H LES RESSUSCITÉS
puisse comprendre l'infini. Cet état, pour nous, est toujours accompagné d’une grande haine de la tradition. La voyance, au contraire, inspire le regard et répand sur les traits de l’homme qu’elle éclaire un lumineux reflet de l’éternelle beauté de Dieu ; sa vue n’est plus limitée par les obstacles matériels, et franchit les distances de temps et de lieu; son îime a des ailes pour monter au ciel contempler la vérité, et en transmettre aux peuples la tradition, celle sève des cultes, qui fait vivre la religion d’une vie éternelle dans la conscience des nations. C’est dans l’état de voyance extatique, que Jeanne d’Arc possédait à un très-haut degré, qu’elle conversait avec ses saints patrons, apercevait l’avenir, les idées non exprimées, et jusqu’aux objets cachés en terre. La vue à distance et la prophétie sont des manifestations de la réalité de la voyance extatique. Quand la vue est assez puissante pour voir un événement futur, elle l’est habituellement assez pour pénétrer dans le monde de l’éternité et en décrire les merveilles. 11 y a, entre toutes les visions extatiques qui ont le caractère de l’inspiration divine, une si grande analogie, que l’on di-
rail des voyageurs décrivant à leur retour un même pays, ou des feuilletonistes qui ont tous vu une même pièce, et qui en font l’analyse dans leurs feuilletons du lundi. Pour nous, nous avons toujours choisi de préférence les voyants extatiques dont l’Église a constaté la sainteté, et sachant combien est admirable la sagesse de Dieu, qui envoie aux petits et aux humbles les béatitudes de l'extase, nous avons toujours préféré l’inspiration de l’homme et de la femme illettrés à l’érudition de la science. En agissant de la sorte, nous avons suivi le mode perpétuellement employé dans le christianisme, et que les plus grands saints ont indiqué, afin de distinguer la vérité de l’erreur, et de ne pas confondre les hallucinations de la folie avec les visions de l’extase.
Nous allons donner les caractères physiologiques de l’état d’extase, ensuite nous passerons aux phénomènes surnaturels dont il est la source. Les principales extatiques modernes sont celles de Capriana et de Kaltern : plongées dans l’extase, mortes, pour ainsi dire, aux contacts du monde qui les environne, étrangères à la vie des sens, elles ne donnent jamais et ne prennent au
cune nourriture, sauf de loin en loin, sur l’ordre de leurs directeurs spirituels; elles mangent quelques grains de raisin, ou quelque autre fruit, ou un léger morceau de pain ; dans l'altitude de leur corps, dans l’expression de profonde béatitude qui éclaire leur ligure des splendeurs inconnues de l’autre \ie, on semble lire ce que saint Paul disait de lui-même : il a été ravi dans le ciel, il a ouï des paroles mystérieuses qu’il n’est pas possible au langage humain de traduire.
Ces extatiques, non-seulement rayonneutd’une lumière surnaturelle, mais elles portent les stigmates de la passion de Jésus-Christ : tous les vendredis, elles assistent en esprit au supplice douloureux de la passion de leur Dieu; unies avec lui de cœur, leur visage exprime le long drame de souffrance qui se termine par le crucifiement; à ce moment, leur tête se penche et leur visage porte tous les signes de la mort; après être restées deux minutes en cet état, leur visage reprend peu à peu sa forme et son calme. Celle de kaltern connaît les choses cachées; ainsi, elle aperçut une poutre entièrement pourrie sous le plancher de sa chambre; étant très-malade, elle
prédit qu’à tel jour, à telle heure, qu’elle indiqua, elle serait tout à fait guérie sans autre remède qu’un verre d’eau fraîche, ce qui arriva exactement au grand étonnement de tout le monde.
L’extase nous semble admirablement définie dans ce mot de sainte Brigitte, disant : « Dieu a réveillé mon âme comme d’un sommeil, pour voir, ouïr et sentir les choses célestes, divines et spirituelles. »
Saint Grégoire dit : « Quand Dieu nous parle, il nous envoie son Saint-Esprit qui éclaire notre intelligence et enflamme notre cœur des feux de son amour. »
Les saints docteurs, les Pères de l’Église, nous ont laissé quatre signes pour discerner la voyance extatique des hallucinations.
Nous avons dit que le caractère de la iolie était la domination de la volonté et du libre arbitre de l’homme par les passions.
