‹ Les responsabilités de l'année terribleChapitre 53 sur 66 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Revirement de l'armée de Metz. — Les iJésertiotis. — Le général Desvaux. — Le maréchal Bazaine à Genève. — Le général de Cissey. — Lettre du général Nayral. — Les membres du conseil d'enquête. — Une surcharge. — Une nouvelle loi.

L'armée de Metz avait succombé et elle était condamnée à subir une captivité longue et douloureuse.

Les longs jours passés à attendre l'heure de la délivrance devaient être fatals à nos soldats. Eu arrivant en Allemagne, toute la masse de ceux qui n'avaient pas fait partie de la conjuration de Metz était indigne'e de l'accusation lancée contre le maréchal; mais bientôt, la lecture des journaux venant de France, les lettres qui, toutes, même celles des parents les plus proches, les plus affectionnés, acceptaient comme fait avéré la trahison de tous les chefs de l'armée d'abord, puis la trahison du seul commandant en chef, détournèrent de la voie de la vérité un grand nombre d'esprits faibles, d'hommes égoïstes, de petits ambitieux, qui virent

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dans le lâche abandon de leur général, comme proie unique à la vindicte publique, un moyen de sauvegarder leurs intérêts. Enfin, vinrent les désertions provoquées par l'ambition, sautant à pieds joints par dessus la barrière de l'honneur.

Toutes ces causes produisirent un revirement dans Farmée captive, revirement qui se compléta après son retour en France d'une manière caractéristique. Tous ceux qui avaient intérêt à cacher chacun de leurs actes, avant ou pendant la guerre^ se déclarèrent contre le maréchal, à quelque degré de la hiérarchie qu'ils appartinssent. Tous ceux, au contraire, qui pouvaient avouer hautement les leurs lui restèrent fidèles. Ceux-ci étaient loin de constituer la majorité. La majorité écrivait et déclamait; la minorité, indignée, pleine de respect d'elle-même, se taisait. Le maréchal, rempli au plus haut degré de ces sentiments, se taisait aussi.

J'ai reproduit ailleurs la lettre adressée par le colonel d'Andlau, digne préface de son livre, à V Indépendance belge, le 27 novembre 1870, et signalé les protestations qu'elle souleva de la part de bon nombre d'officiers. Je n'y reviendrai pas, si ce n'est pour dire qu'elle donna aux Allemands une triste idée d'une armée où pareille chose pouvait se produire, et que les querelles ardentes engagées par nos officiers sous les yeux de l'ennemi en découragèrent beaucoup parmi les meilleurs. Au nombre de ces derniers, je dois citer le général

332 LES RESPOiNSABILlTÉS

Desvaux, investi du commandement en chef de la Garde impériale, après le départ de Bourbaki. Il écrivait au maréchal, le 12 décembre, de Dusseldorf, une lettre où je relève ce passage;

Dans l'armée de Metz, nous avons tous la conscience d'avoir fait notre devoir; les accusations injustes tomberont devant la vérité. Votre Excellence peut attendre avec confiance le jugement de la France sur cette guerre malheureuse.

Quant à moi, je suis résolu à demander ma retraite dès que ma captivité aura cessé.

Ce fut lui qui, au procès, eut le me'rite de faire tomber en poussière l'un des chefs d'accusation les plus redondants : la livraison des drapeaux. Il avait, selon sa parole, quitté l'armée. Si, toujours en Afrique, avant la campagne d'Italie, il n'eut pas l'occasion de se révéler comme grand général, il se produisit comme un grand caractère.

A sa rentrée d'Allemagne, on lui offrit d'être ministre ; il refusa en prouvant qu'il n'était pas possible : « Je ne suis pas un homme de ce temps-ci, dit-il; j'ai toujours été très entier. A mon âge, on ne change plus. J'ai toujours cru et je crois toujours que l'armée ne peut pas exister sans l'honneur et la discipline. Si j'acceptais le ministère que vous m'offrez, je donnerais satisfaction immédiate à ces deux principes, et le premier acte de mon ministère serait de faire destituer trente-huit

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généraux qui ont failli à l'honneur et donné le plus désastreux de tous les exemples en violant leur parole. Voulez-vous cela? » — « Oh! non, » répondit M. Thiers.

