‹ Les restes de Christophe Colomb (d. Cristóval Colon)Chapitre 4 sur 5 · LE PROCES-VERBAL DE SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

LE PROCES-VERBAL DE SAINT-DOMINGUE

Dans sa Lettre pastorale du 8 septembre 1877, Mgr Cocchia racontait la découverte fortuite du cercueil de l'Almirante D. Luis Colon, premier duc de Yeragua , découverte qui devait être suivie d'une autre non moins fortuite et encore plus surprenante.

Dès lors révoque d'Orope avait l'ait des recherches, et justement sous l'emplacement du trône épiscopal que la tradition désignait comme celui de la tombe du grand Colon (1). Après l'exhumation accomplie en 1795, qu'espérait-il donc trouver sur la foi d'une tradition que lui-même appelait <( vague ? » La première trouvaille ne pouvait cependant avoir aucun rapport avec la sépulture du héros.

Le résultat des nouvelles investigations fut que r « on rencontra à un mètre du mur, en face de la porte qui mène à la salle capitulaire, un caveau avec des restes humains ornés de galons, ^ et cela prouve, dit Mgr Gocchia, que Ton enterrait dans le sanctuaire des personnages plus ou moins importants, sans nom et sans indication, et que • ce fut sans doute l'un d'eux qui fut trouvé par la Commission en 1795 et qui, après avoir été transféré avec pompe, est aujourd'hui conservé dans la cathédrale de la Havane (2). « Par tolérance ou par négligence, les ducs de Yeragua ont pu, au XVIIP siècle, laisser inhumer dans le sanctuaire des personnes étrangères à leur famille; mais le procèsverbal de 1795 est formel, et Aristizabal n'a pu confondre un caveau encastré dans la paroi principale de l'église (3) avec une tombe située dans le sol, à un mètre du mur.

(1) Pastoral, p. 9.

(2) Pastoral, i>. 10.

(3) Navarette, Colecclon de vlajcs y descubvbnicïiLos , t. 11, p. 368.

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M. Tejera suppose que les Espagnols ont emporté à la Havane les restes de D. Diego ou de D. Bartolomé Colon (1), quoique l'on sût pertinemment que le premier était enterré non loin de son père, mais non dans Ten droit fouillé en 1795, et que la sépulture de TAdelantado était du côté de l'Épître. Quant à Tévequc d'Orope, il fait des cendres exhumées alors celles d'un inconnu, mais sans fournir aucune preuve à l'appui de son assertion. Il faudrait, dans ce cas, admettre que les autorités espagnoles qui procédèrent à l'enlèvement prirent un cadavre du XVIIP siècle pour un du XV1% et acceptèrent pour les reliques de Colon n'importe quels « restes humains ornés de galons. »

C'est le 10 septembre 1877 qu'on aurait découvert les « véritables restes > de Cristoval Colon. Le chanoine Billini, curé de la cathédrale, qui dirigeait les travaux d'exploration , en avertit l'évoque ; Celui-ci accourut « avec la quasi certitude que ce pouvaient être les restes désirés. )> On ouvrit la sépulture et l'on reconnut qu'elle contenait une caisse de plomb en bon état, mesurant 42 centimètres de longueur, 20 1/2 de largeur et 21 de profondeur, avec des inscriptions tout autour ainsi qu'à l'extérieur et à l'intérieur du couvercle. « On vit dedans, dit Mgr Cocchia, des restes nombreux et bien conservés, au milieu desquels était une balle de plomb. L'inscription nettoyée, on lut sur la partie intérieure du couvercle : ill^''^ y es*^" varon

(1) Los Reelos de Colon ^ p. 37.

DON GRiSTOBAL COLON ; suF la partie supérieure : D. DE LA A. p°'' A^^ ', autour : c. c. A. L'inscription voulait donc dire : Ihistre y esclarecido varon Don Cristùhal Colon, Descubridor de la A?nérica, Pmner Almirante ; et, en abrégé : CristMal Colon Almirante (1). « Il y a une concordance presque parfaite entre ces détails et ceux du procès-verbal rédigé le jour même de la découverte, lequel ajoute toutefois que l'inscription intérieure était en lettres gothiques allemandes, ce qu'il faudra se rappeler (2).

