APPARITIONS DES SPECTRES, DES FANTOMES ET DES REVENANTS
Il y a qucli|uc chose île divin dans la nnladie.
llll'POCIIATE.
Quand l'on est prodigue de son sang, l'on Cït rarement avare de son or.
Pour aborder un semblable sujet, dans un siècle sceptique, il faut sentir en soi un cœur assez courageux pour, sans autre bouclier que sa foi, braver les traits de la plus perfide moquerie, décochés par l’incroyance et l’irréligion.
La science médicale s’est longtemps occupée de celte question, et les aliénistes les plus considérés, les plus estimés, ont démontré que les visionnaires étaient tout simplement des cerveaux faibles cl maladifs, ayant de fréquentes hallucinations de l’œil, de l’ouïe et du tact.
Nous ne venons pas nier l’existence d’un certain étal maladif chez lesètres favorisés de visions, . mais nous venons démontrer, avec Hippocrate, qu’il y a quelque chose de divin dans cet état maladif, qui a produit les actes et les œuvres les plus sublimes, comme l'arbre malade produit l’encens, comme l'huître malade produit la perle.
Déjà, dans notre livre le Monde prophétique, nous avons prouvé que les tirées, le peuple le plus artiste et le plus lettré du monde païen, avaient assis, sur un trépied, les pythies. Nous avons décrit physiologiquement leurs crises d’inspiration, et nous avons constaté que leurs crises étaient de véritables attaques de catalepsie.
Saül, auquel Samuel apparaît, par l’entremise évocatrice de la pythonissc, avec le corps, les traits, la forme qu’il avait durant son séjour sur
la terre, était sujet à des attaques de catalepsie,
que la harpe de David pouvait seule calmer. Car, pour être en rapport avec les ressuscités et les esprits, pour franchir les distances de temps et d'espace, il faut que les organes matériels soient -jj^ioudroyes momentanément par une de ces terrifiantes maladies qui font frémir d’épouvante ceux qui les contemplent, bien que ce soit dans les crises terribles de la catalepsie extatique que l’antiquité païenne, par la bouche de ses pythies et de ses sibylles, a prophétisé, et que Mahomet a dicté le Coran, lorsque, dans l’extase et le ravissement, il conversait avec l’ange Gabriel.
C’est en usant leur organisme charnel par les pratiques d’une austère mortification que tous les saints et solitaires ont amené leur être à vivre sur le seuil du temps et de l’éternité, et à converser avec les habitants de l’autre monde. Aussi nous ne nions pas que l’organisme physique de sainte Thérèse, et surtout de Jeanne d’Arc, ne les aient singulièrement prédisposées à avoir des apparitions et à entrer en rapport avec les êtres trépassés; et, en cela, nous ne faisons que formuler l’idée de la France au dix-neuvième siècle, qui, pleine de mépris pour les hommes de science
qui traitent la Pucelle d’Orléans d'hallucinée cl de folle, pleine d’indignation pour ceux qui déshonorent la chasteté de sa mémoire et l’accusent d’imposture, applaudit des mains et du cœur et sent ses yeux se mouiller de larmes à la vue de l’immortel tableau de notre grand peintre Ingres, qui, par un trait de génie, a fait rayonner autour du front de la vierge de Yaucouleurs les splen- , dides clartés de l’extase.
Le plus souvent les apparitions ont lieu en songe, état où le corps dort, et où l’âme, réveillée, se dégage des organes et entre en rapport avec les anges et les trépassés; ou dans l’extase, où le corps est insensible, et où l’âme, ravie au monde, rencontre les ressuscités en traversant l’éternité pour aller vers son Dieu.
Les personnes les plus sujettes aux apparitions sont les cataleptiques, les hystériques et I
Les lieux où se passent habituellement les apparitions sont les vieux châteaux, les lieux isolés, les ruines, les bois solitaires, le sommet des mon-
extaliques.
Les apparitions sont de quatre natures.
1° Les apparitions divines sont celles des anges, de la sainte Vierge, des saints patrons, qui, par une spéciale permission de la grâce de Dieu, apparaissent aux vivants et les guident dans le sentier de la vertu.
2° Les apparitions diaboliques , ou des esprits de ténèbres, viennent inquiéter les âmes des saints, ou apparaissent, sous des formes hideuses, à ceux qui les évoquent et veulent faire un pacte avec eux pour leur vendre leur âme. Mais, pour vendre son âme au diable, il faut qu’elle ne lui appartienne pasdéjà, chose très-raredans le siècle d’incroyance où nous vivons.
