‹ Les restes de la guerre d'EstampesChapitre 94 sur 101 · EPITAPHE D'VNE BELLE · texte numérisé non relu

EPITAPHE D'VNE BELLE

Passant qui que tu sois, arreste icy tes pas.

Et viens plaindre vn trésor caché dans cette bière

Vn miracle du monde, enuie du trépas,

Qui n'éclipsa jamais, que pour trop de lumière.

Les attraits plus qu'humains de ce soleil naissant

Invitèrent la Parque à quelque ialousie.

Elle creut que c'estoit vn ennemi puissant,

Et conclut à sa mort sur vne fantaisie.

Mais aueugle dessein d'vn coup audacieux,

Les pleurs et les regrets, suiuront bientost laioye,

Elle deuoit chérir l'effet de ses beaux yeux,

Qui luydonnoienttousiours quelque nouvelle proye.

RESPONCE DE CALISTE A DORINDE, QVI LVI AVOIT MANDE' LE DETAIL D'VNE COLLATION.

D'vne perdrix, et d'un lapin, Faire l'honneur de mon festin, C'est te tromper, chère Dorinde; le renchéris sur le Picaus, Ne parles point de poulet d'Inde, le me pique d'aller par Aus.

Des Leuraux et des Lapereaux, Des Cailleteaux et des Perdreaux, Pourraient bien enfler tes rimes ; Mais on les verra dans leur iour.

Et tu reserues ces victimes.

Pour immoler à mon retour.

N'ensanglantons point nos beautés.

De plus coupables cruautés, Puisque tes amours sont bachiques, Dis-moy ceux, que brinde a mis bas.

Nos yeux font des coups trop tragiques. Pour les chanter en nos esbas.

134 ^'■'^ Restes

ESTREINES.

Oseray-ie Philis, vous présenter mes peines, Dans vn temps, où chacun n'offre que des es-

ftreines ?

Et ne peut-on iamais gaigner vostre amitié, Qu'à force de se rendre vn obiet de pitié ? Les Riuaux abusés n'ont pour moy rien qu'enuie, Pendant que ie suis prest de paier de ma vie. Et mon bonheur borné dans leurs filoux espris, Ne sert à diuertir que vous qui m'aués pris : Au milieu de ma plainte, on croit m'entendre

[rire.

Quand vous estes de marbre, on vous pense de

[cire.

Mille tiedes regards que vous aués pour moy, Les brûlent de colère, et me glacent d'effroi! Ils doutent de mon mal, ils lurent de ma ioye, On me donne la main, alors que l'on me noie. Et si la conscience auantage un des deux. On est vne pariure, on n'en veut pas à eux; Malheureux en eftet, heureux dans la pensée, Quel remède apporter à mon ame blessée ? C'est à vous, ô ma vie, à ne négliger pas, Vne plaie où l'entrée est ouuerte au trépas : Ne faites rien pour moy, faites tout pour vous

[plaire,

de la Guerre d'Estampes. 135

Ce que mes ennemis vous enseignent de faire, Leur haine est charitable, ils me font mériter. Et ie ne sçay comment m'en deuoir acquitter, Aymés moy, c'est trop dire, en vne seule ligne. Aymés moy, tout le veut, la haine m'en croit

[digne, Et le plus humble cœur deuiendroit fanfaron Parla main des Riuaux d'estre faitvn.

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