LES IGNORANTS DE LA GRAPHOLOGIE SE SONT-ILS TROMPÉS
Le nombre des inexpérimentés de la graphologie qui ont étudié nos documents au point de vue de l'âge est de 14. Chacun a examiné 76 enveloppes, sauf 3 qui en ont examiné 120 i. Nous allons d'abord, sans entrer dans les détails, chercher quelques-unes des caractéristiques de leurs réponses. Nous observons les faits suivants :
1° Tous ont une tendance à concentrer leurs réponses autour de la moyenne. C'est la tendance déjà observée chez les professionnels. Elle existe chez tous, à des degrés divers. Certains ont poussé la concentration jusqu'à ne pas dépasser, dans leurs appréciations les plus élevées, l'âge de 50 ans. La moyenne autour de laquelle le groupement se fait est toujours celle de 30 à 40.
2° Quelques-uns des ignorants de la graphologie ont une tendance à vieillir les écritures, d'autres au contraire ont une tendance à les rajeunir. 11 n'y a rien de général. Exemple : M. B. vieillit 40 écritures, et il en rajeunit 30. Mlle Cam., une jeune fille, vieillit 26 écritures et en rajeunit 38. Si l'on réunit dans une moyenne les solutions données par tous les expérimentateurs, on obtient des chiffres qui sont dépourvus de toute signification. Je compte en effet que le nombre de vieillissements a été de 361, et celui des rajeunissements a été de 371. Il y a balance. Peut-être l'âge des experts n'a-t-il pas été sans influencer leurs expertises. Il semble que les plus
1. J'ai réduit le nombre à 76, parce que je n'ai pas voulu montrer à des instituteurs des écritures d'instituteurs, de crainte que quelques spécimens ne leur fussent connus.
jeunes rajeunissent les écritures, tandis que les plus âgés les vieillissent. Ainsi, voici trois jeunes filles de moins de 20 'ans ; toutes trois ont fortement rajeuni les écritures. Une jeune fille de 24 ans offre la même tendance. Au contraire, une dame de 58 ans et un homme de 52 ans ont fortement augmenté l'âge réel. Mais il y a des exceptions, et ce que nous disons là n'est pas du tout une règle générale.
Arrivons maintenant au point le plus important, la moyenne d'erreur commise. On sera étonné de sa faiblesse. Ces ignorants ont été bien habiles. Voici la série d'erreurs en regard de chaque nom :
Écart moyen
Mme M... (58 ans, sans profession) 14,5
Mlle C... (18 ans, cuisinière) 14,2
Mllc M... (17 ans, sans profession) 13,90
Mlle A... (16 ans, sans profession) 13,45
MIle M. -T... (22 ans, institutrice) 12,7
M. X... (instituteur) 12,7
Mlle P... (24 ans, institutrice) 12
Mllc F.-T... (46 ans, directrice d'école) 11.8
M"e B... (51 ans. directrice d'école) 11,5
Mme B... (36 ans directrice d'école) 10.8
M. B. A... (52 ans, inspecteur primaire) 10,6
En parcourant cette liste, ont s'aperçoit que certains ont fait des erreurs si fortes que pratiquement elles se distinguent à peine du pur hasard ; telles sont les erreurs de ceux qui sont tout en haut de la liste; elles voisinent 15 ans; elles sont cependant constamment inférieures à ce nombre, sans aucune exception, de sorte que bien réellement ces experts sans initiation de graphologie ont tout de même perçu quelque chose.
Parmi ces ignorants on en trouvera un bon nombre dont la finesse de perception est égale à celle des graphologues, et pourrait même être enviée par des graphologues connus. Voilà un fait bien inattendu.
J'étais curieux de connaître l'opinion des graphologues sur ces résultats. L'un d'eux m'écrit : « Votre expérience sur les erreurs des ignorants met en relief que les ignorants sont, à un degré très appréciable, des graphologues intuitifs, qui font de la graphologie comme M. Jourdain faisait de la prose. Plus vous prendrez des ignorants inintelligents, plus vous vous rapprocherez des solutions de hasard. Cette
expérience avec les ignorants est favorable à la graphologie, tandis que vous paraissez en faire un argument contraire. » Après réflexion, il me semble que mon correspondant a raison, et que moi je n'ai pas tort. Les solutions fournies par certains ignorants en graphologie sont favorables à la graphologie d'intuition, c'est vrai ; mais elles ne le sont pas autant, ce me semble, à la graphologie raisonnée, — du moins en ce qui concerne cette question très spéciale de la détermination des âges *.
1 . On me fait remarquer au sujet de ce passage qu'il n'existe pas encore de graphologie raisonnée au sujet de l'âge. Dont acte.