5° Apparitions nécromantiquts. Ces apparitions, auxquelles nous voyons tous les peuples croire et dont la réalisation est la plus convaincante déonstralion de l’immortalité de l’âme et de la ièrsistancc de l’individualité au delà du tombeau, se font par évocation et sont défendues par l'Église catholique.
4° Les apparitions extatiques. Avant que l’âme soit complètement délivrée des organes matériels dont elle est revêtue, elle peut, par une grâce de
Dieu, par une maladie ou par le sommeil, être assez dégagée de son corps pour être en rapport avec les esprits, les ressuscités, les anges cl les démons.
livres saints, nous avons toujours remarqué que le fantôme du mort, bien que réduit à l’état de substance immatérielle cl impalpable, conservait les traits et la forme qui l’avaient animé sur la terre.
La science philosophique, pour expliquer la croyance de tous les peuples à l'immortalité de l’âme, dit que c'est une idée innée. Pour nous, nous déclarons que nous attribuons bien plutôt celte croyance à l’immortalité de Pâme à ce qu’une simple maladie peut dégager l’âme d’une manière suffisante pour qu’elle soit en rapport, dans le monde de l’éternité, avec les ressuscités; et nous déclarons que la vue des phénomènes dïr*'* lucidité opérés par le somnambule Alexis ont amené plus d’esprits à la croyance de l’immortalité de l’àme que tous les livres de philosophie publiés depuis cinquante ans.
Un des livres qui ont obtenu un des plus
Dans toutes les apparitions
Al' CIEL ET DANS L’ENFER.
grands succès dans les temps modernes esl l’ouvrage d’Alphonse Cahagnet, où l’existence, la forme et les occupations de l’Ame séparée du corps sont démontrées par plusieurs années d’expériences au moyeu de somnambules extatiques qui ont eu perception de cinquante personnes décédées à différentes époques.
. Les louanges exagérées que l’auteur, dans ces arcanes, nous a prodiguées, nous rendent Ircsdiflicile la critique de celte incohérente production. Mais, comme ce livre, récemment mis à l’index parle pape, qui lui a fait l'honneur de le prendre au sérieux, nous semble une œuvre Ircsdangereuse, nous croyons indispensable d'en faire voir l’incroyable inanité.
Alphonse Cahagnel est un simple ouvrier, sans la moindre instruction, qui, delà meilleure foi du monde, a écrit, sous la dictée d’Adèle, sa som. nambule, un livre où sa lucide, en rapport avec les plus grands génies, n’a obtenu d’eux, comme solution des plus hauts problèmes, que des réponses qui semblent plutôt être le rêve grossier d’une lillc de cuisine ignorante que la pensée d’un esprit habitant le monde de l’éternité.
LES HESSLSCITES
Cahagnel, d’après le témoignage de sa lucide, déclare que, dans le monde des esprits comme sur terre, il y a des maisons, des meubles, des instruments de musique. Quant aux trépassés, il formule le sort des ressuscités en onze aphorismes que nous croyons utile de transcrire.
1° Us vivent dans un état heureux.
2° Aucun n’a vu Dieu sous une autre forme que celle du soleil.
5° Ils obtiennent à l’instant ce qu’ils désirent.
4° Ils ont des usages et éprouvent des sensations comme sur terre.
5° Ils savent qu’ils ont vécu antérieurement à leur vie terrestre.
(3° Ils reconnaissent l'utilité de la vie terrestre dans toutes ses joies et ses douleurs.
7° Ils se groupent par société d'affection.
8° Ils n’ont aucune connaissance du temps et de l’espace.
9° Ils savent qu’il y a différents cieux dans lesquels on est très-heureux.
10° Us connaissent leur immortalité.
Il” Ils ont souvenance île leur existence terrestre, et en parlent avec plus ou moins de plaisir.
