troupes ennemies que l'armée française, ne pouvant plus continuer la défense, se rendait à discrétion.

Ne croyez pas, lui dirent alors les généraux allemands, que les choses eussent été acceptées dans ces conditions. L'armée française aurait agi contrairement au droit de la guerre. Les Allemands eussent alors cerné les troupes dans leurs lignes et, lorsque la faim aurait forcé les Français à sortir de la place et de son rayon de défense, ils auraient été refoulés jusque sous les murs de Metz à coups de canon. Les Allemands seraient entrés dans Metz à la suite de l'armée française débandée et la ville aurait subi les horreurs d'une ville prise d'assaut.

On a mis en avant l'exemple de Phalsbourg que les bons Allemands ont épargnée. Une prouve rien. Il s'agissait d'une petite place et, lors de sa reddition, l'ennemi, flxé sur le sort de la guerre, pouvait se montrer généreux à bon compte; mais en conclure que le prince Frédéric-Charles eût agi de même à Metz, c'est de l'enfantillage.

Tous les habitants de Metz, du moins, n'étaient pas de l'avis des gens qui pensaient qu'il aurait été parfait de faire sauter autour d'eux le plus de choses possible. Un petit billet anonyme au mare chai en témoigne suffisamment :

On a l'honneur de prévenir Son Excellence le maré-

chai Bazaine que, dans le cas d'une capitulation de la ville, il est à peu près certain qu'on a l'intention défaire sauter la ville, sans ses ordres, en mettant le feu aux magasins à poudre. En les faisant garder avec soin pour que personne n'en approche, ni bourgeois ni militaires, on arrêterait l'exécution de ce projet, héroïque il est vrai, mais épouvantable. On est certain que Son Excellence prendra des mesures énergiques pour empêcher une aussi horrible catastrophe.

Je m'aperçois que je m'éloigne insensiblemen de mon sujet, qui est la recherche d'un but plausible à la trahison du maréchal, signalée avec tant de véhémence. Personne n'a pu mettre la main dessus, quoique tout le monde s'y soit efforcé.

M. Gladstone, qui attendait avec ses compatriotes, pour nous envoyer... des fromages, que nos désastres fussent complets, a dit à la Chambre des Communes :

Je ne voudrais rien dire au détriment d'une grande nation malheureuse. Je sympathise avec la France, que je plains de toute mon âme, mais que je plains surtout d'être tombée dans les mains de ces deux hommes (Jules Favre et Gambetta) qui portent la responsabilité du sang répandu. Si la France a été humiliée, dévastée, épuisée, la faute en est à ces hommes, qui, par des proclamations vaines, exagérées, trompeuses, sans conviction, l'ont entraînée dans l'erreur.

Une lettre de l'impératrice du 7 novembre 1870 à la maréchale traite ainsi la question :

DE l'année terrible. 31&

Bien chère maréchale,

J'ai reçu votre lettre à mon retour de Wilhemshôhe. En apprenant la nouvelle de la capitulation de Metz, j'ai compris par ma profonde douleur tout ce que le cœur de l'empereur allait souffrir et je suis partie sur l'heure sans trop savoir s'il me serait possible d'arriver. Quelques heures avant mon départ, le maréchal arrivait, et j'ai encore eu le temps de lui serrer la main.

Vous avez raison, chère maréchale, de penser que pour rien au monde je ferai passer .,un intérêt dynastique avant l'inte'rêt de la France : aussi, jalouse de ses gloires, c'est avec le cœur brisé que je vois ce système d'insultes sur les hommes qui ont si vaillamment combattu pendant plus de deux mois à Metz.

Mais ne vous tourmentez pas : justice se fera, et lesinsulteurs en seront punis par le mépris public.

La délégation de Tours savait parfaitement à quoi s'en tenir sur l'état des vivres à Metz. J'ai envoyé Bourbaki, qui ne leur a rien caché. Plus tard même, le général Boyer a été envoyé àM.Tissot pour qu'il pût faire savoir la hâte qu'il y avait de presser l'armistice, si on voulait sauver l'armée.

Enfin, j'ai moi-même fait avertir par le télégraphe, sans le faire directement, de l'urgence, mais on n'a rien fait pour les sauver, et on crie à la trahison parce que c'était la seule manière de se mettre à l'abri de l'accusation du public. Du reste, quand on trahit, on le fait, en général, pour en profiter; l'intérêt évident pour le mîiréchal était de rester à la tète de son armée aussi longtemps que possible; mais la faim désorganise la meilleure des armées. Ils ont donc été vaincus par les privations, jamais par le feu. Nous devons donc, ma chère maréchale, être fières de cette vaillante armée et

de ses chefs : la calomnie qui veut s'attacher à eux ne

peut les atteindre

Écrivez-moi, vous savez combien je vous aime.

Eugénie.

Et la lettre par laquelle le maréchal remerciait M. Thiers, alors président de la République, de lui avoir fait donner communication de l'avis du conseil d'enquête sur la capitulation de Metz, et lui demandait, par suite, de le traduire devant un conseil de guerre, contenait •ce passage que M. Thiers biffa:

.l'ai contre moi les colères de ceux dont l'impuissant orgueil et le fol aveuglement ont perdu le pays, et qui aujourd'hui espèrent faire oublier les 7'esponsabilités terribles qui leur incombent, en essayant de flétrir ma conduite .

Mais tout cela ne résout pas le problème et le but de la prétendue trahison du maréchal échappe toujours.

Il me faut maintenant suivre en Allemagne l'armée du Rhin prisonnière.

A peine arrivés dans leurs divers lieux de destination, ses ofliciers se virent soumis à des règlements minutieux.

Voici d'abord un spécimen des engagements d'honneur que l'autorité allemande leur faisait signer. Il concerne des officiers internés à Mayence. C'est une curiosité plus rare chez nous qu'en Allemagne.

DE l'année terrible.

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L'instruction suivante trouve ici tout naturellement sa place :

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