‹ Les ressuscites au ciel et dans l'enferChapitre 17 sur 23 · I.A VIF. FUTURE SF.I.ON SWEDENBORG · texte numérisé non relu

I.A VIF. FUTURE SF.I.ON SWEDENBORG

Tout on icndunl justice à la sublime intuilion du puissant génie de Swedenborg, nous regrettons que son livre sur le ciel el l'enfer soit protestant ail lien d'être catholique

Il est un homme qui a laissé une réputation qui grandit à mesure que les connaissances humaines, en se développant, réalisent ses conjectures et viennent prouver que son intuition prodigieuse, non contente de sonder les mystères du

ciel et de l’enfer, a enrichi les sciences mathématiques, physiques et minéralogiques par ses lumineuses découvertes.

On nous a souvent traité d'adepte de Swedenborg : nous connaissons sa doctrine, nous accordons à son esprit une haute lucidité; mais nous repoussons de toutes les énergies de notre âme le titre de son disciple ; car la lucidité du somnambule, comme la croyance de l’illuminé, est trèssouvent faussée par l influencede la chair, dont l’àme n’est jamais qif imparfaitement dégagée. De là ces erreurs contraires à la foi de nos pères, que nous n’admettons jamais; car les admettre, ce serait aposlasicr et renier les croyances que, avec la grâce de Dieu, nous nous sentons la force de confesser jusque sous le couteau de la guillotine.

ISous repousserons le libe de mystique, car les mystiques se complaisent dans le vague et l’indéfini, tandis que nous, nous nous efforçons de déchirer le voile du mystère répandu sur la création; nous repoussons aussi le litre d’illuminé, car l'illuminisme est un enivrement du cerveau, une fièvre ardente de l’esprit, qui ôte à

Al CIEL ET DANS L'ENFER.

l’homme le sentiment du réel et du vrai, et l’emporte ébloui à travers tous les obstacles vers un but fixe et unique; de plus, à la place de la lumière allumée en tout homme sage, pour l’aider à discerner le vrai, le juste, le beau, l’illuminé est éclairé par la torche incendiaire d’un fanatisme qui le pousse eu aveugle dans le sentier taché de sang du crime et le transforme en un instrument terrible des forfaits les plus exécrables.

Emmanuel Swedenborg fut, sans contredit, le plus grand minéralogiste de son temps; doué du don de seconde vue, il pénétrait jusqu’au plus profond des entrailles de la terre; il étonna ses concitoyens par des phénomènes de vision d’un ordre évidemment miraculeux. Nous en citerons quelques-uns qui rappelleront les faits de clairvoyance prophétique attribués à Apollonius de Thrace, à Jeanne d'Arc, Caglioslro, et réalisés par le somnambule Alexis, en notre présence.

Ainsi, étant à Gothenbourg, à soixante milles de Stockholm, il annonça, trois jours avant l’arrivée du coureur, l'heure à laquelle avait lieu

un incendie qui ravagea Stockholm, et déclaia

que sa maison ne serait pas brûlée.

Voici un autre fait parfaitement attesté : après queM. de Marteville fut niort,rf>n vint réclamer à sa veuve le payement d'une somme considérable que l’on disait due par son mari, dette qu’elle savait parfaitement bien avoir été payée du vivant de son époux, mais elle ignorait l’endroit où il avait mis les quittances. Dans son embarras, elle eut recours à Swedenborg. Celui-ci fut la trouver le lendemain, lui dit qu’il avait parlé à son mari mort, et que ce dernier lui avait enseigné le lieu où il avait déposé celle quittance, et lui dit de chercher dans le meuble indiqué par le défunt. Elle la trouva, en effet, à l'endroit précis indiqué par Swedenborg.

La reine douairière d 'Adolphe-Frédéric et sœur du roi de Prusse, ayant entendu parler de l’histoire précédente et de beaucoup d’autres attribuées à Swedenborg, dit au sénateur comte de Uopken qu’elle avait un ardent désir de lui parler. Il se rendit au palais de cette princesse. Après avoir conversé sur plusieurs sujets, la reine lui demanda s’il {tou va il savoir le contenu

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de 1.1 dernière lettre qu’elle avait écrite à sou frère le prince de Prusse défunt. Swedenborg lui répondit que, dans quelques jours, il lui dirait le sujet de la dernière lettre qu’elle avait écrite à son frère. Quelques jours après, Swedenborg entre directement dans son appartement et lui parle bas à l’oreille. La reine, frappée d’étonnement, pâlit à mesure qu’il lui parle, et d’une voix émue dit aux dames d’honneur qui l’entouraient : « Il n’y a que Dieu, mon frère et moi qui puissions savoir ce qu'il vient de me dire. »

Nous ne doutons pas que nos lecteurs n’apprennent avec plaisir pour quel motif il quitta l’étude des sciences physiques qui avaient rendu son nom célèbre et lui valaient les considérations des plus illustres savants de son siècle et l’estime de tous pour les études du monde surnaturel, qui déchaînèrent contre lui la haine d’un clergé eu furie.