« Les reliques du grand homme, continue

l'évêque d'Orope , étaient dans nos mains

Nous étions sur le point de nous écrier : <' Réjouis-toi , ô Saint-Domingue ! L'homme qui t'a découverte et t'a aimée de préférence, n'a pas

quitté ton sein; il a été et sera avec toi

Réjouis-toi aussi , ô Italie ! Un des plus grands de tes fils est pour ainsi dire ressuscité. Tu seras aussi représentée avec amour. ■» L'émotion fut générale, les cloches annoncèrent l'heureuse nouvelle, le canon répondit bruyamment h l'événement fortuné (3). »

Dans cette brillante homélie, Mgr Oocchia adresse ses félicitations à Saint-Domingue et à l'Italie. Il est vrai qu'il est Italien , comme Colon. Mais pourquoi ne dit-il pas un mot pour l'Espagne ?

(1) Pastoral, p. 11 .

(^) Pastoral, p. 15; — ïejera, Los Restas de Colon, p. 60.

(3) Pastoral, p. 11.

DE CnRLSTOPTIE COLOMR. 53

Qui donc osera jamais rompre le lien qui unit si étroitement le nom du Découvreur du Nouveau Monde avec celui de son pays d'adoption , devenu sa véritable, son unique patrie?

Mgr Cocchia a soigneusement remarqué ailleurs qu' « il n'y avait sur les fragments de plomb ni un nom, ni une lettre, ni un signe quelconque qui indiquassent à qui appartenaient les ossements transférés à la Havane, en 1795 (1). » M. Tejera s'écrie aussi : « Gomment savait-on que ces ossements étaient ceux de Colon? Qui pourrait l'afFirmer si muette était la pierre , muet le métal , muets les restes rencontrés dans cette tombe oubliée (2) ? »

A ce silence de la mort, les inventeurs des « véritables restes » de Colon opposent un luxe d'inscriptions, dont le nombre finit par être suspect. Leur cercueil en porte à l'extérieur et à l'intérieur du couvercle, à la tête, au côté droit, au côté gauche. Cela ne suffisait point, paraît-il, car on découvrit encore dans la poussière du squelette une petite plaque d'argent portant des caractères de chaque côté. Sept inscriptions pour indiquer quel personnage renfermait cette petite caisse , c'est là un excès de précautions , dont on ne manque pas de tirer avantage en comparant ce cercueil avec celui exhumé en 1795 (3).

{■[) Pastoral, p. 9.

(2) Los Restas de Colon, p. 15.

(3) M. Roselly de Lorgues, qui le prend de haut avec ses

54 LES IIESTES

U. Juan Ignacio de Armas, qui a critiqué avec beaucoup de discernement le procès-verbal de 1877, fait observer que les plaques indicatives sont sans objet et peu usitées dans les cercueils qui portent des inscriptions multiples, qu'en tout cas elles seraient placées à l'extérieur et du côté opposé à la muraille (1).

Assurément on rencontre parfois dans les cercueils des plaques de métal ; elles sont presque toujours détachées et non fixées aux parois intérieures par des clous ou des vis. Mais comment expliquer ici cette bizarre idée de graver une inscription sur chacun des côtés d'une lame d'argent qui devait être fixée à l'intérieur du couvercle, comme riiidiquent les deux pointes que l'on remarque aux extrémités ?

