‹ Les restes de la guerre d'EstampesChapitre 98 sur 101 · SVR LA MORT D'VN ENFANT, A SA MERE · texte numérisé non relu

SVR LA MORT D'VN ENFANT, A SA MERE

Il est mort, Madame, il est mort, Et la cruauté de la parque.

N'a pu si mal traitter son sort.

Qu'il ne soit celui dVn Monarque :

Nous ne viuons que pour mourir, Le corps n'est fait que pour pourrir; Ce discours a fort peu de charmes. Mais n'en est pas moins humain, Puisque ceux qui versent des larmes, Souuentenont le lendemain.

Le ciel a de rudes reuers Qu'il fait passer pour des visites ; Ce qu'il semble voir de trauers, Est quelquefois plein de mérites :

Les Athées et les ingrats Rarement ont senti son bras.

Il les aiîeugle dans leur vice, Et comme ils sont presque endormis, II laisse au bord d'vn précipice, D'eux-mesraes cheoir ses ennemis.

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Il est vray qu'vn trop grand effort Fait succomber à la foiblesse.

Et la main qui porte si fort, Ne sçauroit pas qu'elle ne blesse :

La douleur est au plus haut rang, Quand vne mère perd son sang, La raison cache sa lumière.

Et la Nature a trop d'appas, Pour voir coucher dans vne bière.

Son fils et ne le pleurer pas.

Ce trait peut-il estre vainqueur?

le pèche contre ma mémoire.

Et c'est mal lire en vostre cœur.

Que l'instruire contre la gloire :

Elle retient en ces malheurs, Vn commandement sur vos pleurs.

Et sans agir à l'ordinaire.

Vous faites voir à vos amis Que ce qu'approuue le vulgaire, Ne vous est pas mesme permis.

Le temps, ou ce fils est raui , N'a point d'objet qui l'importune, 11 n'auoit encore servi D'aucun ioûet à la fortune; Cet engagement de la Cour Que vous lui prépariés vn jour,

144 Le^ Restes

Est une ingratte seruitude.

Ou les esprits les plus adrois Ne rencontrent qu'inquiétude, Plus ils approchent de nos Rois.

Et puis Dieu vous laisse vn aisné Qui sçait mériter cette place.

C'est un ieune homme si bien né Qu'il doit charmer cette disgrâce; Il a d'inestimables trais.

Pour suffir à tous vos souhais.

le redoute sa modestie En traçant ses perfections :

Mais peut-il me prendre à partie Quand ie preuois ses actions ?

le parlerois à contretemps De poursuiure cette matière, Le but de celle, où ie m'estends, S'arreste dans un Cimetière :

Mon pinceau manque de couleurs, Et si ma main a quelques fleurs, Ce sont pour couronner vn Ange, Qui, malgré ces tristes apprests.

Voit naistre par vn heureux change, Ses lauriers entre des Cyprès.

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Madame, excusés le dessein D'vne plume si mal conduite, Ce que ie cache dans le sein La deuoit rendre mieux instruite :

Mais l'éloquence perd son pris Auprès des iugemens surpris.

Et la plus belle Rhétorique, Lors qu'elle enuisage vn cercueil, Ne peut faire vn Panégyrique De ce qui fait porter le deuil.

APOLOGIE POVR VN ESTRANGER SEVLEMENT SOVPÇONNE' ET MESPRISE' PAR LES IGNORANS.

Qui que tu sois, braue inconnu, Qui fais voir en tes vers ta passion dépeinte, Resioûis toy, Philis en a chéri la plainte,

Les bons espris l'ont soustenu :

Tu dis auec plaisir, ce qu'on souffre auec peine.

Le laid de l'amour paroist beau,

Et tu sçais presque oster la haine, Que naturellement chacun a du tombeau.

N'attends pas que d'vn vain effort.

le tasche en ce chiffon de rehausser ta gloire, le soupçonne desia que la Seine, ou la Loire

Ont bien décidé de ton sort; Tu ne viens pas icy chercher quelques refuges,

Ou bien ton nom ambitieux,

Ne veut point auoir d'autres luges.

Entre tous les humains, que Philis et ses yeux.

Asseure toy de leur faueur.

Tu te peux bien vanter de leur auoir sceu plaire, Auec ioye ils ont leu, ce qu'ils auoient pu faire.

Ils ont condamné leur rigueur : Que ce soit par pitié, que ce soit par iustice,

Apres t'auoir fait tant de mal ;

Si la copie est leur délice, Croy qu'ils n'agréront pas moins son original.

Mais permets moy de te laisser, Apres t'auoir fait part de ces bonnes nouuelles, La vengeance m'emporte et les raisons sont telles.

Que tu ne peus t'en offencer ; C'est pour entretenir ces espris à la mode,

Ces gens à mesdire de tout.

Qui pourueu qu'ils sçachent dire Ode, Croyent auoir couru Parnasse iusqu'au bout.

Leur procédure fait pitié, Parlés leur clairement, vous estes du vulgaire. Parlés leur hautement, ils ont trouué l'affaire,

Ce passage est pris à moitié :

de la Guerre d'Estampes. 147

Là Madame s'en mêle, et l'on voit sur sa bouche

Fleurir vn reproche mignon,

Martin de Ville est d'autre souche, Ouy vrayment de sa part, dittes de Boudignon.

Ce Gentilhomme est trop bien né, Soit en collateralle, ou bien en droite ligne, Pour souffrir qu'vn concierge, ou bien planteur de

En fait de vers soit condamné : [vigne

A quelque point d'honneur, où monte sa puissance

le luy demande humble pardon;

Si ie dis, que sauf sa naissance, Il peut bien hasarder d'aymer vne...

D'VN CROCHETEVR ACCVSE' DE N'AVOIR PAS DIT GARE, GARE, QVI GAIGNA SA CAVSE.

Vn porteur de bois dans Paris Deschira le manteau d'un braue, Qui le fit traisner comme esclaue Par quatre pousse-culs, qui l'eurent bien-tost pris : Le luge l'interroge, et dit qu'il se deffende, Donnant quelque raison du fait qu'on lui demande ;

Mais le drôle ne respond rien, Dont le luge fasché, vient dire à la partie,

Hé ! vraiment vous l'entendes bien.

Que faire d'vn muet, d'vn sourd sans repartie ? D'vn muet, reprit l'autre ; aussi fort qu'vn taureau. Naguère il me crioit, gare, gare en la rue. Enfin repart le drôle, il s'est coupé le veau, La vérité Monsieur vous paroit toute nue, Dieu sçait s'il sceut auoir après Despens, dommages et interests.

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