Un de ses amis lui ayant demandé par quelles circonstances il avait été poussé dans cette voie de spiritualisme transcendantal:

« J’étais à Londres, répondit Swedenborg, je dînais fort lard, à l’hôtel, où je m’étais réservé

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une chambre pour y méditer, dans mie silencieuse libellé, sur les vérités spirituelles. M’étant senti pressé par la faim, j’y mangeai de grand appétit, lorsque, su r la lin de mon repas, je sentis une espèce de nuage qui se répandait sur mes yeux, cl je vis le plancher de ma chambre couvert de reptiles hideux. J'en fus d’autant plus saisi, que ces ténèbres augmentèrent; mais elles se dissipèrent bientôt. Alors je vis clairement un homme assis dans un coin de la chambre, et entouré d’une lumière vive et rayonnante qui dissipa l’obscurité et lit disparaître les reptiles; puis je l'entendis prononcer, d’une voix propre à glacer de terreur et - à faire dresser les cheveux sur la tôle, ces deux mots : Ne mange pas tant !

« La nuit suivante, ce même homme se présenta encore à mes yeux, et me dit : Je suis Dieu, le Seigneur créateur et rédempteur; je l’ai choisi pour explvjuer aux hommes le sens spirituel et intérieur des Ecritures. Je le dicterai ce gue lu dois écrire .

« Celle fois, je ne fus pas effrayé, et la lumière dont il était environné ne lit aucune impression douloureuse sur ma vue. Celle même nuit, les

AU Cl RL ET D ANS l/ENFER.

yeux de mon homme intérieur furent ouverts et disposés pour voir dans le ciel, dans le inonde des esprits et dans les enfers, où je trouvai plusieurs personnes de ma connaissance, les unes mortes depuis longtemps, les autres depuis peu. Depuis ce jour, j’ai renoncé aux occupations mondaines, pour ne m’occuper que des choses spirituelles. Il m’est arrivé souvent, depuis, d’avoir les yeux de mon esprit ouverts, pour voir en plein jour ce qui se faisait dans l’autre monde cl converser avec les anges et les ressuscités. »

Les contemporains adeptes de Swedenborg décrivent ainsi la figure de leur maître conversant avec les esprits : « Ses yeux brillaient comme une flamme ardente, tout son être resplendissait d’une lumière extraordinaire, qui invitait au respect. Son corps était agité des transports prophétiques de David dansant devant l’arche sainte; sa face, comme celle de Moïse descendant du Sinaï, reflétait la lumineuse majesté de la gloire de Dieu. »

Nous allons nous efforcer de rendre intelligibles, nettes et précises, les conceptions \isioiinaires de Swedenborg sur le ciel et l’enfer, tache

d'autant plus difficile que l’auteur, bien qu’illuminé, ne verse pas une clarté toujours suffisante sur un semblable sujet, pour en dissiper la nébuleuse obscurité.

Il établit en principe que l’imagination ne joue aucun rôle dans sa description descieux, et qu’il ne fait que rapporter ce qu’il a appris durant treize années de conversation avec les anges. Il démontre ensuite que la divinité du Seigneur fait le ciel; car la divinité, c’est l’amour procédant de Dieu, qui pénètre et anime les anges dans les deux, comme l’air et la lumière pénètrent et animent les liommes durant leur séjour sur la terre. Celle clarté céleste s’incorpore et se montre sur le visage de tous ceux qui y sont; on la sent dans leur langage et dans tout ce qu'ils font. Voilà pourquoi ils brillent d’une beauté ineffable, environnés d’une atmosphère d’amour qui fait sentir leur présence à une grande distance.

Le ciel est composé de deux royaumes : le royaume céleste et le royaume spirituel. Le degré d’amour et de sagesse auquel on est arrivé établit la différence entre ces deux royaumes. Les deux contiennent un nombre infini de sociétés,

qui se réunissent d’après le degré de leur amour, de leur science, de leur inclination. Entre les membres de chaque société spirituelle il y a un grand air de ressemblance, cependant il est toujours possible de les distinguer les uns des autres. Toutes les sociétés d’anges communiquent entre elles; non que les anges de l’une aillent visiter les anges de l’autre, niais par l’extension rayonnante de la sphère de vie de chacun, qui suffit à établir des relations entre elles.