La description de l'endroit où les <' véritables restes » de Colon ont été, dit-on, retrouvés, soulève aussi diverses objections. L'évéque d'Orope parle .d' « une niche » à la droite du sanctuaire, précisément à la place du trône épiscopal (2).

contradicteurs et dédaigne souvent de fournir ses raisons, admet sans débat, dans son Histoire posthume de CJiristophe Colomb, p. .29o-30i;, l'autlienticité de ces inscriptions, bien {[ue M. Colmeiro en ait établi la fausseté de la manière la plus évidente. On verra plus loin la réfutation des étranges assertions de M. Roselly de Lorgues et des défenseurs de la trouvaille de 1877. M. Fernandez Duro les a de nouveau victorieusement combattus dans son Colon y la Hlsloria postuma.

(1) La Opinion Nacional (de Caracas , t>4 mai ■\>^1^.

i^) PnstovaL p. 10.

DE CHRISTOniE C0L0M15. 55

M. Tejera allirme roxistencc de « deux caveaux, « Tuii accolé au mur et l'autre séparé du premier par une cloison de IG centimètres d'épaisseur (1). Ce désaccord entre deux témoins oculaires jette de nouveaux doutes dans l'esprit.

S'il n'y avait qu'une seule niche, comme des dépouilles mortelles ont été tirées, en 1795, d'un tombeau à la droite du chœur, de qui pouvaientelles provenir, sinon du cadavre de l'Almirante? D'un personnage inconnu, dit Mgr Gocchia. Réponse évasive et inadmissible. S'il y avait deux caveaux, ainsi que le soutient M. Tejera, celui accolé au mur aurait dû renfermer les os de Colon, et l'autre, seul ouvert en 1795, ceux de son fds D. Diego.

Un fait si simple peut-il donner lieu à deux interprétations? Il faudrait, avant tout, que les écrivains dominicains se missent d'accord et fournissent de meilleures preuves pour répondre à cette phrase courte et résolument affirmative de M. Lopez Prieto : « J'ai examiné le caveau le 27 décembre (1877) et mon opinion est qu'il n'a pas l'antiquité qu'on lui suppose (2). j>

A Saint-Domingue et en Espagne, on a minutieusement étudié les inscriptions que nous avons citées plus haut. C'est, en etfet^ un point des plus importants.

Prévoyant certaines objections, les auteurs do-

( 1) Los Reslos de Colon, p. 15.

(2; Informe sobre los restos de Colon, p. 85.

minicains ont tenté de les réfuter à Favance. Selon M. Tejera, la caisse de plomb renfermant les « véritables restes » est fort ancienne; u mais nous ne pouvons affirmer, ajoute-t-il, combien de siècles elle a, ni si c'est celle qui fut rapportée de Séville en 1536, ou si, pour un motif quelconque, elle fut changée ici avant d'être déposée dans le caveau, en 1540, ou à une époque postérieure (1). » Gomme le même auteur ajoute qu'il est impossible de dire si ce cercueil a séjourné dans la terre un ou deux siècles (2), les arguments en faveur de son authenticité perdent toute valeur, arguments qui s'appuyaient sur la conformité de certains noms et sur celle de l'orthographe avec le style de 1536, ainsi que sur les empreintes du temps. Telles sont les preuves invoquées par MM. Tejera et Nouel. Admettons le point de départ qu'ils ont proposé.

L'Académie royale de l'Histoire et son savant rapporteur ont eu sous les yeux et publié deux fac-similé relevés, l'un par un Dominicain, M. Te-

(1) Los Restas de Colon, p. 30.

(2) M. Colmeiro a donné à la fin de son rapport les dessins suivants: 1° Aspect extérieur du coft're découvert à Saint-Domingue, d'après une photographie remise à l'Académie par S. E. le Président du Conseil des ministres ; 2° Vue intérieure du même coffre; 3' Fac-similé des lettres qui se trouvent à la tête et sur les côtés du coffre, d'après M. Tejera; 4° Inscriptions des deux côtés de la plaque d'argent, d'après M. Lopez Priez; 5" mômes inscriptions, d'après M. Tejera; 6" Facsimilé des inscriptions du couvercle, à l'extérieur et cà l'intérieur, d'après le même.

