‹ Les ressuscites au ciel et dans l'enferChapitre 18 sur 23 · DU SÉJOUR DES RESSUSCITÉS DANS I.ES ÉTOILES · texte numérisé non relu

DU SÉJOUR DES RESSUSCITÉS DANS I.ES ÉTOILES

Ri'ji (le cc qui pusse, et cherche ce qui dure étcrnellemenl

Imitation' df. Jésus-Chmst.

l’auvre orphelin, pleure et espère; les morts nous protègent encore mieux que les vivants.

A no i puf. b'IIornETOT.

Nous allons nous trouver en présence d’hommes qui, sans tradition et sans inspiration comme leur siècle, ont tenté d’arracher la clef du paradis au clergé, comprenant que, du jour où ils auraient démontré que les prêtres n'avaient pas

LES RESSUSCITÉS, la puissance d’en ouvrir les portes aux âmes des morts, l’influence du parti clérical serait chimérique et le sceptre du royaume des âmes serait à jamais ravi à ses mains. Nous ne viendrons pas jeter la boue de l’insulte à la face de ces rationalistes, comme l’ont fait cès écrivains qui semblent avoir été élevés dans les cabarets et en avoir retenu les grosses injures que l’ivresse mel sur les lèvres avinées des buveurs, et que tous les jours nous voyons défendre la religion du Christ dans un style qui accuse une absence totale d’éducation et l 'ignorance du langage de la bonne compagnie. Aujourd’hui que la lance a été remplacée par la plume, la noblesse chevaleresque des sentiments reparaît dans son antique éclat; lorsque l’on sait garder une élégante courtoisie dans le feu des discussions les plus acharnées. L’épée est plus noble que le poing, et sa blessure, néanmoins, est plus terrible. Nous allons cependant tenter de faire disparaître les opinions erronées répandues par les rationalistes progressistes, comme les feuilles jaunies que le vent d’automne emporte et disperse.

Suivant notre procédé habituel, nous présen

terons les arguments de nos adversaires dans toute leur force; car, lorsque nous descendons dans l’arène, nous n’imitons pas cet empereur romain, qui se donnait le barbare plaisir d’y combattre et d’y égorger des prisonniers désarmés.

Nous allons d'abord attaquer un livre dont le succès a été très^grand, et qui a été lu avec avidité par toute âme ardente et curieuse de connaître ses destinées éternelles, Le livre, intitulé Terre et Ciel , a pour auteur un de cesesprits perdus dans les nuages du socialisme, qui, étrangers à la profonde philosophie des initiations, aux magnifiques prodiges opérés par le magnétisme, sans tradition d’une philosophie élevée, rêvent une perfectibilité chimérique.

Iæs dogmes du catholicisme sont attaqués, dans ce livre, avec une ignorance tout à fait incroyable des notions de l’anthropologie, qui nous ferait rire si elle ne nous faisait pas pitié, en attirant les âmes dans le gouffre de l’incroyance.

L’auteur, dans cet ouvrage d’une lecture pas-

sablement abstraite, combat celle proposition formulée par la sagesse des conciles : Dieu crée les âmes à mesure de la génération des corps; et il finit par les réfuter comme tous les autres

dogmes enseignés par les liants penseurs* clu catholicisme.

A l'aide d’un système de réfutation, de la loyauté duquel nous laissons nos lecteurs juges, et qui consiste à faire défendre le dogme de la religion catholique par un théologien à cervelle •étroite, qui n'a jamais existé que dans le cerveau HeM. Jean Reynaud, incapable, selon nous, dé concevoir et de créer le type élevé du métaphysicien catholique, la préexistence de l’âme prouvée, grâce à l’imbécillité de son théologien, il lui démontre ([lie Dieu n’a pas créé le monde, mais qu'il le crée à tout instant du jour et de la nuit; il lui prouve que le monde du théologien scolastique du moyen âge, assez semblable à celui d’Odin et d'Homère, n’admettait que la terre avec l’enfer en dessous, et le ciel empyrée audessus, sans tenir compte des mondes de lumière, qu’il considérait comme des flambeaux destinés à éclairer durant la nuit les pas du voyageur: mais

que la science oblige de tenir compte des astres innombrables et brillants qui peuplent la voûte du firmament, et auprès desquels la terre u’est qu’un misérable grain de sable perdu sur les rivages sablonneux de la mer; car, dans les desseins du Tout-Puissant, ce sont des sphères où les âmes sont attirées après la mort, en raison de leurs affinités, et où elles expient, se perfectionnent, et méritent de monter en sphères, selon les perfections qu’elles y ont acquises; il éteint, de cette façon, les feux de l’enfer, se rit du dogme de l'éternité, des peines, et remplace ces hautes vérités par une promenade dans les astres.

