‹ Les responsabilités de l'année terribleChapitre 56 sur 66 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Suite des Annuaires. — Les droits du dauphin. — Princes hors de la loi. — Les juges de Bazaine. — Le général Pourcet. — Uu ballon d'essai. — Double jeu. — Un ordre de surveillance. — Monsieur Thiers. — En champ clos. — Une anecdote. — Les capitulations. — La légende.

Le prince Napoléon-Joseph, de son côté, est ainsi inscrit en avant des Généraux de division {Annuaire de 1854, p. U) :

« S. A. I. le prince Napoléon-Joseph, G. G. de la Légion d'honneur et porteur de la médaille militaire, décret du 9 mars 1854. » Nulle indication de disponibilité, ni d'emploi, absolument comme pour les fils de Louis-Philippe, sous le règne de leur père. .

Sur V Annuaire de 1842, le duc d'Orléans est in-, scrit, sans numéro et sans indication de position, entre les généraux baron Rapatel et baron Rohault de Fleury, etle duc de Nemours, entre les généraux Rullière et Baron Deponthon.

SuvVAnnuaire de 1845, le duc d'Aumale est inscrit de même entre les généraux Changarnier et Comte Baraguey d'Hilliers.^

Le duc d'Aumale se considérait peu comme général, car à Besançon il ne fallait pas l'appeler : mon Général, mais : Monseigneur. Ce titre avait conféré le grade.

Dès que la troisième République a un Président et un Gouvernement à peu près républicains, le duc d'Aumale, quand il faut régler la position des princes, se déclare aussitôt général et officier demandant l'égalité devant la loi : l'irrégularité réclamant l'égalité et la légalité ! Tout cela, sans préjudice de ses titres acquis justement à la popularité en Algérie...

En 1872 il y avait dans l'état-major général, avant le duc d'Aumale, 16 généraux de division maintenus sans limite d'âge, 80 généraux de division de la T section (réserve) et 21 généraux de division du cadre d'activité ayant une ancienneté réelle de grade supérieure à la sienne à cause de \di déduction. La tête de la marine offrait de son côté un contingent analogue divise également en quatre catégories.

Il y avait ainsi environ 150 ofticiers généraux avant le duc d'Aumale pour fournir un président du conseil de guerre.

Il ne faut pas objecter qu'un général désigné peut se récuser. Quand le maréchal Moncey, qui était un des plus anciens maréchaux, fut désigné par Louis XVIIl pour présider le tribunal qui devait juger Ney, il refusa; mais il fut aussitôt destitué et emprisonné, et sans réflexion, ni protestation de sa part.

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Plus tard, quand Témotion de ce drame des Alliés et des légitimistes fut calmée, Louis XVIII oublia tout et rendit la liberté et le grade au maréchal Moncey.

Si l'on se reporte au Code pénal de l'armée, refait le 7 juin 1857, on y lit :

« Absence d'un militaire au Conseil de guerre où il est appelé à siéger : 2 à 6 mois de prison. (Art. 215.) » Et à plus forte raison pour un président qui refuse d'en faire partie 1 -

On n'a pas choisi M. de Nemours qui était peu populaire. On voulait au contraire la popularité du duc d'Aumale comme un bon appui capable de bien mettre en évidence le parti orléaniste qu'on poussait alors au pouvoir.

On voit en tète de V Annuaire de 1819 le texte de l'ordonnance du 2 août 1818 rendue en application de la loi du 10 mars précédent. Le roi explique au chapitre XII que les princes du sang ne sont soumis, par le fait du privilège de leur naissance, à aucune condition d'âge, ni d'aptitude constatée, qu'ils sont de droit maréchaux de camp, et que de môme, dès la seconde campagne, ils sont de droit lieutenants généraux.

