LES DÉLÉGUÉS A LA SÉCURITÉ DES OUVRIERS MINEURS
On a vu que la législation française pourvoyait à la sécurité des ouvriers mineurs par un ensemble de dispositions confiant aux ingénieurs des mines la surveillance des exploitations minérales. Sans rien changer à cette organisation, la loi du 8 juillet 1890 est venue la renforcer en juxtaposant à la surveillance des agents de l'État, celle des intéressés euxmêmes.
Il y a là une idée des plus intéressantes à étudier, car il est à présumer que les applications s’en multiplieront à l'avenir pour aboutir à l'inspection du travail par les travailleurs. Une fois de plus la corporation minière aura servi de champ d’expérimentation.
Origines de la loi du 8 juillet 1890. — Si nous avions à décrire la genèse complète de l'institution
des délégués mineurs, peut-être en devrions-nous faire
Pr remonter l'origine à la création, à Saint-Étienne, lors de la période troublée qui suivit la révolution de 1848, de « présidents de puits » élus par les ouvriers et dont l’existence fut d’ailleurs des plus éphémères.
D'une façon plus certaine, on peut dire que l’agitation en faveur de la création de délégués mineurs prit naissance dans les « Chambres syndicales des ouvriers mineurs de la Loire » (1).Celles-ci, à la suite de, la conférence ouvrière réunie à Saint-Étienne le 1 octobre 1882, firent des démarches auprès du Parlement où l’idée fut admise, au moins en principe, sans trop de résistance. Il n’en fut pas de même au dehors, où la proposition souleva un tollé général de la part des exploitants ; des protestations véhémentes développées dans une foule de brochures furent présentées, d’où il ressortait que les délégués mineurs ne seraient et ne pourraient être que des agents de désordre et de provocation, < des énergumènes de clubs qui feront sombrer l’institution sous les scandales qu’ils occasionneront, les inepties qu'ils commettront et les malheurs qu'ils sèmeront sous leurs pas (2) » ; les conflits perpétuels, qui ne manqueront pas de s’élever entre eux et les ingénieurs,
amèneront dans les exploitations un état d’anarchie