LA. TRADITION ESPAGNOLE ET LA SOI-DISANT TRADITION DOMINICAINE
Nous avons vu que , suivant la tradition et nombre de documents indiscutables (1), les restes de Colon étaient ensevelis dans la cathédrale de Saint-Domingue avant leur translation dans celle de la Havane.
Sa tombe « resta obscure et inconnue pendant plus de deux siècles et demi , ^> dit Mgr Roque Cocchia^ avec une ignorance préméditée. Chacun savait pourtant qu'elle se trouvait dans le sanctuaire et Farchevêque Fuenmayor parle, ainsi que nous l'avons déjà dit, de « la sépulture de FAlmirante D. Cristôval Colon, oii sont ses ossements , très-vénérée et respectée dans notre sainte église, dans la capilla mayor (2). »
En 1655, lorsqu'une flotte anglaise opéra, près
(1) V. un article de la Revue maritime et coloniale, janvier 1878, p. 106, dont l'auteur reconnaît l'authenticité indiscutable de la tradition.
(2) Relacion de las cosas de La Espanola, ms. cite par D. Ant. Lopez Prieto, Informe sobre los restas de Colon, p. 3G.
de Saint-Domingue, une tentative de débarquement, l'archevêque D. Francisco Pio donna l'ordre de couvrir les sépultures pour que les hérétiques n'y commissent point de dégâts et de profanations, « et je le demande instamment, ajoutait-il , pour la sépulture du « vieil Almirante (1), » qui est du côté de l'Évangile de ma sainte église et capilla mayor (2). »
Quelques années plus tard, en 167G, un autre archevêque , U. Juan de Escalante , représentant au Conseil royal des Indes l'extrême pauvreté de la cathédrale ruinée par le tremblement de terre de 1673 , exposait la nécessité de pourvoir à la conservation de l'église, et, entre autres motifs, parce (* qu'à droite de l'autel, dans la capilla mayor , est enseveli l'illustre D. Gristôval Colon (3). '>
Il y a plus. On connaît unpetit volume imprimé à Madrid, sans date, intitulé : a Synodo Diocesana ciel Arzobispado de Sonto Domingo, celebrada por él llmo. y Redmo.Sr. D. Fray Domingo Fernandez Navarrete. Aïio de 1683 , dia 5 de noviem,bre. » C'est un recueil des constitutions synodales édictées depuis que la cathédrale de Saint-Domingue
(1) Pour distinguer Colon de ses successeurs dans ses dignités, on l'appelait souvent e^ Almirante Viejo.
(2j Gloriosa hazana de las armas espanolas contra las inglesas, etc., ms. cité par Lopez Prieto, dans son Informe, p. 37.
(3) Archives générales de la Havane, d'après le même, p. 38 et 40.
était devenue l'église primaliale des Indes occidentales en 1547 , et les renseignements qu'il donne , tirés de documents originaux, ont une grande autorité (1).
Or , le Synodo dit que les ossements de D. Gristôval Colon « gisent dans une caisse de plomb dans le sanctuaire , à côté des degrés du grand autel, avec ceux de son frère D. Luis qui sont de l'autre côté, selon la tradition des anciens de cette égllsf^. ))
Négligeons pour le moment ces mots : « son frère D. Luis. >^ Nous y reviendrons.
Yoilà donc quatre dates : 1549, 1655, 1676 et 1683 . fournies par trois témoins oculaires , qui sont les primats des Indes, et par un texte d'une autorité impossible à récuser. Peut-on dire désormais qu'elle était ignorée aux XVi' et XVIP siècles, cette tombe de l'immortel navigateur? Et quelle confiance accorder aux inventeurs des ^< véritables restes » de Colon et, en particulier, à Mgr Cocchia, vicaire apostolique de l'archidiocèse de Saint-Domingue, à M. Roselly de Lorgnes et autres, s'ils n'admettent pas la certitude de pareils témoignages ?
Au XVIIP siècle, aucun document écrit ne parle de l'emplacement de la sépulture de Colon.