Et M. Thiers non seulement épargna, mais il protégea les trente-huit généraux qui s'étaient empressés de se donner à lui. Il en fit avancer plusieurs et plaça quelques-uns d'entre eux dans de hautes positions qu'ils conservèrent. Comme compensation, il livra aux jugements si divers de la commission de revision des grades les officiers subalternes, nommés ou promus par le gouvernement de la Défense nationale, et pensa que les rétrogradations prononcées par elle étaient une satisfaction suffisante au besoin de rétablir la discipline.

Lorsque la guerre fut finie, et que l'Allemagne rendit ses prisonniers, le maréchal ne put rentrer immédiatement en France et dut aller à Genève, où le général de Gissey, ministre de la guerre, lui faisait écrire, le 10 juin 187 1, par le colonel Magnan, qu'il considérait comme plus avantageux en ce moment de ne pas lui donner l'ordre de rentrer, ni la feuille de route qu'il désirait. L'opinion publique lui était très hostile. La Gommune l'avait mis hors la loi, comme le maréchal de Mac-Mahon, qui s'était réfugié dans le commandement de l'armée de Versailles, au refus des autres maréchaux, plus habile à ce moment critique qu'il ne l'avait été pendant la dernière campagne.

Le ministre priait même le maréchal, au nom des sentiments dont il devait le savoir animé pour sa personne, dene pas quitter Genève avant quelque temps encore.

« Quand j'enverrai au maréchal, avait-il dit au colonel, l'ordre de retour, c'est que je m'engagerai à le couvrir contre toute basse insulte. Or, les passions sont en mouvement partout. J'envoie ce soir même trois divisions d'infanterie et une de cavalerie à Lyon, où l'on peut se battre demain. Toulouse peut également s'agiter. Avant que je n'aie obtenu le désarmement général que je poursuis, il peut se présenter encore bien des difficultés. Il ne faut pas que le maréchal Bazaine, en faveur duquell'opinion revient rapidement, et qui a patienté jusqu'ici, se presse trop. C'est aussi l'avis du maréchal Mac- Mahon. Vouloir revenir trop vite à la monarchie avant que la République se soit entièrement tuée elle-même, c'est une faute de la part des monarchistes semblable à celle que ferait le maréchal contre lui-même en voulant revenir avant que le travail des esprits soit encore plus complet en sa faveur. »

C'est cependant sous le ministère du général de Cissey que les princes d'Orléans furent réintégrés dans l'armée et ce fut ce général qui signa la mise en accusation.

Au commencement du mois de septembre 1871, le maréchal revit enfin son pays.

Il y reçut, du général commandant la subdivision de l'Isère, une lettre qui mérite de ne pas rester inédite :

Grenoble, 10 septembre 1871-.

Monsieur le maréchal,

■ J'apprends votre rentrée en France et je tiens à vous exprimer ia joie que j'en éprouve.

, Il me tardait de vous revoir parmi nous. Vous avez été si indignement calomnié parla population démagogique à l'exemple du trop fameux Gambetta, et j'ajouterai par l'esprit de critique et de malveillance qui existe dans l'armée à un si haut degré, queje souffrais cruellement de vous savoir éloigné du pays.

Enfin j'espère que vos ignobles calomniateurs vont être confondus, et que l'opinion publique, cette méchante commère, prévenue contre vous avec tant de légèreté et de persistance, se tournera de votre côté pour vous placer à la hauteur que vous méritez.

Veuillez agréer, monsieur le maréchal, avec mes meilleurs souvenirs, l'expression de mon respect et de ma vive affection que vos détracteurs n'ont fait qu'accroître.

Nayral.

En même temps paraissait le livre du colonel d'Andlau.