jera, l'autre par un Espagnol, M. Lopez Prieto. Le second est un dessin fidèle, reproduit selon les règles de l'art, et mérite par conséquent plus de confiance que les croquis dus à de simples amateurs, pour suppléer à l'absence des lithographes à Saint-Domingue, et joints à la brochure de M. Tejera. « Les gravures, écrit ce dernier avec une louable franchise, demanderaient des mains plus habiles ; mais elles auront toujours un mérite, celui d'avoir exprimé ou cherché à exprimer la vérité (1). >'

Ces copies présentent dans leur ensemble un fait singulier, l'emploi de trois alphabets distincts, h savoir : des lettres gothiques ; d'autres d'une écriture courante ayant quelque semblant d'antiquité ; d'autres enfin qui, en dépit de leur déguisement, sont modernes à n'en pas douter. Une telle variété de caractères est inconnue dans le style lapidaire et permet d'attribuer l'ensemble des inscriptions à l'époque que Ton voudra.

Les caractères gothiques cessèrent d'être en usage dans les inscriptions en Espagne vers 1520. Si les imprimeurs s'en servaient encore, c'est que la plupart étaient Allemands et possédaient un ancien matériel. Au XYP siècle et dans la première moitié du XYIP, quelques copistes les employaient toujours pour les annonces et les affiches de théâtre, afin d'appeler l'attention ou de montrer leur talent

(1) Informe sobre los rastos de Colon, p. ILS; —Los Rcslos (le Colon, p. 3.

de calligraphes ; mais, dans les inscriptions des monuments civils, des églises et des sépultures, l'alphabet romain prévalait.

L'Académie de- l'Histoire a remarqué que Finscription de la partie supérieure du couvercle présente des abréviations inconnues dans le temps auquel on les attribue , et quelqu'un a dit judicieusement : « Ces abréviations arbitraires qui ne sont pas dans une invocation religieuse , mais qui se rapportent à des titres et qualifications, sont inusitées, invraisemblables, quand il s'agit d'un exemple de style lapidaire du XVP siècle (1). ))

L'interprétation dominicaine des initiales d. de LA A. par (( Découvreur de l'Amérique, » dénote péremptoirement qu'on a commis une maladresse et un anachronisme en gravant cette inscription. Les défenseurs de la trouvaille des « véritables restes » de Colon cherchent en vain à établir que le nom d'Amérique fut connu dès 1509. Il fut proposé par Waltzmliller, cosmographe allemand, et l'Europe finit par l'adopter, sauf l'Espagne, qui résista jusqu'à nos jours, sans abandonner toutefois sa dénomination de « las Indias » dans le langage ofiiciel. Il est vrai qu'on imprima à Séville, en 1672, un livre intitulé Norte de la coiitratadon de las Indias Occidentales , dans lequel le mot « America » est parfois em.ployé pour les dési-

(I) Lr>^ Résina (Je T), Cnstnval Colon ^ p. 34.

]»E ClIUlSTOriiK C0L0M15. 59

gner ; mais l'auteur, D. José de Veitia Linajc, a eu grand soin d'avertir le lecteur que c'était un terme nouveau et peu usité et d'ajouter que généralement on disait « les Indes Occidentales. » Il en donne l'exemple lui-même dans le courant de son livre et surtout dans le titre (1).

En Espagne, on n'a jamais cessé de dire : ///.sloria de las Induis ; Recopilaclon de las leijes de lus rcinos de las Indias ; Comerclo de las Indias ; PoUtica Indiana ; Consejo Real de las Indias ; Ujlesia Prunada de las Indias, elc. Hier encore, les souverains s'intitulaient « Rois d'Espagne et des Indes, » comme on le voit sur les monnaies de Ferdinand VII, et Colon a toujours été qualifié d' '^ Almirante de las Indias, » ainsi que ceux qui lui ont succédé dans ses titres et dignités. En 1796, le duc de Yeragua , en adressant des remerciements à l'Ayuntamiento de la cité de la Havane, « pour la distinction particulière et la piété avec laquelle il avait reçu les restes du cadavre du seigneur Don Gristôval Colon, '• l'appelle « Almirante mayor del mar Oceano, primer virey y gobernador de Indias (2). ^> Dix ans auparavant, en 1786, D. Antonio Alcedo avait publié son Diccionario geogrâfico-histôrico de las Indias Occidentales , dont le titre était convenablement choisi pour un

(1) V. surtout le prologue I et Je livre II, chap. xxviijn» 55.