(1) Le Synodo paraît être la principale source des renseignements contenus dans YExtracto de ceux communiqués par les autorités d'Hispaniola et de Cuba au sujet de la translation des restes de Colon en 1795 et 1796. Navarrete a puLlié cet Extrade dans s^ Coleccion, t. Il, p. 365.
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Seule la tradition subsiste; elle est constante, unique, admise par tous. Nous pouvons donc Tinvoquer comme source historique.
Le tombeau avait perdu toute marque extérieure, mais on savait qu'il était là. De loin en loin, il en est question encore. Dans une cérémonie célébrée dans la cathédrale, en 1702, on invoque la mémoire de « D. Cristôval Colon, dont les ossements se trouvent ici, à côté de nous i» ; dans une autre , en 1782 , on rappelait que sa sépulture était dans le sanctuaire (1).
Goleti semble supposer que, de son temps (1771), la sépulture de Colon était connue , et Alcedo , écrivain scrupuleux et digne de foi , car il avait voyagé aux Antilles, affirme qu'elle était toujours dans la cathédrale de Saint-Domingue.
Un autre étranger, Moreau de Saint-Méry, écrivain érudit, sagace, ne put, en 1780, découvrir de traces du tombeau de FAlmirante. Il demanda d':' ^ renseignements à D. José Solano , ancien gouv ■ neur d'Hispaniola, qui s'adressa à son successeï : . D. Isidoro Peralta. Celui-ci répondit qu'en dém'lissant, en 1783, un gros mur qu'il fallait recc •struire, on avait découvert une caisse de ploi \: renfermée dans un cercueil de pierre^, enfoui da is le sanctuaire du côté de l'Évangile, et que, malgiô l'absence d'inscription, on savait, par une tradition constante et invariable, que c'était là qu'étaient les restes de Colon, de même que ceux de son frère
(1) Lopez Prieto, Informe sobre los restas de Colon, p. 29,
D. BarLolomé reposaient du côté de l'Épître, de la même manière et avec les mômes précautions. Les chanoines avaient vu et fait constater, ajoutait-il, que les ossements étaient en grande partie réduits en poussière, et on avait reconnu que quelques-uns appartenaient à ravanl-bras.
A la réponse de Peralta étaient jointes deux pièces importantes : d'abord, un certilicat délivré le 20 avril 1783, par D. José Nu nez de Gaceres, doyen de la cathédrale de Saint-Domingue, et attestant que « le sanctuaire ayant été démoli... on a trouvé du côté de la tribune où se chante TÉvangile... un collVe de pierre, creux, de forme cubique et haut d'une vare environ, renfermant une urne (1) de plomb un peu endommagée qui contenait plusieurs ossements humains. Il y a quelques années
que, dans la même circonstance on trouva, du
côté de rÉpître;, une autre caisse de pierre semblable, et, d'après la tradition communiquée par les anciens du pays et un chapitre du Synode de cette sainte église cathédrale , celle du côté de rÉvangile est réputée renfermer les os de l'amiral Christophe Colomb, et celle du côté de l'Épître ceux de son frère D. Barthélémy ou de D. Diègue Colomb, lils de FAmiral. » Le second certilicat, en date du 26 avril de la même année, émane de D. Pedro de Galvez, a maestre-escuela w et chanoine de l'église primatiale des Indes. Il constate que u le sanctuaire ayant été renversé pour le reconstruire , on a
(1) En espagnol urna a le sens de coffre.
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trouvé, du côte de la tribune où se chante l'Évangile^ un coiïre de pierre avec une urne de plomb, un peu endommagée, qui contenait des ossements humains ; et l'on conserve la mémoire qu'il y en a une autre du côté de l'Épitre du môme genre; et selon ce que rapportent les anciens du pays et un chapitre du Synode de cette sainte église cathédrale , celle du côté de l'Évangile renferme les ossements de l'amiral Christophe Colomb, et celle du côté de l'Épître, ceux de son frère 1). Barthélémy (1). »
Une tradition unanime confirme donc, au XYirie siècle, tous les documents antérieurs relatifs à l'emplacement du tombeau de Colon. C'était le côté de l'Évangile dans le sanctuaire. La même tradition remémore les renseignements particuliers à la sépulture de D. Bartolomé, auquel, en sa qualité de second dans la découverte, la conquête et la colonisation de l'île, appartenait rigoureusement le côté de l'Épître, c'est-à-dire la seconde place dans le panthéon de sa famille.