Quant au Dauphin, le privilège de sa position doit s'étendre à son grade, et on doit supposer qu'il est de droit lieutenant général. Il n'est pas question du grade de Maréchal de France, car si l'on vit des princes de Bourbon devenir Connétables et Grands

amiraux de France, du moins aucun d'eux ne fut fait Maréchal de France. Ils n'avaient nul besoin de ce titre pour commander les troupes, et ce titre implique une idée de haute domesticité militaire visà-vis du souverain.

Louis-Philippe a suivi absolument ces errements, en ce qui concerne la position à faire à ses fils.

Le duc d'Orléans, né le 3 septembre 1810, fut nommé immédiatement lieutenant général le 1" janvier 1834, à 23 ans 4 mois. •

Le duc de Nemours, né le 25 octobre 18U, fut nommé immédiatement maréchal de camp le 1^' juillet 1834, à 20 ans 4 mois, puis lieutenant général le 11 novembre 1837.

Le prince de Joinville, né le 14 août 1818, fut nommé contre-amiral le 31 juillet 1843, puis, parce qu'il avait une campagne de mer, vice-amiral le 28 septembre 1844.

Le duc d'Aumale, né le 16 janvier 1822, fut maréchal de camp le 7 septembre 1842 [et lieutenant général le 3 juillet 1843, dix mois après le premier grade; il commandait et opérait en Algérie.

Le duc de Montpensier, né le 31 juillet 1824, fut fait maréchal de camp le 11 septembre 1846; puis, il devint un peu Prétendant en Espagne. La Révolution de février ne donna pas le temps de lui conférer le deuxième grade.

Tels sont les privilèges que toute monarchie donne aux princes de sa famille et qu'elle leur

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conserve tant qu'elle règne; la branche cadette, comme la branche aînée. Les princes sont en dehors de la loi de 1832, tant que la dynastie subsiste.

Pour juger le maréchal Bazaine, du moins pour présider, il eût fallu un maréchal et jamais un prince du sang ne fut maréchal de France. Grand maître de l'Artillerie, Général des galères, Colonel général, Lieutenant général oui; mais maréchal de France . . . jamais ...

Le roi fait rendre la justice, mais il ne la rend pas. Un prince du sang n'a jamais voulu paraître dans l'armée que pour commander ; mais pour juger, quelque coupable que soit ou que pourrait être le prévenu, jamais.

Les juges furent choisis parmi les généraux de division maintenus sans limite d'âge.

De la Motterouge, de l'infanterie, juge titulaire, général de division, gentilhomme breton, honnête, têtu, mais, disait-on, peu intelligent. Battu par les Prussiens à Artenay;

De Chabaud-Latour, du génie, juge titulaire, ancien aide de camp de Louis-Philippe, général de division et un des favoris des d'Orléans comme avancement.

Tripier, du génie, juge titulaire^ général de division;

Princeteau, de l'artillerie, juge titulaire, ancien officier d'ordonnance de Louis-Philippe, général de division ;

Martineau-Deschenez, de l'infanterie, juge titulaire, général de division;

Ressayre, de la cavalerie, juge titulaire, général de division.

Juges suppléants ;

Guiod, de l'artillerie, général de division;

Lallemand, de l'état-major, général de division;

Desusleau de Malroy, de Fétat-major, général de division, attaché au duc d'Auniale en Algérie.

Commissaire spécial du Gouvernement :

Pourcet, de l'état-major, général de division; ancien aide de camp du général Ghangarnier en Algérie et à Paris. S'était déclaré prêt, à un déjeuner au quartier général du Louvre, à conduire le Prince- Président à Yincennes.

Rapporteur :

Seré de Rivière, du génie, général de brigade. Avait été deux fois sous les ordres du maréchal, la première fois à l'armée d'Italie comme chef du génie de sa division, la seconde fois à Metz quand il commandait le 3« corps d'armée.

