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VIII. — Évolution de la mutualité

En dépit du décret do 18r)2 plein de restrictions et de iléfionces, la mutualité avait pris de remarquables développements; mais c'est depuis que la loi du S avril 1898 Ta mise en possession de « sa charte d'afl'ranchissement », qu'elle a vu s'ouvrir devant elle un champ très vaste et que ses progrès ont pris un essor considérable. Ses détracteurs la comparaient ironiquement à « un tombereau de sable »; uu is, grâce à ses groupements locaux couronnés par la fédération nationale, ces grains de sable, que le vent pouvait soulever et disperser à son gré, se sont ^^oudés et agrégés par le ciment de Tunion, de façon à former un granit compact et résistant, capable de fournir un fondement solide aux plus imposantes constructions.

La mesure de la puissance mutualiste nous est donnée par la loi belge du 10 mars 1900, à laquelle nous avons déjà fait plusieurs fois allusion et qui a recouru, pour canaliser les retraites, à la mutualité libre avec de larges subsides de TEtat.

En quatre ans, le nombre des Sociétés de secours mutuels versant pour leurs membres à la Caisse générale d'épargne et de retraite est passé de 1.628 à 4.1 SI ; celui des nouveaux comptes ouverts à cette Caisse s'est accru de 475. S65. Or, d'après le dernier recensement de 1900, la population belge est de 6.693.548 habitants,

c'est-à-dire environ le sixième de la population française.

Ce que les Belges ont fait, nous devons savoir le faire, à la condition de nous inspirer de leur exemple et d'imiter l'ardeur qu'ils ont apportée dans l'application de leur loi de retraites.

Si la mutualité a réalisé les progrès que je rappelais il y a un instant et dont elle a le droit d'être justement fière, il lui en reste à faire de plus grands encore, notamment du côté des campagnes qu'elle a entamées à peine jusqu'ici. Sur nos 36.000 communes, il y en a peut-être 20.000 à 25.000 qui sont encore dépourvues de toute institution mutualiste. C'est là un immense domaine, en partie vierge, etqu'ils'agitde mettre en valeur.

A côté de cette mutualité rurale à développer, sinon même à créer, nous avons à installer partout la mutualité maternelle qui, par les secours et les soins donnés à la mère en couches et à son nourrisson, sauvera cette graine précieuse, sur laquelle nous devons veiller avec d'autant plus de sollicitude qu'elle est, hélas ! plus rare.

La mutualité scolaire, avec son rapide essor, nous recrute pour l'avenir des légions de mutualistes.

La mutualité familiale, dont lunité est la famille et non plus l'individu, associe d'une façon étroite la femme à une organisation, dont elle supporte aujourd'hui les charges, sans participer à ses bienfaits. Pour compléter cet acte de prudence et de justice, il faut, — outre la retraite viagère et égoïste, que le père emporte avec lui dans la tombe sans en rien laisser aux membres survivants de sa famille, — il faut, dis-je, organiser au profit de la veuve et des orphelins une réversibilité de pension et une assurance en cas de décès.

En associant d'une façon intime la femme à l'œuvre

mutualiste, et en la préparant à ses devoirs domestiques par un enseignement ménager largement organisé, on pourra demander et obtenir son concours pour réaliser, cette évolution d'une portée considérable qui substituera, dans une large mesure, la prévention de la maladie à son traitement, c'est-à-dire Thygiéne et la prophylaxie aux ordonnances pharmaceutiques, pour le plus grand profit des familles et des finances mutualistes (1).

La réassurance, qui déjà fonctionne localement avec succès pour secourir les maladies chroniques, pourra se développer et se préciser, de manière à prendre les proportions d'un service d'assurance contre l'invalidité, sans les abus et les dangers inhérents à l'organisation d'un pareil service par l'Etat. Comme la veuve et Torphgliii, l'invalide est frappé par un malheur imprévu, et il e^t, à ce titre, plus intéressant que le vieillard qui a toute la partie active de la vie pour se préparer à la crïsQ de la vieillesse (2).

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