Lorsque nous avons connu ('ahagnet el sa somnambule, il demeurait rue Tiqnetonne, dans une chambre perchée au haut d’une vieille maison. Un jour nous nous rendîmes chez lui pour lui demander une séance. A peine Adèle fut-elle en sommeil lucide que nous lui demandâmes de faire venir du fond de l’éternité le religieux auteur de la Prophétie Dormi. Elle nous dit l’apercevoir, qu’il lui apparaissait très-maigre, les yeux très-renfoncés, le front avançant el bombé, le teint jaune; il vint lui annoncer comme prochaine la terreur, la Seine rougic de sang et la destruction de Paris. On sait que non-seulement cette prophétie, qui n’était que la reproduction de celle qu’on lui attribuait, ne s’est pas réalisée? mais que Paris, avec son Louvre achevé, est loin d’être détruit; on sait, de plus, qu’un prêtre du diocèse de Verdun a avoué à son évêque qu’il était l’auteur de cette prophétie. En sorte que le maigre solitaire apparu à Adèle n’élailqu’un fantôme de son imagination.
Les journaux sérieux ont négligé de s’occuper de ce livre, le regardant comme l’œuvre d’un cerveau malade et ne pensant pas qu’il fût de la
LES RESSUSCITÉS dignité d’un esprit sérieux de fixer l’attention sur de semblables folies, écrites dans un style sans correction, sans logique, et par un homme qui semble ne pas soupçonner les premiers éléments de la grammaire française. Nous avons été vraiment peiné de voir des personnes intelligentes comme l’auteur des Esprits fluidiques prendre au sérieux de si futiles niaiseries, et la cour de Home lancer contre ce livre un anathème dont Uahagnet se parc avec une vanité ridicule.
H y a deux ans que tous les salons de Paris s’occupaient de faire parler et tourner des tables. Maintenant que la vogue des meubles animés est passée, nous croyons utile d’examiner sérieusement la cause de ce phénomène. Un homme d’un caractère pur et élevé, d’un esprit éminemment progressiste, le comte Agénor de (îasparin, chef d’un parti que nous aimons peu, le parti protestant, dans un livre consciencieusement étudié, intitulé les Tables tournantes, a démontré qu’elles tournaient même sans être en contact immédiat avec les doigts des opérateurs, et a repoussé avec énergie la solution du marquis de Mirville, qui attribuait ce phénomène à la pré-
sence d'esprits fluidiques. Nous croyons nécessaire de donner notre solution, qui concilie toutes les opinions, même celles des incrédules.
Les tables tournent par quatre causes : 1° la première et la plus fréquente est la présence parmi les opérateurs d’un mystificateur qui pousse d’une manière occulte la table et lui fait dire ce qu’il lui plaît ; 2° l’infiltration dans la table, par les mains des opérateurs, de cette force occulte et fluidique contenue en chaque homme, qui, sous le nom d’esprit, est le principe de tout mouvement, 'de toutes pensées; 3° la présence dans la chaîne d’un médium extatique en rapport avec les esprits du monde surnaturel, qui force l’un d’eux à venir animer la table et répondre aux questions qui lui seront adressées; 't a le mouvement est obtenu par une pression minime et involontaire de chaque opérateur, qui, multipliée par le nombre de ceux qui forment la chaîne, produit une force capable de mettre une table en mouvement.
Les tables sont bien éloignées d’avoir produit sur les esprits une influence toujours salutaire; car, selon l’expression d’un poêle de nos amis,
Philoxènc Boyer, les clames de ce siècle en étaient vernies à croire au dogme de lÉglise par convenance, el aux oracles de leur guéridon par conviction. Pour nous qui avons, depuis bien des années, étudié avec une scrupuleuse attention ces phénomènes, nous avons dédaigné les fleurs de ces études si attrayantes, et nous avons recueilli des fruits de foi, de. charité cl d’espérance, et de toute la puissance de notre croyance nous proclamons l'intuition inspirée de l'extatique préférable aux conceptions rationalistes des savants.
La principale apparition des Icrftps modernes est celle de la sainte Vierge à deux petits beraers, sur la montagne de la Salcltc. Nous n’entrerons pas dans la polémique soulevée à celte occasion entre le journal le Siècle el le journal l’Univers. Nous citerons seulement l’opinion émise en notre présence par le marquis de Mirville, homme d’une grande piété, et dont les vertus et la science, reconnues par le monde catholique el le clergé français, donnent à sa parole l'autorité d’une des lumières de l’Église, attribuant celte apparition non à la sainte Vierge, mais à l’esprit de la source, ou, pour me servir d’un mot païen,
à la naïade. Nous croyons à la possibilité du miracle et de l’apparition. Cependant nous serions peu étonné que le rôle de la sainte Vierge eût été joué par une aventurière que beaucoup de pi ètres accusent de celte sacrilège jonglerie.