Notre officier général nous a photographié le général de Rivière. Je lui prendrai encore le portrait du général Pourcet, à propos duquel il complète la physionomie du rapporteur :

M. le général Pourcet, commissaire spécial du gouvernement, forme un type tout différent de M. le général de Rivière; celui-ci, doux, onctueux, faible de caractère,

incapable de résister en face à un honnête homme résoki, l'autre, raide, sec, tranchant, décidé.

Sa tête de phtisique aux pommettes rouges et saillantes, illuminée par deux yeux brillants de fièvre, au regard dur et froid, sa voix nasillarde et tramante, son débit monotone d'écolier des classes inférieures, qui. laisse couler les accusations les plus sanglantes aussi paisiblement que les paroles les plus insignifiantes, composent un type achevé de procureur.

Tels étaient les juges appelés à prononcer sur le sort du maréchal. Ils avaient à peine le droit de se parer de ce titre et leur président ne l'avait pas du tout.

Au cours du procès, le général Martineau-Deschenez se retira pour cause de santé et fut remplacé par le général Desusleau de Malroy, de sorte que sur les six juges qui signèrent la sentence, on compta un ancien aide de camp de Louis-Philippe, un de ses anciens officiers d'ordonnance et un aide de camp du duc d'Aumale.

Cette sentence, le jugement public rendu par le conseil d'enquête, au lieu de l'avis secret transmis par le ministre de la guerre au chef de l'État, faisait clairement prévoir, rien que par la falsification dont il était entaché, ce qu'elle serait, quand le conseil de guerre se prononcerait à son tour, lorsque, le 22 mars 1873, le journal la Patrie publia en dernière heure la dépêche télégraphique ci-après :

Versailles, 3 heures.

Il se confirme qu'une ordonnance de non-lieu sera

prononcée dans l'affaire Bazaine. Mais cette solution ne sera officiellement annoncée qu'au mois de septembre, lorsque les Allemands auront évacué le territoire français.

M. Thiers tâtait l'opinion et donnait au duc d'Aumaie un avertissement.

En 1 848, il n'avait pu s'emparer du pouvoir, mais aujourd'hui il le tenait et avait manœuvré pour se l'assurer. Ce n'était pas uniquement pour éveiller des sympathies en faveur de son pays malheureux qu'il s'était fait le frère quêteur du gouvernement de la Défense nationale, dont il n'avait pas voulu être membre; mais afin de poser sa candidature devant la France et devant l'Europe. Il avait rudement éconduit le comte de Ghambord, avec lequel aucune entente n'était réalisable, et, s'il avait accueilli à bras ouverts les d'Orléans, ses anciens maîtres, qu'il avait aidés à monter sur le trône en juillet pour les en faire descendre en février, c'est qu'il connaissait les moyens à employer pour les déconsidérer et les rendre impossibles.

Le premier de ces moyens avait été de les faire se jeter, pendant que les fourgons allemands drainaient notre or, sur les quarante millions de leur fortune, non encore fondus par l'empereur; millions qui leur provenaient des bontés de Charles X et, pour le duc d'Aumale particulièrement, de celles de la baronne de Feuchères; le second, de pousser ce dernier à s'offrir pour écraser le bonapartisme,

qui pouvait n'être pas aussi mort et enterre' qu'on le prétendait, en la personne du maréchal, resté ostensiblement son dernier fidèle.

Rien ne dit qu'il ne jouât pas un double jeu et que la prison qui s'était refermée sur celui-ci, le H mai 1872,nefût pas une précaution, une mesure de haute prudence, contre une entente du captif avec l'empereur, que l'on ne savait pas aussi malade qu'il l'était, pour un coup de main qui aurait jeté bas le chef de la République sans républicains.

Aussi, tout en faisant avec lui le bon apôtre, il le gardait soigneusement. Un animal féroce n'est pas entouré de plus de surveillance et privé de plus de liberté. Il l'avait isolé autant qu'il avait pu. Il n'y a qu'à lire l'ordre suivant pour s'en convaincre :

l""» DIVISION MILITAIRE. Versailles, le 1" novembre 1872,

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