Peu versé sans doute dans la généalogie des Colon, le rédacteur du Synode diocésain de 1683,
(1) Moreau de Saint-Méry, Description topographique et politique de la partie espagnole de l'Isle Saint-Domingue ; Philadelphie, 1796, t. I, p. 127,128. M. Roselly de Longues, dans son Histoire de Christophe Colomb, dit: « Il (Moreau de Saint-Méry) retrouva dans une église de Saint-Domingue le tonnbeau de Christophe Colomb, dont les habitants du pays ignoraient l'existence. » Moreau de Saint-Méry dit précisément le contraire.
s'est trompé en disant que le personnage inhumé du côté de FÉpître était « son frère, D. Luis. » Il a confondu D. Gristôval^ petit-fils du premier Almirante , avec son aïeul, lequel n'a pas eu de frère appelé Luis. Aussi Nufiez de Gaceres et Galvez ont-ils rectifié cette erreur et ont-ils, en suivant la tradition, attribué le second tombeau à D. Bartolomé, celui-là réellement frère du héros.
D'après l'évêque d'Orope, « en procédant à la réparation de la cathédrale, on rencontra au-dessous du sol^ à gauche du sanctuaire, une petite caisse de plomb avec les restes d'un cadavre et cette inscription : « El Ahnirante D. Luis Colon,
Duque de Veracjua , Marqués de (1). » On dit
tout bas que cette découverte fut ^ fortuite, » quand le premier venu pouvait si facilement mettre la main sur cette sépulture, Mgr Roque Cocchia surtout, car il a dû relire bien des fois ce passage de Moreau de Saint-Méry : « Eq dehors delà marche du maître-autel, à droite et à gauche, reposent dans deux cercueils de plomb les os de D. Ghristophe Golomb et ceux de D. Louis, son frère (2). »
Tout est singulier dans la découverte dont nous avons à nous occuper. Sa date même est incertaine, puisque les journaux de Saint-Domingue la placent au mois de juin et Mgr Gocchia au 1*^'" septembre 1877. Elle réveilla la tradition de l'existence
(1) Pastoral, p. 9.
(2) Moreau do Saint-Méry, Description topographiqtte, etc., t. I, p. 125.
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des cendres de rAlmirante dans la cathédrale et inspira à révoque d'Orope le désir de procéder à de plus amples investigations, comme si la tombe de l'aïeul eût eu quelque chose à démêler avec celle du petit-fils. Une erreur si voulue cache un mystère.
Moreau de Saint-Méry, dont la curiosité n'avait pas été pleinement satisfaite par les attestations des chanoines Nufiez de Caceres et Galvez, en tira néanmoins une conséquence défectueuse : « Telles sont, dit-il, les uniques preuves du glorieux dépôt que recèle Téglise primatiale de Saint-Domingue, qui sont elles-mêmes enveloppées d'une sorte de ténèbres, puisque l'on ne saurait affirmer laquelle des deux caisses renferme les cendres de Christophe Colomb. )) De cette téméraire affirmation, « telles sont les uniques preuves » , d'autres écrivains ont conclu, en commettant des erreurs plus grossières encore, que la sépulture de Colon était tombée dans un oubli profond ; qu'on en ignorait l'emplacement; que même l'Almirante n'avait peut-être pas été enterré dans la cathédrale de Saint-Domingue, puisque ce fait ne s'appuyait que sur une tradition. Moreau de Saint-Méry n'avait pas été si loin, et assurément, s'il eût connu les documents du XVI" et du XVIP siècle, cités aujourd'hui parle savant D. Manuel Colmeiro et les autres érudits espagnols, il eût reconnu avec eux que, de son temps, le cercueil de Colon, dissimulé par des reconstructions, était bien dans la capilla mayor de l'église de Saint-Domingue.
