‹ Les rétraites ouvrièresChapitre 12 sur 17 · XI. — Résumé et conclusions · texte numérisé non relu

XI. — Résumé et conclusions

Bien que j'aie déjà été très long, je sens bien que tout ce programme semblera à peine esquissé et aurait besoin de développements, que m'interdit le temps dont je dispose.

11 me semble cependant que, malgré leur brièveté, les indications qui précèdent sont suffisantes pour nlontrer qu'on n'est pas fatalement acculé à l'obligation.

L'œuvre des retraites ouvrières, comme Ta dit excellemment M. Millerand, « n'est pas seulement une œuvre d'humanité, de* bonté ; mais elle est aussi une œuvre de raison, de prudence et de prévoyance politique ». Cette question est posée et ne peut pas ne pas être résolue ; mais sa solution n'est pas unique et nous pouvons choisir entre plusieurs directions pour atteindre notre but commun ; d'un côté, une grande route, toute droite, jalonnée de poteaux télégraphiques, bien alignés, bien secs, tous identiques, sans feuilles et sans verdure, où l'Etat nous enjoint de nous engager sous l'aimable escorte du gendarme et du percepteur ; de l'autre, tout un réseau de chemins ombreux serpentant à travers des futaies hospitalières, où la mutualité nous servirait de guide et de soutien pour nous conduire à destination.

En d'autres termes, nous sompaes arrivés à un carrefour où nous^avons à opter entre le système allemand

ou le système belge, qui est aussi le système italien.

Pour notre part — et nous avons dit nos motifs, — si nous sommes loin de refuser notre hommage à lampleur du système allemand en Allemagne, — où son succès relatif s'explique par des raisons historiques, par la décentralisation communale, par l'autonomie corporative, par l'unité morale et la forte discipline des esprits, — nous restons convaincu que le système de « la liberté subsidiée » convient mieux à notre tempérament, comme à notre génie national, et que nous serions imprudents de vouloir implanter chez nous une organisation qui ne trouverait pas dans notre terrain les éléments nécessaires à sa vitalité.

Au récent Congrès de Vienne (19 septembre 1905), M. Bœdiker, avec la grande autorité qui lui appartient, a nettement reconnu que chaque pays devait donner son caractère propre à ses solutions de prévoyance et, à cette occasion, il a ingénieusement comparé le problème des retraites ouvrières à celui du logement populaire qu'on peut traiter par la maison collective ou par la maisonnette isolée. « Qu'importe, ajoutait-il, pourvu que chaque travailleur ait un toit sur sa tête? L'uniformité n'est qu'une gêne et non un mal » (1).

Du moment où le sort des vieillards indigents est désormais assuré par la loi d'assistance, l'obligation a perdu son excuse et l'on n'est plus qu'en face d'une clientèle de prévoyants, qui est de taille à se mesurer avec les viriles et fécondes solutions de la mutualité libre.

Nous no repoussons pns. ou Ta vu, le concours de

(1) Le Matin, 21 septembre 1905.

I*Etat ; car nous attendons beaucoup de lui ; mais nous voudrions qu'il s'inspirât, dans ses interventions, du principe : « le minimum d'Etat et le maximum de liberté » (1).

La mutualité voit s'ouvrir devant elle de lumineuses et profondes perspectives, qui se dérouleront si on la laisse vivre dans la plénitude de sa liberté, mais que viendrait brusquement barrer TobligHtion. Nous demandons, qu'on ait foi en elle, qu'on l'aide sincèrement à remplir ses destinées, au lieu de ne lui laisser que la liberté apparente de l'oiseau dans la cage, en l'enfermant, en réalité, dans un organisme de fer, dont elle ne serait qu'un rouage passif. Nous demandons que ce grand problème des retraites soit résolu nx)n à « TAllemande » mais « à la Française», par la libre initiative des patrons et des ouvriers, avec les subsides et les encouragements de l'État; nous demandons, enfin, que cette forme de la prévoyance ne violente pas et ne tarisse pas les autres; c'est-à-dire que demain comme aujourd'hui, il soit loisible au père de famille de consulter sa sagesse, sa conscience et sa sollicitude envers les siens, pour régler librement leurs intérêts, assurer leur existence et leur avenir, sans subir le joug tyrannique d'une consigne bureaucratique, implacablement uniforme et hors de laquelle il n'y aurait point de salut.

Je m'arrête et crois ne pouvoir mieux conclure qu'en m'appropriant un passage de la pétition collective que viennent d'adresser aux Chambres les syndicats et les groupements patronaux les plus autorisés à parler au

(1) Voir \es Limites de V intervention de TÉ^af, par M. E.Cheysson (Guillaumin).

nom de Tagriculture, du commerce et de l'industrie.

« Nous pensons que le libre développement de la « Mutualité, énergiquement encouragé par de larges « subventions de TEtat, pourrait assurer, beaucoup « mieux que l'obligation légale, la solution du grave « problème soumis aux délibérations de la Chambre « et parviendrait, par des efforts successifs, à donner « aux ouvriers et à leurs familles, la sécurité du len- « demain, d'autant plus rapidement et plus complé- « tement que la richesse publique progresserait sans « entraves et qu'on s'appuierait davantage sur la libre « volonté des intéressés, sans laquelle aucune institu- « tion n'est durable dans une démocratie. »

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