P<e livre, cependant, nous l’avouons avec franchise, est un des ouvrages les plus remarquables; le but en est élevé et très-noble. On y voit un homme qui veut ranimer l’espérance dans les cœurs en les entretenant de leur immortalité. Très difficile à comprendre, il est cependant rempli de grandes et de belles pensées, empruntées au druidisme, dont nous citerons, entre autres, celle-ci : « L’âme, dans la condition humaine, n’a pas la pleine lumière ni la pleine liberté, mais elle a assez de lumière

cl tic liberté |iour choisir sa roule. » En voici nue qui résume loul le livre : « E'âme passe d’épreuve en épreuve el do monde on monde, jusqu’à cc qu’elle ait mériltWde parvenir au inonde du bonheur.

L’auteur de Terre el Ciel est malheureusement un disciple d’une école socialiste qui est tombée dans l’oubli et le ridicule. La raison, basée sur les découvertes astronomiques, est Panne dont il se sert avec maladresse contre la religion. Malheureusement l’arme est faible, sa main présomptueusement débile, et l’ennemi invulnérable. Celle doctrine amusera quelques esprits, mais elle ne créera pas de disciples et n’arrachera pas aux prêtres, dans les croyances de la multitude, les clefs du paradis.

Uuant à nous, nous avons fait connaître celle doctrine et espérons qu’aucun de nos lecteurs n’abandonnera la trace de nos pas danslechemin qu’ont suivi les plus hauts génies des siècles écoulés, pour voler, à la suite des rêveurs Pierre Leroux el Jean Reynaud, dans les espaces imaginaires.

Le second ouvrage dont nous allons faire cou-

iiiiilre les idées est dû ;'i la |ilmne élégante d'Alphonse tlsquiros, écrivain d'un mérite iuliniment plus grand que celui de l'auteur de Terre el Ciel. Non content d'être un cliarmanl poêle, il réussit souvent à être un penseur très-profond dans sou livre de la Vie future, où il a déployé les séductions d'un style brûlant de passion et d'enthousiasme, et fait preuve de hautes connaissances théologiques, fruit d’une éducation trèssoignée au séminaire, où il était un des élèves les plus distingués. Versé, de plus, dans les sciences occultes, qu’il a étudiées avec un esprit aussi sagace qu’observateur ; ayant dans sa mère une des plus lucides somnambules dont nous ayons entendu parler, il avait un immense avantage sur tous les autres philosophes pour traiter admirablemenlcel important sujet el découvrir la vérité. Malheureusement, en hostilité de cœur avec lÉglisc, ayant depuis longtemps rompu avec la tradition religieuse, et n’étant pas inilié aux mystères de la philosophie des sanctuaires de l'antiquité, il a fait un livre que nous sommes forcé de placer à côté de celui de Jean Reynaud, dans la section du socialisme rêveur.

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Noire analyse sera lidèle, et nous ne dissimulerons aucune des beautés qu’il renferme. Nous nous efforcerons, au contraire, de les mettre en vue; car, après avoir fait connaître le paradis et l’enfer selon la vérité primordiale enseignée par la tradition et allégoriséc par les révélateurs et les plus hauts génies des âges passés, nous pouvons braver la comparaison. Car jamais nous n’avons vu une lampe allumée, pendant que le soleil est dans son plus vif éclat, pâlir, par son humble lumière, la clarté éblouissante de cet astre radieux.

Les hommes du parti social, reconnaissant un haut mérite de forme à l’ouvrage dont nous allons donner une scrupuleuse analyse, pleins de jalousie, ourdirent contre lui la conspiration hypocrite et asphyxiante du silence.

Nous, qui nous tenons dans des régions trop élevées pour être froissé dans notre pensée par ceux qui nous entourent, nous ouvrons loyalement le sépulcre où la fraternité sociale l’avait renfermé vivant, et nous le rendons à la vie et à la lumière d’une libre discussion.

Ce livre commence par l’histoire d’un abbé,

tut

alors curé d’un petit village, et qui raconte sa vie, dont voici les principaux épisodes :

Son enfance fut, dit-il, comme celle de tous les hommes, mêlée d’amertume et de rêves coulus. Sa famille, qui avait éprouvé des revers de fortune, le destina à l'état ecclésiastique. A sa douzième année, il fut envoyé au petit séminaire de Paris; le cercle de ses éludes classiques étant dépassé, il entra au grand séminaire de Sainl- Sulpice. passa par la tonsure et par les ordres mineurs, franchit le degré du sous- diaconat, et se disposait à être ordonné prêtre lorsque éclata la dévolution de 1830, où, enivré par l’odeur de la poudre, il s’empara d’un fusil encore tiède, cl lit feu sur les Suisses, jusqu’à ce qu’une décharge de la troupe l’abattit : il lut soigné à l’hôpital, où sonnometson état restèrent toujours un mystère. L’année suivante, il fut envoyé dans une famille noble pour y faire l’éducation d’un jeune marquis; il y devint amoureux de la sœur de son élève, et lui inspira un attachement si violent, (pie, son père étant venu à mourir, le premier acte que celte jeune demoiselle fit de sa liberté fut d'enlever au séminaire de Saint-Sulpice ce

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diacre, de le conduire en Italie en chaise de poste, où elle parvint à calmer les scrupules de ce jeune abbé et à en faire son amant; mais avec l’amour vint la jalousie, et, un jour, ce prêtre apostat, prenant pour un rival le frère de sa maîtresse , tua à coups de couteau celle qui l’avait débauché. C’est le spectre de cette femme qui, chaque nuit, revenant le trouver en songe, lui a révélé les mystères de la vie future.