En 1795, les données de la tradition , conformes aux preuves écrites , conduisirent D. Gabriel de Aristizabal droit au caveau d'où il exhuma les cendres du grand Almirante pour les transporter à la Havane. Aujourd'hui Tévêque d'Orope et plusieurs écrivains de la République dominicaine veulent que ces dépouilles mortelles ne soient pas les restes de Colon, mais ceux d'un autre membre de sa famille. Pour prouver leur assertion , ils opposent une tradition pleine de doutes à une tradition qui concorde avec tous les textes dignes de foi.
A l'époque de la translation , disent-ils , un moine ou un chanoine, qui désapprouvait cette mesure, aurait réussi à soustraire les restes de Colon et y aurait substitué ceux que les Espagnols portèrent à la Havane. L'omission des circonstances de cette fraude et du nom de ses auteurs, la vague indication de leur condition , un archevêque et son chapitre , victimes de la supercherie, les fondés de pouvoirs du duc de Veragua, qui ne protestent pas, les autorités présentes à l'exhumation, qui ne s'aperçoivent de rien, tout cela en un mot est impossible et touche à l'absurde. La fable est si grossière qu'un écrivain dominicain l'a abandonnée comme par trop invraisemblable (1).
Un certain Bobadilla aurait, d'après une autre version, révélé à son parent D. Carlos Nouel, lequel
(1) Emiliano Tejera, Los Restas de Colon, p. 18, 19.
s'est aussi mêle de la controverse, que les restes de Colon se trouvaient encore , en 1861 , dans le sanctuaire de la cathédrale, du côté de l'Évangile. « Les Espagnols, disait-il, crurent qu'on emportait Cristoval Colon, et on emporta son frère D. Bartolomé ou son flls D. Diego , et je crois que ce fut ce dernier. » Il s'appuyait sur le récit d'un chanoine dont il ne savait pas bien le nom, ignorance singulière chez un homme qui était lui-même notaire de l'officialité.
M. Nouel accepta cette étrange révélation et, pour des raisons qu'il ne fait pas connaître, recommanda le silence à Bobadilla (1).
Faut-il s'arrêter à discuter de telles allégations ?
Un chanoine contemporain dont on oublie le nom, un seul dépositaire d'un renseignemen t aussi important, mais qu'on entoure de mystère, une erreur soi-disant commise en 1795, la téméraire prétention de « contredire un événement historique consigné dans des documents officiels , n en s'appuyant sur le dire toujours inadmissible d'un personnage anonyme, la feinte candeur avec laquelle on introduit dans cette affaire le nom de D. Bartolomé , dont la sépulture était, comme on ne l'ignorait pas, du côté de l'Épître, et non du côté opposé^ tout cela forme une trame mal ourdie et qui ne supporte pas l'examen.
Et que dire de M. Cambiaso , consul d'Italie à
(1) Lettre de D. Carlos Nouel à D. Emiliano Tejera, citée par celui-ci, p. 50.
Saint-Domingue, si facile à convaincre qu'il adopta immédiatement la version de D. Carlos Nouel et contribua activement à la propager? N'est-il pas le complice conscient de manœuvres qu'une critique impartiale démasque sans peine ?
Que penser de cet évêque , auquel son caractère sacré devrait imposer le respect absolu de la vérité , et que Ton est tout au moins obligé d'accuser d'une légèreté coupable, puisque, dans sa Lettre pastorale du 14 septembre 1877, il affirme sans preuves que, depuis la translation à la Havane des restes de Colon, la croyance s'est maintenue à Saint-Domingue que ces restes n'ont pas quitté le lieu de leur dépôt? Quel jugement porter sur la rectitude de son critérium historique , quand il traite de <( futile >> l'acte solennel du 22 décembre 1795 et adopte avec enthousiasme une tradition inventée à plaisir , qu'il semble lui-même condamner en la qualifiant de « vague? )> (1).
Cette prétendue tradition dominicaine, en contradiction avec les textes et les faits, offre des variantes qui, à elles seules^ devraient la rendre suspecte et elle est toute récente. Jamais elle ne s'est répandue dans les masses, si disposées cependant à accepter tout ce qui est extraordinaire, et elle a surtout ceci de particulier qu'elle se réveille avec la présence de Mgr Cocchia dans le diocèse de Saint-Domingue, et qu'en son absence;, elle s'endort ou s'affaiblit.
