Cuarzes Bexoisr : Le travail dans la grande industrie
Revue des Deux Mondes. 1902, pp. 871-899 spp.
d'ordre sentimental viennent s’en ajouter d’autres d'ordre politique. L'industrie minière, à la diftérence des autres qui peuvent le plus souvent s’établir ici ou là, est liée aux gisements qu’elle exploite ; les ouvriers qu’elle emploie se trouvent donc par la force mème des choses, groupés sur un point quelconque du territoire, et ce, en nombre suffisant pour former à eux seuls, un collège électoral. Leurs représentants, et ceci n’est pas un avantage de mince valeur dans un pays de suffrage universel, sont donc à peu près exclusivement chargés de défendre leurs intérêts, leur circonscription n’en ayant le plus souvent pas d’autres. Ainsi voués à une tâche dont l'unité facilite l’aceomplissement, ne risquant pas, comme cela peut se produire ailleurs, en satisfaisant une partie de leurs électeurs, de mécontenter les autres, ils sont bien plus à même de tirer parti des pouvoirs que leur confèrent leurs mandats. Ils sont bien plus les représentants d’une corporation que d’une circonscription, et comme tels, ils mettent au service exclusif de celle-là, toute l’ardeur et toute la compétence que d’autres se voient contraints de dépenser à la défense des intérêts multi-
formes et souvent contradictoires de celle-ci.
Les raisons d'ordre social. — Il faut ajouter à toutes les considérations qui précèdent que la corporation minière est, sans: contredit, la plus forte-
ment organisée quise puisse trouver ; de bonne heure, les mineurs ont fait leur éducation sociale ; ils ont été des premiers à profiter des avantages que la législation ouvrière pouvait leur procurer ; groupés en syndicats et en fédérations de syndicats, ils n’ont cessé par des congrès tant nationaux qu'internationaux de faire valoir leurs revendications.
Cette ardeur à soutenir leurs idées et à les propager a doxné aux ouvriers mineurs une cohésion qui fait d'eux une force sociale supérieure à celle que re présente d’autres industries au personnel aussi nombreux, mais plus disséminé et moins conscient : ils sont bien, selon le mot de Jules Guesde « la corporation d'élite ».
Les mineurs, qui se sont ainsi, par leur nette compréhension de ce qu'était, ou devait être, le travailleur moderne, placés à l'avant-garde de la classe ouvrière ne mériteraient-ils pas, à ce seul titre, de bénéficier de quelques avantages spéciaux ? Pour notre part, nous n’hésitons pas à le penser et nous estimons que ces avantages se justifieraient, s'ils avaient besoin de l’être, par l’exemple qu’ils donnent aux autres travailleurs en leur montrant les bienfaits qui se peuvent retirer de l’esprit d'association et de p rogrès.