A Versailles, le maréchal alla voir « ce petit malfaiteur de Thiers », comme disait Alphonse Karr; le petit malfaiteur le reçut très amicalement ; mais il lui fit cette observation, grosse d'orages : « Pourquoi avez-vous voulu soutenir l'Empire qui, cepen-

dant, avait été fort injuste à votre égard au retour du Mexique?» Il répondit que sa conduite avait été dirigée par un sentiment de loyauté militaire vis-à-vis de l'empereur, et que le gouvernement, dit de la Défense nationale, ne s'était jamais mis en relations officielles avec lui. En le quittant, le Président lui dit : « Vous pouvez compter sur moi. »

«Le Président, a écrit le pauvre maréchal, ne me fît pas entrevoir l'avenir qui m'était réservé. »

Cela ne devait pas longtemps se faire attendre. Le 13 octobre, il recevait l'ordre du ministre de la guerre, général de Gissey, de se tenir prêt à comparaître, comme signataire de la capitulation de Metz, devant le conseil d'enquête institué par décision du Président de la République du 30 septembre précédent et composé ainsi qu'il suit :

Maréchal Baragueyd'Hilliers, président. Iln'avait pu obtenir le commandement d'une des armées et, à l'approche des événements de septembre, il s'était démis de son commandement de l'armée de Paris. Flair politique !

Charron, général de division, de l'arme du génie;

D'Aurelle de Paladines, de l'infanterie, général de division; commandait la place de Metz quand le maréchal commandait à Nancy et était en outre député : deux motifs pour qu'il n'eût pas le droit de siéger. Il en voulait au maréchal de ne pas l'avoir fait nommer sénateur, mais grand-croix de la Lé-

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gion d'honneur, au moment de son passage dans le cadre de réserve ;

D'Autemarre d'Ervillé, de l'infanterie, général de division ;

De Sévelinges, de l'artillerie, général de division. Il commandait l'artillerie de la Garde, lorsque le maréchal commandait en chef la Garde impériale.

Pour assurer le secret prescrit par le règlement sur les incidents et le résultat des délibérations du conseil d'enquête, chacun des quatre généraux fit un rapport sur les actes et le caractère du maréchal, et deux officiers d'état-major, dont un était député, ainsi que deux sténographes de l'Assemblée nationale, assistèrent auxséances. Des témoignages qui n'avaient été produits qu'à titre de renseignements devant la Commission chargée d'examiner les actes du gouvernement de la Défense nationale,* furent pris comme acquis à la cause, sans que les témoins eussent prêté serment.

L'avis du conseil d'enquête fut que le maréchal, comme commandant en chef, n'avait pas fait tout ce que lui prescrivait le devoir militaire.

On mit le verbe prescrivait au pluriel au bureau de la justice militaire, on ajouta e^r^owne?/r, et les protestations du maréchal ne furent pas écoutées.

L'Assemblée nationale, ayant eu, naturellement, connaissance du rapport du conseil d'enquête, força M. Thiers à traduire le maréchal, qui l'avait du reste demandé, devant un conseil de guerre,

ce qui fut cause que l'instruction dura dix-huit mois, le Président de la République étant opposé au procès, llvoulait attendre la consolidation de son pouvoir présidentiel pour rendre une ordonnance de non-lieu et en donner l'explication par une proclamation au peuple français. Il comptait sans le 24 mai 1873.

Mais il était impossible de juger le maréchal, en vertu de la loi existante. On en fabriqua une tout exprès, le 16 mai 1872, au mépris de l'article 2 du Gode civil qui dispose « qu'une loi nouvelle ne peut avoir d'effet rétroactif», et il ne resta plus qu'à composer le conseil. On eut du mal à y parvenir, mais on y mit tout le temps nécessaire, et le général du Barail, ministre de la guerre, aidé du général de Ladmirault, gouverneur de Paris, finit par en trouver les membres.

J'ai raconté dans un autrelivre comment on avait éliminé le général comte Schramm, qui s'entêtait à ne vouloir siéger que comme président. Voici comment Ton s'y prit pour l'amiral Tréhouart qui, à défaut et même avant le général, avait les mêmes droits :

. L'amiral Tréhouart se trouvait, ainsi que le général Schramm, dans des conditions telles qu'il devait présider le conseil de guerre avant le duc d'Aumale.

C'était un brave marin dont la carrière avait été illustrée parle combat d'Obligado, le 20 novembre

1845. C'est là, sur le Parana, près de sa jonction avec l'Uruguay, qu'une flotte anglo-française battit les troupes de Rosas, dictateur de la Plata, et c'est là que le capitaine de vaisseau Tréhouart, commandant la division française, voyant qu'on n'arrivait pas à une action décisive, monta sur un brick à voile et se fit échouer sur la côte, assez près des batteries ennemies, pour que l'on entendît du bord les officiers argentins crier à leurs soldats : « Fuego al pelo blanco. »

L'amiral Tréhouart avait déjà, à cette époque, de beaux cheveux blancs, qui faisaient de sa tête une des plus belles qu'on pût voir.