(1) Pastoral, p.U.
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Il y a plus, les Dominicains ont l'ouriii euxmêmes des armes contre cette fable puérile, contre ce mensonge inventé de propos délibéré.
Kl Porvenir, journal publié, vers 1875, à L^uerto- Plata, engageait le gouvernement du général Gonzalez à réclamer à l'Espagne les cendres si disputées aujourd'hui. Des négociations eurent môme lieu, sans résultat, il est vrai, entre ce gouvernement et celui de Cuba. Des documents oiriciels nous l'attestent (1).
A la même époque, le général dominicain Luperon soutenait une vive polémique avec le Diario de la Marina, de la Havane, et voulait prouver que <( les restes de Colon devaient être reportés à Saint-Domingue, ^^ parce que, disait-il, TAlmirante avait voulu que ses cendres y reposassent;, ^ que l'île fût espagnole... ou non (2). »
Un autre Dominicain, D. José Gabriel Garcia, se plaint amèrement de l'exhumation accomplie en 1795 et la considère comme un acte d'injustice envers Saint-Domingue (3).
Toutes ces preuves et d'autres encore arrachent à M. Tejera les exclamations suivantes, que ses contradicteurs n'ont qu'à citer sans commentaires. (( Eh bien ! dit-il, auraient-ils tenu un tel langage ces deux Dominicains (Luperon et Garcia), surtout le second qui a étudié avec un soin minu-
(1) L'Académie royale de Tllistoire les a en sa possession.
(2) ïejera, Los Restas de Colon, p. 26.
(3) Memorias pava la historia de Quisqaeija, p. 29, et Tejera, p. 26.
tieux tout ce qui est relatif à l'histoire de son pays, s'ils avaient eu la moindre velléité de doute au sujet de l'exhumation des véritables restes ? N'auraient-ils pas cité la tradition, s'ils avaient cru son témoignage de quelque valeur? Et pourquoi ne Font-ils pas citée? Parce que la tradition allait en s'atTaiblissant de plus en plus, à mesure qu'elle s'éloignait des temps qui l'avaient vue naître ; parce que la généralité la considérait comme une fable aussi promptemenl oubliée qu'entendue (1). >)
M. Lopez Prieto, qui a compulsé les Archives générales de la Havane, assure que le consul d'Italie, M. Gambiaso, a^ non pas une fois, mais à diverses reprises, fait au nom de son gouvernement et celui-ci comme représentant la ville de Gênes , des démarches pour obtenir de l'Espagne la cession des restes du premier Almirante. Des correspondances diplomatiques, ajoute-t-il, ont été échangées à cet égard, en 1848, et par deux fois depuis cette époque.
Le gouvernement espagnol repoussa cette demande indiscrète, et, dès lors, on s'explique pourquoi le consul italien accorda sans la moindre difficulté foi entière à la mystérieuse confidence de M. Nouel. Les intéressés étaient disposés à remplacer par une intrigue maladroite les artifices demeurés inutiles de la diplomatie.
En résumé, la contradiction évidente que l'on
(1) Tejera, Los Restas de Colon, p. 66.
trouve dans les écrits des auteurs dominicains, Taveu courtois des plus prudents et des plus sincères d'entre eux, Topinion des hommes d'état de leur république, le sentime^nt de la presse indépendante, le jugement des critiques les plus autorisés, les intérêts et les passions qui ont soulevé cette controverse , tout nous autorise à déclarer sans réserve, avec FAcadémie royale de l'Histoire, que cette soi-disant tradition dominicaine, autour de laquelle on fait tant de bruits était^ comme le dit M. Tejera^ tout Dominicain qu'il est, « une voix qui allait en s'afîaiblissant, un témoignage sans valeur, une fable » éteinte et ensevelie dans un profond oubli. En vain tente-t-on de la ressusciter. La seule tradition digne de respect est la tradition espagnole, certaine de posséder la vérité, ferme sur ses bases historiques, forte parce qu'elle ne se divise pas , constante puisqu'elle a toujours été vivace avant et depuis 1795.