SVR LA MALADIE DE PHILIS
Enfin tu ne veus pas guérir,
Hé bien^ Philis, ie vais mourir :
Quoy donc, ne peus-tu pas me perdre, sans te
[nuire?
Recouvre viste ta santé,
Et sans changer de volonté Tu verras, pour te plaire, oij ie me sçay conduire.
le ne trouue rien de plus beau
Que le chemin de mon tombeau, Tout y fleurit en lis, en œillets, et en roses.
Ne languis plus pour essayer,
Si i'ay le cœur de le frayer.
Les effets sont pareils à la grandeur des causes.
Quels caprices de ton amour,
D'hasarder de perdre le iour.
Pour connoistre le point, où ma passion monte ?
Que seroit-ce, si le destin.
Contre toy, faisant le mutin, Par un arrest de mort, venoit vanger ma honte ?
G Dieux! ne le permettes pas,
C'est trop, de punir du trépas, Vne espreuve indiscrette, ou la fieure domine ;
L'Amour a fait ce petit ieu.
N'endurés pas qu'un autre feu Allume dans son sang, un brasier qui la mine.
S'il faut subir vostre courroux,
le suis tout prest à deux genoux.
De me voir immoler, comme vne humble victime :
Philis a moins failli que moy.
Et c'est le soupçon de ma foy Qui l'as mis en Testât, que vous appelés crime.
Mais ridicules vanités,
Qui dans vn grand mal me flattés,
Sous lequel, sans remède, il faut que ie succombe! Allés tromper d'autres espris :
Lorsque la parque m'auras pris,
Elle dispensera ma Phiilis de la tombe.
Ainsi ie viuray par ma mort.
Et qui n'enviera point mon sort Quand on sçaura l'endroit, où ie l'aurai seruie?
Il fait beau mourir à ce pris.
Et ie serois dans le mépris Lorsqu'elle souffre tant, d'auoir soin de ma vie.
Pendant que ie me plains ainsi.
Hélas! quel excès de soucy, On me vient rapporter, que ma malade empire ?
Enfin, Philis, tu veus mourir.
Hé bien, ie vais aussi périr, le manque, mais la faute est belle, car i'expire ?