(2) Grand amiral de la mer océane, premier vice-roi et gouverneur des Indes. Lopez Prieto, Informe sobre las restos de Colon, appendice II, p. 72.

ouvrage destiné aux Espagnols et aux étrangers (1).

Un monument du XVP siècle, offrant le mot « America >■> en caractères gothiques, serait unique dans Fépigraphie espagnole. Jamais un descendant de Colon ne Teût souffert, car c'eût été reconnaître implicitement la plus grande injustice commise dans le cours des âges, et les ossements du héros en eussent frémi dans la tombe.

Ajoutons que la pierre sépulcrale de D. Fernando Colon existe encore dans la cathédrale de Se ville. Elle porte la date de 1539 et doit donc passer pour contemporaine du cercueil exhumé à Saint-Domingue. On y lit qu'il était a fils du vaillant et renommé seigneur D. Cristôval Colon, premier Almirante, lequel découvrit les Indes et le Nouveau Monde du vivant des Rois catholiques Don Hernando et Dofia Isabelle, de glorieuse mémoire, le XI octobre MGGCCXGII (2). >;

(1) M. Lopez PrietOjdaiis son Informe, p. 91, traite ce point avec toute rérudition et la critique désirables. L'auteur anonyme de Los Restas de D. Cristôval Colon, très-compétent en pareille matière, dit aussi, p. 35 : u Des soixante-deux ouvrages imprimés en Espagne, avant 1550, à notre connaissance, dans lesquels il est question du Nouveau Monde, on ne lui donne que dans un seul le nom à' America ; tous les autres disent las Indlas. t\ Le livre qui fait exception est le Phisicœ compendium de Pedro Margallo, publié à Salamanque, en 1520, dans lequel l'auteur a employé les expressions de la technologie générale.

(2) L'épitaphe actuelle de cet illustre personnage, qui fut l'historien de son père et auquel on doit la fondation de la

L'inscription gothique de rintérieur du couvercle est encore suspecte, parce que le nom Cristôval se trouve , contre toute, vraisemblance, orthographié à la moderne. L'Almirante signait Xptoval, et, quoiqu'on écrivît quelquefois Christoval, dôs le XVP siècle, les archevêques de Saint- Domingue, Fuenmayor et Pio, se servaient encore de la forme Xptoval au milieu, du XVIP siècle.

M. Tejera répond qu'autrefois on se préoccupait fort peu de l'orthographe des noms propres , et cela est vrai dans une certaine mesure ; mais nous ne croirons jamais que les descendants immédiats de Colon, si soigneux de tout ce qui devait perpétuer la mémoire de leur illustre ancêtre, si attentifs à accomplir ses volontés, aient toléré ou n'aient pas empêché une erreur qui leur était préjudi-

Bibliothèque Colombiiie , est ainsi conçue : « Aqui yaze et mui magnifico S. D. Hernando Colon, el quai aplicn y gastô toda su vida y hazienda en aumento de las letras , y juntar , y perpetuar en esta ciudad todos sus libros de todas las ciencias , que en su tiempo hallu y reducirlo a cuatro libros. Falleciû en esta ciudad a 12 de julio de 1539 de edad de 50 aiïos, 9 meses, y 14 dias, fué hijo del valeroso y mémorable S. D. Christ. Colon^ primero Almi^^, que descubriô las Indias y nuevo mundo en vida de los Cat, R. D. Fernando y D» Isabel de gloriosa memoria , â 11 de oct. de 1492 con très gâteras [erreur pour caravelas, mot que jjortaienl les épitaphes plus anciennes), y 90 personas, y partiô del puerto de Palos û descubrirlas â 3 de agosto antes, y bolvio ;'i Castilla con Victoria â 7 de maio [erreur pour 12 de marzo) del ano siguiente, y torno despues otras dos veces â poblar lo que descubri<'>. Falleciû en Yalladolid â 20 de agosto [erreur pour mayo) de loOG anos. Rogad â Dios por ellos. »

