‹ Les restes de la guerre d'EstampesChapitre 95 sur 101 · LA RENCONTRE DV MIROIR · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE DV MIROIR

Inexorable tyrannie, Fascheuse rigueur de parens, lusqu'où peut aller ta manie, Contre ces illustres mourans ?

Ne te suffit-il pas, de voir brûler leurs âmes. Dans vn enfer confus de peines et de flammes, Sans en auoir de la pitié ?

Faut-il, pour vn dernier outrage, Que ton iniuste inimitié.

Des yeux leur deffende l'vsage ?

C'estoient à peu près là les plaintes, Qu'Orondate, et Statire vn iour, Faisoient au milieu de cent feintes, Pour mieux conduire leur amour!

Vn caprice de mère, inspiré par l'enuie, AUoit taschant de rompre vne si belle vie,

Et bien loin de les seconder

Dedans un dessein légitime,

Ils n'osoient pas se regarder.

Sans estre accusés d'vn grand crime.

S'étant trouués en compagnie Vne fois, au milieu du ieu.

Pour euiter la calomnie.

Ils s'étoient séparés vn peu, Et géhennes par ces loix, qu'on dit de bien séance Leur veûe esclaue d'elle, entroit en défiance,

Et ne pouuant plus s'empescher.

Apres mille combats notables.

S'en alloit enfin s'attacher

Chacune à ses suiets aimables.

Bons Dieux, autheurs des sympathies.

Grands maistres de nos volontés,

Qui d'vn tout liés les parties.

Far des neus si bien concertés.

Faites de grâce vn coup de la toute-puissance. Ne laissés plus régner ces tyrans de naissance !

Et vous insensibles obiets.

Mais peut estre moins que les hommes,

Deuenés auiourd'hui sujets

A souffrir les maux où nous sommes.

Il se rencontra là tout proche.

De bonne fortune, vn miroir.

de la Guerre d'Estampes. i^j

Qui ne pouuant estre de roche, Leur donna le moyen de se voir ;

Dans ce clair Rendez-vous, leurs yeux faisant ren-

[contre,

Ils forcent au secret, ce traître qui les montre. Et parmy l'excès d'vn tel bien.

Que ce miracle leur envoyé.

Amour triomphe, et n'a plus rien, Qui luy nuise, que trop de ioye.

Vous vous en souuenés Statire, Lorsque nos fantosmes en main, Vouloient soulager leur martyre.

Et que nous en rismes soudain.

Quoy, ieunes abusez, disiés vous sans nostre aide, Vous pensés à nos maux donner quelque remède? Non, repris-ie, en nous reculans, Sortes follets de cette place.

Car vos feus ne sont point brûlants, Pour estre nés dans vne glace.

A MADEMOISELLE lOVANT

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