Avant de terminer, nous devons dire que, dans les apparitions et les visions, les illusions et les hallucinations jouent un grand rôle. Pour les distinguer, il faut avoir recours au même moyen que pour discerner le rêve, délire d’un cerveau incohérent, du songe, vued’une âme éveilléedans un corps endormi, et voir si les prédictions laites par les morts se réalisent, si les esprits des trépassés, tout en conservant leur individualité, tiennent un langage Supérieur à celui de leur humaine nature; enfin si, en ses actes et en ses paroles, on sent je ne sais quoi de divin qui annonce un être surnaturel. Les aliénistes peuvent confondre la sainteté et la folie; pour nous, jamais, car, tandis que le fou n’est pas maître de lui, le saint commande en souverain maître aux éléments révoltés de la nature, guérit les maladies, et, ravi en extase, il moule jusqu’au trône de Dieu, emprunter le cœur de son Fils pour
LES ISESSL'SCITÉS.
aimer d’une manière eflicace cl divine les pauvres et son nom, pour mettre en fuite l’esprit de ténèbres.
. j , i YÏr , (
* t i/n-f vj- i<v.i
'•JLl . HJ-
***.-♦ V -J)>. ,**-S v t.i« ri
.-.r ?***♦ ;«-»•« 4 J JT
Mil
MOYENS DE DlSCEKNEIl LA VOYANCE EXTATIQUE DES HALLUCINATIONS DE LA FOLIE
Le songe est la vision d'une âme dégagée de l'empire des sens par le sommeil du corps. Le rêve est un travail incohérent du cerveau. Le songe, se prolongeant dans l’état de veille, prend le nom de voyance extatique Le rêve, continuant malgré le réveil, celui d'hallucination.
Il y a une objection sérieuse qui nous est souvent faite, et que nous croyons indispensable de ruiner; celte objection, suivant notre habitude, nous allons la présenter dans toute sa force. On nous dit : « Vous avouez que vous n’ôtes que l’é-
LES RESSUSCITÉS cho des visions des extatiques, et qu’il faut èlrc^ dans l’état de voyance pour apercevoir les réalités de la vie future; or à quels signes reconnaissezvous, dans un écrivain, le voyant, et quel moyen avez-vous de discerner la voyance extatique des hallucinations de la folie? » 11 est parfaitement certain que nous devons avoir une pierre de touche pour éprouver l’or de l’inspiration divine; sans cela, nous serions semblables à ces rationalistes sans jugement qui préfèrent Pierre Leroux à saint Paul ; semblable à ces êtres antiartistiques dont l’intelligence imbécile confond perpétuellement l’oie avec le cygne, le vautour avec l’aigle.
Nous avons établi la différence radicale qui existe entre le rêve et le songe; parlant de ce principe, nous disons : « La folie est le rêve se prolongeant dans l’état de veille, et hallucinant le cerveau et les sens par des images chimériques, ôtant à l'homme l’empire de lui-même, faussant sa sensibilité par le mensonge d’impressions erronées; enfin, c’est l’ouragan des passions emportant sa conscience, sa liberté d’action, comme des feuilles détachées d’un arbrefLa voyance, au
contraire, au lieu d’arracher à l’homme le sentiment du réel et de le transporter dans un monde chimérique, l’enlève sublimement et le ravit à celte hauteur suprême d’horizon où les images de l’erreur ne masquent plus la lumière de la vérité, où l’on saisit d’un même regard les traces du passé, les germes de l’avenir, et où l’àmc, dégagée du corps, converse avec les ressuscités, les anges et Dieu, dans les transports béatifiques d’un ravissement extatique! »>
La folie égare le regard et marque d’un signe fatal les traits de l’homme qu’elle atteint; en proie à la crainte et à la défiance, il se sent dominé par une puissance occulte qu’il nomme démon, étoile, police, suivant les idées régnantes; d’autres fois il se croit roi du monde et intermédiaire entre les hommes et Dieu; sa parole, dans sa grotesque emphase, au lieu de donner des commandements dignes d’un Dieu, ne rapporte que des rêveries ridicules et absurdes. La sagesse est l’antipode de la folie; mais la raison, appliquée à la démonstration du surnaturel, en est très-habituellement le commencement; car il est parfaitement ridicule et géométriquement absurde que la raison finie