ciable, d'au tant plus que le premier Almirante, en fondant un majorât, le 22 février 1498, avait imposé à ses successeurs l'obligation de signer comme lui (1), et celui qui avait le devoir de ne pas altérer la signature ne pouvait laisser personne estropier le nom.

M. Nouel, qu'aucune difficulté n'arrête, cite (2) la Relacion de los repartimieiitos de Indios , compilée, en 1514, par le trésorier Miguel de Pasamonte, et oii le nom de baptême de Colon est écrit de diiîérentes manières. Cela prouve peu, car l'orthographe de Pasamonte était des plus irrégulières. Au contraire, dans les inscriptions du cercueil, le nom de Cristôval est par deux fois écrit de la même manière, et c'est le seul mot oii se remarque une faute.

La plaque d'argent , trouvée au milieu des cendres et noircie par le temps, ne peut en imposer aux archéologues. On mettait parfois dans les tombeaux, aux XVP et XVIP siècles^ des lames de plomb sur lesquelles étaient gravées des notices plus ou moins étendues et relatives aux défunts ; mais, ainsi qu'on l'a fait observer déjà, elles n'étaient pas , comme dans le cercueil dont il s'agit, fixées par des vis aux parois intérieures. Quant à la cursive employée dans cette inscrip-

(J) « Fifmar de mi liriiiu , la cual agora acostumbro. » Mémorial ciel pleito sobre la sucesioii en posesion del estado y uiayoï-azyo de Veragua, fol. 141.

(2) Tejera, Los Restas de Colon, p. 32 et 55.

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lion, elle suffirait à elle seule pour la faire qualifier de moderne^, et de très moderne, par tous ceux qui ont les moindres notions de paléographie. En eiïet, par leurs formes élancées, les lettres s'y rapprochent plus de l'écriture anglaise que de l'ancienne ronde espagnole des deux siècles précédents, car pour le XV? siècle il ne saurait en être question. M. Tejera reconnaît lui-môme que «' leur forme ressemble à celle de la cursive ordinaire (1) » ; mais il ne paraît pas s'en préoccuper et il laisse à entendre que la plaque d'argent n'a pas été l'objet d'une « étude approfondie. »

Si, pour juger de l'authenticité de la découverte, il faut se rendre compte de la valeur des signes d'ancienneté attribués à la caisse de plomb, il n'importe pas moins de connaître l'état des restes humains qu'elle contenait.

Lors de la translation des ossements de Colon, de Séville à Saint-Domingue, le premier Almiranle était dans la tombe depuis plus de trente-quatre ans, et son corps devait être dans un étal de décomposition complète. Le respect filial, la piété des moines, la vénération due au grand homme, étaient de puissants motifs de recueillir précieusement dans un coffre ses glorieuses dépouilles et jusqu'à leur poussière.

A Hispaniola, l'humidité du climat des tropiques, le voisinage du rio Ozama et de la mer, durent hâter la destruction du squelette, que les

(l) Tejera, Los Reslos de Colon, p. 34.

tremblements de terre et les réparations de la capilla mayor contribuèrent encore à convertir en poudre.

Les chanoines Nunez de Gaceres et Galvez avaient certifié, en 1783, qu'on avait trouvé à l'emplacement connu pour celui de la sépulture de Colon, un coifre de plomb un peu détérioré et contenant plusieurs ossements humains. Moreau de Saint- Méry, dont les Dominicains ne peuvent récuser Tautorité après Favoir tant de fois invoquée , affirme que les chanoines avaient constaté que la majeure partie des os était réduite en cendres et qu'on avait reconnu ceux de l'avant-bras (1).