Son action te'méraire décida de la victoire, mais tous ses aides de camp,tous ceux qui l'entouraient, furent tués à ses côtés.

Commandant en chef l'escadre de la Méditerranée, à la fin de la guerre de Crimée, il fut élevé à la dignité d'amiral.

C'était le seul amiral, ayant rang de maréchal, qui n'eût pas été mêlé aux événements de 1870. La présidence du conseil de guerre lui revenait donc dé droit.

Le ministre de la guerre jugea à propos de lui envoyer un de ses officiers d'ordonnance afin d'obtenir son désistement à la demande que, pour la forme, on lui adressait, de présider le conseil de guerre. On savait que l'amiral, alors âgé de soixantequinze ans et très souffrant, s'était retiré à Arca-

chon. Patriote ardent, les malheurs du pays l'avaient profondément affecté; il se mourait de nos désastres.

Je veux raconter en détail comment les choses se passèrent. Ce sera une anecdote historique de plus et elle ne manque pas d'intérêt.

Un soir, deux hommes à la tournure militaire se trouvèrent ensemble dans la gare d'Orléans. Tous deux portaient le ruban rouge. Le hasard les plaça quelques instants après dans le même wagon, à destination de Bordeaux.

A Bordeaux, on se rencontra encore au cabinet de toilette, au buffet; enfin, un peu plus tard, ces deux personnages étaient encore les seuls voyageurs dans le wagon à destination d'Arcachon.

Il n'en fallait pas tant pour amener ces messieurs à rompre la glace, et celui qui ne portait que le simple ruban de chevalier — l'autre portait la rosette — en vint à dire à son compagnon qu'il était officier d'ordonnance du ministre de la guerre et qu'il était envoyé auprès de l'amiral Tréhouart afin de lui proposer de présider le conseil de guerre qui devait juger Bazaine.

C'était là, déclarait-il, le but de sa mission officielle; mais, ajoula-t-il en riant, il en avait une autre tout officieuse et qui consistait à ce que l'amiral répondît par un refus.

Son désistement était d'autant plus nécessaire que la Présidence était déjà promise à un officier général que l'on voulait mef^re en lumière.

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— Savez-vous, continua-t-il, si l'amiral demeure près de la gare et où je pourrai le trouver? Car je voudrais perdre le moins de temps possible.

— Certes, je sais où demeure Tamiral. Si vous êtes officier d'ordonnance du ministre de la guerre, je suis, moi, l'aide de camp de l'amiral Tréhouart, et vous verrez que le hasard, qui vous a déjà servi, vous facilitera singulièrement le succès de votre double mission.

Je me charge de tout, mais nous arriverons de trop bonne heure pour que je vous présente au débotté. Venez me retrouver après déjeuner, villa Frankhn, où demeure l'amiral, et nous ferons le nécessaire.

— Que de reconnaissance ! que de remerciements !

On était arrivé. Ces messieurs se serrèrent la main et se renouvelèrent le rendez-vous qui avait été fixé pour l'après-midi.

Le commandant Brunet, l'aide de camp de l'amiral, qui devait être par la suite l'un des exécuteurs testamentaires du prince Napoléon, était un homme trop distingué, trop au courant des rouages de la politique, et qui avait vécu trop longtemps dans l'intimité de ceux qui avaient fait l'histoire contemporaine, pour ne pas savoir que son chef, qu'il devait, par honneur et par affection, servir avec un soin tout particulier, ne pouvait rien gagner à présider un procès qui, historiquement,

devait apparaître comme plutôt politique qu'autre chose, et qu'au contraire il n'avait qu'à y perdre.

1815, la Terreur blanche, Ney, durent lui passer dans l'esprit, et sa résolution fut vite prise : peser de toute son influence d'aide de camp sur l'esprit de l'amiral^ pour ne pas le laisser s'engager dans cette aventure et le déterminer à abandonner à un autre le procès et les responsabilités de la Présidence.

Il se rendit de suite à la villa Franklin, où il avait du reste son logement, et se fit introduire auprès de son chef.