Le ciel n’est pas hors de l’ange, mais en lui, et chaque ange possède une figure humaine; à son rayonnement, on reconnaît la société dont il l'ail partie.

Le soleil qui nous éclaire dans ce monde ne porte pas sa lumière dans l’autre, parce que rien de grossier ni de matériel ne peut y avoir sa place; il y a néanmoins dans le monde spirituel un soleil, une chaleur, une lumière spirituelle.

Puisque tous les anges du ciel ont été hommes, et que le genre humain est composé d’hommes et de femmes, il y a des anges mâles et des anges femelles; il y a des mariages au ciel qui sont

l’union de deux* êtres en un même esprit et une

LKS RESSUSCITÉS

même àine; ce que l’on appelle au ciel amour conjugal consiste dans l’union de deux êtres qui pensent, aiment, veulent la même chose, et désirent éternellement ne faire qu’un. C’est ainsi que l’amour commencé sur terre se poursuit dans les cieux durant l’éternité des siècles. Les sociétés du ciel se livrent à des occupations ayant la charité pour objet, et on est placé au ciel dans un emploi qui correspond à celui que l’on occupait sur la terre. Les joies du ciel sont si ineffables, qu'aucun homme ne peut s’en faire une idée, et le langage humain sera à jamais impuissant à rendre les délices surhumains que l’on y goule.

La partie la plus remarquable de son livre est celle qui traite de la résurrection.

Voici eu quels termes il s’exprime :

« Après la mort, l’esprit deriiomiuerestequeltjue temps uni au corps, jusqu’à la cessation totale des pulsations du cœur, temps qui varie suivant la maladie dont on meurt. Dès que les battements ont cessé, la résurrection de l'homme s’opère, et l’esprit de l’homme, se dégageant du corps en dissolution, est introduit dans le monde spirituel. Quand les ressuscités arrivent dans

l’autre vie, grande est leur surprise de voir qu’ils ont conservé leur individualité, de se seutir vivre, d’entendre, de parler et de jouir d'une intelligence qui déchire le voile des mystères qui masquait à leurs yeux, durant leur vie, le secret des choses. Le premier état de l’homme, après sa mort, est semblable à celui où il était quand il a quitté la vie. A son arrivée dans l’autre vie, il est reconnu par ses parents, ses amis et ceux qu’il avait l’habitude de fréquenter ici-bas. Les esprits ne se reconnaissent pas seulement à leur physionomie et à leur langage, mais encore à la sphère de vie qui les environne. « J’ai souvent vu avec les yeux de l'esprit, dit Swedenborg, la réunion d’amis qui retrouvaient leurs amis, d’époux qui retrouvaient leurs épouses, de mères qui revoyaient leurs fils, qu’elles croyaient à jamais ravis à leur tendresse. C’était un ravissement infini pour les ressuscités de se revoir au milieu de tout ce qu’ils avaient aimé sur la terre, et de sentir qu’ils n’en seraient jamais plus séparés. » #

Swedenborg croit à l’enfer, et dit que, de même que dans le ciel il y a des sociétés de bien-

heureux formées par la réunion des hommes qui, durant leur vie, oui aimé Dieu el fait du bien à leur prochain, dans les enfers il y a des sociétés d’esprits mauvais qui ont fait du mal sur la terre à leurs semblables, en paroles el en action. Ces misérables s’entre-déchirent avec des cris de rage el des grincements de dents, el Dieu est forcé d’envoyer des anges pour les séparer. Quant au feu de l'enfer, il n’est autre que celte lumière pure qui lait le délice «les bienheureux, et devient la torture la plus cruelle des esprits plongés dans le gouffre de l’abîme; car, semblable à la lumière du soleil, «pii, lorsqu’elle traverse les plantes, les vivifie, leur donne la fraîcheur et la beauté, puis en ressort en parfum délicieux , tandis «juc, lorsqu'elle traverse les cadavres croupissants, elle développe leur corruption, et en fait sortir des exhalaisons putrides; cette lumière est une source de jouissances chez les bienheureux, de souffrances chez les damnés.

Voilà le résumé de la doctrine déco savant illuminé, dont les adeptes sont répandus sous toutes les latitudes, et dont la réputation grandit tous les jours, grâce à l'admiration que, dans scs ou-

vrages, professait pour lui notre grand romancier Balzac. Pour nous, nous reconnaissons en lui un génie supérieur, mais jamais nous n'irons le vénérer dans les nombreux temples qui lui sont élevés aux États-Unis; car, pour parler son langage. l’auréole de la divinité ne rayonne qu’aulour de la pâle et douce figure du lils de Marie, qui est le seul devant lequel tout genou doit fléoliir au ciel, sur la terre et dans les enfers.

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