Loi précitée du 14 avril 1832, qui sert ici de guide
de général. S'il n'a pas eu la légalité, il a eu le fait et il a exercé de beaux commandements.
Mais dès l'année 1871 les officiers qui autrefois avaient coopéré au Deux Décembre, qui avaient acclamé et prôné l'Empereur, qui avaient fait partie de sa Garde et qui tous se déclaraient attachés pour toujours non seulement à Napoléon III, mais aussi à sa dynastie (ainsi le voulaient et le constataient les inspections générales et annuelles de chaque corps, de 1852 à 1870), avaient pour la plupart porté leurs flatteries aux pieds des princes d'Orléans. Le prince Napoléon-Joseph, fils de Jérôme, n'était pas exclu de France, puisqu'il était député et qu'il siégeait à la Chambre. Personne ne voulut lui rendre son grade; au contraire, on rétablissait les princes d'Orléans avec les deux illégalités d'un titre de faveur royale obtenu contrairement aux ordonnances et de l'admission ho7's cadre. Les probabilités dynastiques étaient de leur côté. Cela a suffi.
C'est un spectacle assez triste et qu'on peut encore voir dans une grande ville non éloignée de Paris et où il y a beaucoup d'officiers en retraite. La plupart des anciens serviteurs de l'Empire, des favorisés de Napoléon III, d'anciens officiers de sa Garde, affectent de se promener sur les avenues en lisant le Soleil.
Ceci est à noter, car, à défaut de preuve d'un passé qui est déjà un peu oublié, il sert encore
DE l'année terrible. 355
aujourd'hui à prouver l'empressement qu'on mettait en 1872, lors du jugement du maréchal Bazaine, à pousser le duc d'Aumale en évidence, à lui faire un piédestal d'un procès qui captivait l'attention de toute la France et même de l'Europe entière, à lui fournir un moyen de réclame, comme s'il y avait là un travail glorieux pour un général. Ce pouvait être un devoir, mais ce devoir était pénible et n'avait aucun prestige.
En 1877 r Aiinuaire \3i\sse au duc de Nemours sa place en avant des généraux, mais, comme sous la royauté, on cesse alors d'y mentionner le mot disponible . Ceci se rédigeait au moment oii l'on préparait l'attentat du 16 mai, cette seconde édition de celui du 24 mai, attentat qu'on se proposait de conduire avec une activité dévorante. On disait : Il faudra bien que la France marche. On a les princes; pour préparer leur succès, il faut y faire croire, et alors l'aîné des fils de Louis-Philippe figure sur VAnnuai7'e en position de fils de roi. Arrière le mot disponible, lors même que Louis-Philippe l'exigeait dans sa loi sur l'avancement, sauf à ne pas en faire l'application à ses fils. On l'imite. On croit au retour de la branche cadette.
Cependant c'est une entreprise, et, comme toute entreprise humaine, elle peut échouer. Il faut se réserver. Alors on fixe le duc d'Aumale au cadre, car il tient à l'armée , et on lui donne le n° 1 des généraux. Il n'est plus hors cadre, et depuis 1874 il a une
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position active. Gela dure ainsi dans les années qui suivent l'année 1876.
En 1880, le duc d'Aumalea le n° 1, mais il redevient disponible. Depuis le 1" mars 1 879, le gouvernement de la République n'est plus aux mains de ceux qui veulent la renverser et on n'est plus sous l'influence directe de la flatterie pour les princes d'Orléans.
En 1880, le duc de Nemours a atteint dans la disponibilité, après une cessation de toute activité qui dure depuis 46 ans environ, la limite d'âge (65 ans) qui fait passer tout général de division au cadre de réserve. Aussi le duc de Nemours est inscrit au cadre de réserve, et vu l'ancienneté de grade que l'on continue à lui conserver, malgré l'irrégularité de sa promotion au grade de général, on le place en tête des généraux du cadre de réserve, et pour la première fois on lui assigne un rang dans un cadre. Il y occupe le n° 1, et ce numéro, il le garde jusqu'en 1886, époque de sa radiation définitive.
En 1881, incident politique du prince Napoléon- Joseph, fils du roi Jérôme. Le duc d'Aumale est rayé de la liste des généraux.
- En 1886, nouvel incident plus grave, consécutif à d'autres qui avaient motivé un avertissement formel. Celui-ci provoquait et méritait une répression. Le comte de Paris et le duc d'Aumale, ainsi que
DE L ANNÉE TERRIBLE. 3o7
Napoléon-Joseph, fils de l'ex-roi Jérôme, et le prince Victor sont mis en demeure de sortir de France. Alors le duc de Nemours, quoique restant en France, est rayé de la liste des généraux de division du cadre de réserve. Il n'en témoigne nul mécontentement.
Pour bien prouver que les titres de généraux conférés aux fils de Louis-Philippe, quoique dignement tenus par eux, ne sont que des émanations de la faveur dynastique, faveur qui devient nulle dans ses effets quand la dynastie succombe, il n'y a qu'à voir avec quelle franchise de privilège monarchique Napoléon III introduit son oncle, l'ex-roi Jérôme, et son cousin germain, Napoléon-Joseph, sur y Annuaire et bien en évidence de position privilégiée.
L'ex-roi Jérôme figure sur V Annuaire en avant des maréchaux, exemple : voir V Annuaire de 1854, page 23. Voici le libellé :
« S. A. Lie prince Jérôme-Napoléon, Gouverneur honoraire de l'hôtel impérial des Invalides; décret du 1" janvier 1850. » On prend, comme pour le prince royal duc d'Orléans, la date du 1er janvier, date d'aubaine. Appointements fixes: 40 000 livres; 12 rations de fourrages, etc..
La loi sur l'avancement stipule (art. 21) qu'il n'y aura plus de grade sans emploi, ni de grade honoraire. Mais cette loi est pour contenir les faveurs des courtisans. Les princes sont au-dessus décela :
ils n'ont jamais fait des lois en prévision de leur chute, ni pour déterminer quelles épaves survivraient à celle-ci. On est enivré du succès dans les relations publiques ; la probabilité de la chute ne doit pas se prévoir, ce serait la prophétiser.