Nous avons donné la préface du livre, aliu de montrer l’esprit irréligieux qui y règne, cl prouver que le but est évidemment une haine féroce contre les institutions ecclésiastiques. Quant à la partie sur la vie future, ou y retrouve à chaque page le même esprit anticlérical et le désir ardent de ruiner l’influence du parti prêtre en démontrant que la science physiologique, par scs plus récentes découvertes, frappe au cœur le dogme des destinées éternelles enseignées par le clergé, et sur lesquelles re|»se son influence sur les consciences, qu’il inquiète par la pensée du jugement dernier et terrifie par les récits des cruaulés-auxquelles les démons cornus et barbus se livrent sur les corps des damnés plongés dans

les ténèbres extérieures, torturés par les feux de l’enfer, où ils pleurent et grincent des dents.

Il commence par étudier la vie future dans ses

rapports avec la création, et fait du monde un •

être ayant \ie et se métamorphosant de siècle en siècle à intervalles inégaux, puis il aborde la question de la vie future dans ses rapports avec l’homme, cl s’efforce de démontrer que ce que l’Eglise nomme résurrection n’est qu’une production nouvelle de l'être qui, après être rentré un certain temps dans le sein de la nature, en sort plus vivant et transformé. Il aborde la question du sommeil et se trouve en parfait accord avec nous sur la question du sommeil lucide, auquel le fluide magnétique donne naissance lorsqu’il dit que, sous une apparence de sensibilité éteinte, le somnambule a plus de clairvoyance que l’homme en son état de veille. Dans le chapitre suivant, il démontre que l’homme es^ non-seulement immortel, selon son âme, mais encore selon son corps, et démontre que, contrairement à l’avis de saint Paul, Jésus-Christ paraît autoriser l’idée d’une réparation alimentaire pour les corps ressuscités, puisqu’on lit

ces paroles dans l’Évangile : « .le ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à ce que je le boive avec vous dans le royaume de mon Père. »

Ensuite il cherche quel est le lieu où les morts sont envoyés après leur résurrection, et il pense qu’ils continuent à assister d'une manière invisible à ce qui se passe sur la terre; qu'ils nous inspirent et nous conseillent; que Jean-Jacques- Rousseau, Robespierre, Sainl-Jusl, continuent, sous une forme invisible, à suivre le sort des idées et des principes auxquels ils ont donné leur vie.

Enfin, il se trouve d’accord avec Jean Reynaud dans sa conclusion, où il dil : « Le monde finira, et le genre humain, transporté dans une autre sphère, continuera le cours de ses interminables progrès; mais ici seulement, ici commencera à devenir plausible l’idée de la transmigration des âmes dans les étoiles. Et dans celle interminable ascension de la vie à travers le monde, l’âme recueille de ciel en ciel une perfection de plus en plus liée aux éléments éternels de notre personnalité croissante. »

11 est certain qu’il est impossible de se montrer

adversaire plus acharné de la tradition catholique que les deux écrivains dont nous venons d’analyser les ouvrages. Nous avons, quoique défenseurs de cœur et de plume des traditions religieuses, tâché de rester courtois vis-à-vis d’eux, tout en les combattant; car notre devise est : intolérance pour les erreurs, amour et charité pour les personnes de nos adversaires.

Nous ne comprendrons jamais que ceux qui se disent les amis du peuple, par haine personnelle des prêtres ou des écrivains catholiques, s’efforcent d'arracher de son cœur les croyances religieuses qui consolent le désespoir du pauvre par la promesse d’espérances éternelles, et, paraphrasant un passage de l’un d’eux, lui aient donné le droit de s’écrier en s'adressant à eux : « Soyez maudits, vous qui avez ébranlé la pierre du sanctuaire où je reposais mes genoux; soyez maudits, vous qui avez déchiré pour moi le voile du temple et fait voir ce sanctuaire vide; soyez maudits, vous qui avez déraciné la croix dans un orage et n'avez rien mis à sa place; soyez maudits, enfin, vous qui avez remplacé le

paradis promis par Jésus à ceux qui souffrent ici-bas par un fantastique voyage à travers les astres! »

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