Le procès-verbal de 1795 déclare, comme nous l'avons vu, qu'on découvrit dans un caveau situé dans le sanctuaire, du côté de l'Évangile, les restes d'un cercueil de plomb et des fragments d'os, entre autres ceux des tibias, et que le tout fut recueilli avec soin (2).

On a donc trouvé, en 1783, les restes d'un squelette presque entièrement réduit en cendres, et, en 1795, des fragments d'os mêlés de terre, qui ont été alors placés dans une coupe avec la poussière du tombeau. Dans un espace de douze ans, la consomption a fait des progrès rapides, mais tout naturels ; les os de grande dimension

(1) Description topogmpJiiqne , t. I, p. 126 à 12^.

(2) Navarrete, Coleccion de lo.s via/es y deficubriniienios , t. Il, p. 3()8.

HK (.IIHIS'h-l'IIK (;(!|.(t.Ml{. {).)

disparaissent, il nvn roble plus (lue des i"ra<^'nieiils.

Oublions les constatations faites en 1705 ; ne nous préoccupons que de celles de 1783. Eh bien ! si les ^( véritables restes « de Colon ont été exhumés en 1877, qu'a-t-on dû trouver dans le cercueil ? Quelques cendres et de la poussière: Au lieu de cela, Mgr Cocchia constate qu'à cette dernière date les « véritables restes » comprenaient « un fémur détérioré ; un péroné dans son état normal ; un radius complet ; une clavicule également complète ; un cubitus ; cinq côtes complètes et trois incomplètes; l'os sacrum en mauvais état; le coxis ; deux vertèbres lombaires^, une cervicale et trois dorsales ; deux calcaneums ; un os du métacarpe; un autre du métatarse; un fragment de frontal ou coronal avec la moitié de la cavité de l'orbite ; un tiers de tibia ; deux autres fragments de tibia ; deux astragales ; une tête d'omoplate ; un fragment de la mâchoire inlerieure ; la moitié d'une tête d'humérus ; le tout comprenant treize petits fragments et vingt-huit grands, ainsi que d'autres réduits en poudre (1). »

Quarante-et-une parties d'ossements, c'est-àdire une partie notable d'un squelette dans un coffre où, en 1783, on n'avait trouvé à peu près que des cendres et quelques morceaux d'un avantbras.

A cela, les Dominicains répondent que les restes

(I) Paaloral, p. 'iri.

reconnus en 1783 n'étaient pas ceux exhumés en 1795, et que, de plus, le caveau exploré à la première date ne leur « semble » pas celui découvert en 1877, mais bien un caveau voisin. Yaine affirmation, vain subterfuge, qu'anéantissent la tradition populaire, les textes authentiques, les procès-verbaux officiels et l'opinion d'une critique judicieuse et impartiale.

M. Tejera avait publié sa première brochure intitulée Los Restas de Colon sans connaître,— ignorance singulière chez un Dominicain, — l'ouvrage de Moreau de Saint-Méry. Il l'a lu enfin et, invoquant des arguments spécieux , il a contesté l'identité des restes reconnus en 1783 et en 1795 ; mais il n'a pu résoudre la question de savoir s'il y avait deux caveaux ou un seul.

Ainsi donc, d'après les écrivains dominicains et MgrCocchia, les dépouilles mortelles exhumées en 1795 étaient et n'étaient pas celles vues en 1783, et tandis que les fc véritables restes » de Colon, mort au commencement du XVP siècle, sont encore dans un état satisfaisant de conservation, ceux de l'inconnu transporté à la Havane et enterré près de deux siècles plus tard, étaient entièrement consumés. En présence de ce que l'on constate journellement dans les sépultures, de telles assertions sont difficiles à soutenir.

DE CHIUSTOIMIK COLOMn. ^>'7

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