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Il quitta Pians sans m'avoûr dit adieu» Arrivé à Coulon il trouva Denise sous l'auvent de l'é* s^isenistique; elle venait de prier, et se* yeux étaient brûlé* de larmes. Aussitôt qu'elle aperçut Horace elle cacha sa tète dans ses mains et se sauva en sanglotant. Horace alla vers maître Bideau, et, après l'avoir embrassé, lui demanda l'explication de la réception étrange que Denise lui avait faite. Maître Bideau cou* vrit sa figure de ses mains et s'éloigna sans ré* pondre. Horace, stupéfait, aperçut le sacristain qui traversait le village ; il courut à lui et s'informa de ce qui était arrivé dans la famille de maître Bideau. Le sacristain se signa et ne ré* pondit que par une exclamation de pitié douloureuse.
Muse de l'indulgence et du pardon, Muse des âmes tendres, faibles et délaissées, Muse qui avez chanté déjà les douleurs d'Ariane et de Didon , racontez*noua pourquoi Denise en présence .d'Horace s'est enfuie en sanglotant, pourquoi maître Bideau a couvert de ses doigts son auguste face* pourquoi le sacristain n'a répondu qu'en se signant !
Horace venait de partir une troisième fois pour Paris, et Denise se voyait condamnée à un célibat perpétuel. Les jeunes garçons de l'en*
droit, savaient l'histoire de te» attonm et portalent leurs hommages à des cœurs moins rebelles. Denise se mourait d'ennui : comme le roi de» i prophètes elle ressemblait au pélican des déserts en au passereau solitaire; «Me ▼oyait sa jeunesse passer comme l'ombre et elle se desséchait comme l'herbe des près; chaque jour lui enlevait quelques débris de sa beauté; les fleurs de son printemps se flétrissaient avant d'avoir été cueillies; elle ne se plaignait pas, mais il était facile de lire sur son visage les ravages que le chagrin et Tennui exerçaient dans son coeur; on ne la voyait plus aux fêtes ni aux baUade$9 et les mères disaient en la montrant à leurs filles : — Voilà Denise qui se meurt d'amour pour un savapt qui la dédaigne.
La tristesse et le découragement de la mal* heureuse fille étaient dans leur paroxysme lors* qu'une ordonnance du préfet des Deux-Sèvres envoya à Coulon , par je ne sais quel motif d'ordre et de tranquillité , un détachement de btossards en garnison dans le département. Le maréchal des logis qui commandait ce détache* ment était un jeune et beau garçon, brun, bien taillé, fanfaron, et doué par la nature de deux yeux bleus charmants et d'une paire de petites
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moustaches blondes qui se relevaient avec une grâce infinie sur une lèvre fraîche et rose : il vit Denise et lui fit la cour. Qui n'a pas eu dans sa vie une heure de faiblesse et d'oubli ! Denise succomba. Le régiment de hussards fut envoyé en garnison dans un autre département, et, comme Bacchus, l'infidèle maréchal des logis abandonna son Ariane. Quelle femme n'a déjà pardonné à Denise! quelle main osera lui jeter la première pierre ! Tous les cœurs la plaignirent, aucune voix ne s'éleva contre elle; mais quelle Ame un peu haut placée s'accommode de la pitié? Denise comprit sa honte, et la pauvre enfant n'aurait pas survécu à sa chasteté si elle n'eût senti remuer dans ses flancs le fruit d'un mouvement d'erreur.
En apprenant cette triste histoire Horace demeura consterné : il ne pouvait pas se dissimuler qu'il était la cause première de tout le mal et que c'était en jouant avec la destinée de Denise qu'il avait précipité la faible créature dans un abîme sans fond.
En faisant un retour sur sa vie passée il n'y trouva qu'un monstrueux égoïsme auquel il avait sacrifié avec une niaiserie impitoyable le bonheur des êtres qui l'aimaient. L'ivraie du monde de la littérature n'avait point encore
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étouffé complètement dans le coeur de ce jeune homme tout ce que Dieu y avait semé de bon grain. Cette fois il ne pleura point sur ses fautes; mais, résolu à les racheter par une cou* rageuse expiation, il alla voir maître Bideau et lui dit :
— J'ai toujours trouvé en vous l'affection la plus généreuse et la plus tendre, et jusqu'ici je ne vous ai pa yé que par la plus horrible in* gratitude. Pardonnez-moi : je viens réparer mon crime autant qu'il m'est permis de le faire à cette heure.
— Je ne veux que ton bonheur, dit maître Bideau.
— Et moi, ajouta Horace, je veux épouser Denise et devenir père de son enfant.
Bideau pressa Horace sur son cœur.
— Sois béni mille fois! dit-il, je te retrouve enfin ! Te voilà tel que le ciel t'envoya sur la terre, tel que je t'aimais avant que le monde n'eût perverti en toi les dons sacrés du Créateur. Sois encore béni, Horace ! Je te sais gré de ton dévouement, mais je ne puis l'accepter.
— Que voulez-vous dire? s'écria le jeune homme.
— Je veux dire que tu t'abuses, mon garçon ; tu présumes trop de tes forces, tu prends