Je l'ai déjà dit, l'amiral était vieux et souffrant, son état physique le rendait véritablement impropre à la tâche dont on voulait censément le charger; mais chez certaines natures, surtout chez les vieux loups de mer comme l'amiral Tréhouart, le sentiment du devoir, de ce que l'on doit à la patrie, parle avec une telle autorité, qu'après avoir écouté son aide de camp, il ne put s'empêcher de lui dire :

— Mais pourtant, si l'on compte sur moi, si ma présence était nécessaire !...

Le commandant, qui n'avait eu garde de dire à l'amiral quelle était la seconde mission du capitaine Meynier, l'officier d'ordonnance du ministre de la guerre, eut soin également de ne pas faire valoir l'intérêt personnel de son chef. Il le connaissait assez pour savoir que l'amiral n'aurait pas hé-

site à agir contre cet intérêt, du moment qu'une question de service militaire était en jeu. Il n'eut pas de peine à lui faire valoir les raisons qui militaient en faveur d'un refus, et lui présenta à signer la lettre suivante :

Monsieur le ministre,

Ma carrière exclusivement maritime ne m'a point préparé aux fonctions que vous me destinez. D'ailleurs, l'état de ma santé m'empêcherait de les remplir. J'ai donc le regret de les décliner.

Veuillez, etc.

Tréhouàrt.

Mais l'amiral avait seulement signé la moitié de son nom Tré... Il s'arrêta et se mit à discuter, disant toujours :

— Mais pourtant si j'étais indispensable!

Son aide de camp, qui était plutôt, dans cette circonstance, son ami, lui répéta les raisons qu'il lui avait déjà exposées.

L'amiral reprit la plume et termina sa signature en ajoutant houart. Seulement, le mouvement delà main n'était plus le même et houart fut écrit une ligne plus bas que Tré.

Le lecteur peut s'en assurer, s'il obtient la permission de jeter un coup d'oeil sur les pièces de cet étrange procès Bazaine.

Après déjeuner, lorsque le capitaine Meynier se présenta à la villa, .le commandant lui tendit la

lettre qu'avait signée ramiral, et l'officier d'ordonnance du ministre put repartir pour Paris le soir même.

Quelques mois plus tard l'amiral Tréhouart mourait à Arcachon, et le duc d'Aumale était mis en lumière à Trianon.

Rien n'était cependant plus facile que de trouver un président à ce conseil de guerre, pour lequel il avait fallu une loi toute spéciale. Il n'y avait qu'à suivre le tableau de l'état-major général de l'armée de la tête à la gauche. Si l'on ne pouvait fixer son choix sur aucun maréchal, — deux ayant servi sous les ordres de l'accusé, le troisième ayant présidé le conseil d'enquête et le quatrième étant en train de présider... la République, — on avait sous la main :

1° Seize généraux de division ayant plus de soixante-cinq ans, mais maintenus en activité, sans limite d'âge, parce qu'ils remplissaient, ou à peu près, les conditions fixées par la loi du 4 août 1839, pour être nommés maréchaux de France;

2° Tous les généraux de division ayant plus de soixante-cinq ans et non compris dans la précédente catégorie. Ils étaient, en 1873, au nombre de quatre-vingts, ayant à leur tête le duc de Mortemart, dernier survivant des chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel, et formaient le cadre de réserve;

Z" Enfin cent généraux de division du cadre actif, pour mémoire, car on avait plus que suffisamment

de candidats avec les deux premières catégories.

Les généraux du cadre de réserve ne marchaient pas ici sur les brisées des généraux du cadre actifs en violation du décret du l^"" décembre 185^2. Un conseil de guerre à présider n'est ni un commandement de territoire, ni un commandement de troupe, ni un service normal tel que membre d'un comité ou général inspecteur. Il n'y a pas là un emploi. Tout général peut faire ce service très accidentel et de courte durée sans nuire à aucun collègue.

Donc, un quelconque des quatre-vingts généraux de la réserve pouvait présider le conseil de guerre,, au lieu et place du duc d'Aumale, qui les avait avant lui, sans préjudice des seize généraux maintenus sans limite d'âge et des quatre maréchaux. Le Duc restait avec son rang à débattre parmi les généraux en activité.

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