Or un des premiers signes de l’inspiration divine sera la sainteté de vie et de parole de l’extatique. Car un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits.
Le second caractère de la folie étant une grande
UES RESSUSCITÉS perturbation dans la sensibilité, qu’impressionne le mirage trompeur de sensations chimériques, le second caractère de la voyance sera, en conséquence, la réalisation des événements prédits par les voyants.
Le troisième caractère de la folie est l’absence du sentiment du réel et la différence d’opinion avec la vérité religieuse et traditionnelle. Les voyants, inspirés par Dieu, verseraient jusqu’à leur dernière goutte de sang plutôt que de se mettre en opposition avec les enseignements de la tradition religieuse.
Enfin, un quatrième caractère de la folie est d’être dangereux, ou du moins inutile à soi-même et à l’humanité. Tous les voyants extatiques ont presque toujours eu le don de prophétie et le don de guérir les maladies durant leur vie, et même après leur mort. Non contents de rendre à la santé les corps, ils ont ramené les âmes à la vérité, et leur vie vertueuse a été un symbole vivant des mœurs divines qu’il faut avoir pour entrer dans le royaume des cieux.
Voulant compléter noire sujet, nous avons donné l’enfer et le ciel lels que les initiés de
l’antiquité les ont révélés, que les saints extatiques du christianisme les ont aperçus, que les illuminés Mahomet et Swedenborg les ont décrits; enfin tels que la raison grotesque des socialistes les a rêvés.
Le magnétisme a rendu un immense service à la philosophie, car en donnant naissance aux merveilleux phénomènes de la lucidité somnambulique, il a rendu croyables les miracles de la voyance extatique, dont les livres saints font mention et auxquels l’Église ajoute foi. Or c’est, à nos yeux et à notre sens, le plus important service qu’on lui doive ; car sans cela le scepticisme traiterait les prophéties et les miracles des saints de légendes ayant l’autorité historique des contes de fées dont le récit amuse les premiers âges 'de l’enfance, et leurs admirables écrits seraient dédaignés comme indignes de fixer l’attention d’un homme sérieux et d’être cités comme des œuvres inspirées par la haute sagesse de l’esprit de lumière.
Ceux qui nient, avant d’avoir examiné, la vie future et la résurrection, ou qui trouvent plus convenable de repousser le témoignage de la Ira-
dition pour ajouter foi aux rêveries de M. Jean Keynaud et de sa migration des âmes dans les planètes, sont habituellement des cerveaux plus légers que la fumée qui s’échappe de leur pipe, et qui, dans le commerce des rêveurs d'estaminet ou des filles sans éducation avec lesquelles ils sq sont dégradés, ont acquis le mépris des choses sacrées et ont oublié celte science philosophique du catéchisme, que leur mère, dans leur enfance, s’elforçail de graver en leur mémoire.
Pour nous, nous ne nous inquiétons pas (Je leurs railleries; car, lorsque l’esprit, comme un aigle, plane dans les sublimes régions du monde surnaturel, les traits qu’on lui décoche retombent sur ceux qui les ont lancés, avant même d’être arrivés jusqu’à lui.
Lever ses yeux au ciel ou les plonger dans l'éblonissaut abîme du gouffre profond de l’enfer, donne le vertige et conduit l’homme à l’erreur et à la folie, à moins que, soumis et humble, il se prosterne devant les enseignements de la tradition, et qu’il préfère la lumière divine de l'Esprit-Saint aux vacillantes et trompeuses lueurs de la raison.
Nous nous sommes donc nourri des écrits des saints quel’Eglise catholique a canonisés, elavons sucé le lait de la sagesse dans les saintes Écritures : ce lait est devenu la chair de nos os et le sang de nos veines; semblable au coursier de race qui blanchit son frein d’écume et frappe la terre d’un pied fringant, nous avons retenu longtemps notre impatience avant de visiter les régions inconnues du monde surnaturel. Aujourd’hui que nous venons, à la suite des extatiques de tous les temps et dans leurs ouvrages, d’accomplir ce sublime voyage, il nous est permis de dire au monde qui nous entoure : « Hommes de peu de foi, ceux que vous nommez morts sont vivants, ceux que l’ange du trépas a renversés se sont relevés, ceux qui étaient ensevelis sont ressuscités; leurs jouissances, s’ils sont du nombre des élus, leurs souffrances, s’ils sont du nombre des damnés, se perpétueront durant la longue éternité des siècles.