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les égoïsmes. Horace aurait dû savoir que la victime qui ne se couronne pas de fleurs perd tous les honneurs du sacrifice.
Aux souffrances d'amour -propre et de vanité qui torturaient ce cœur la calomnie ajouta des maux plus cuisants. Toutes les langues du pays accusèrent ce jeune homme d'avoir refusé d'épouser Denise tant qu'il avait pu se passer de la fortune de maître Bideau, et de ne l'avoir prise que comme un pis -aller, comme une dernière ressource, comme quelque chose de préférable à l'hôpital ou à la Morgue. Les personnes qui avaient le plus exalté son génie et qui enviaient à Denise l'honneur d'une aussi belle alliance ne furent pas les moins empressées à jeter la défaveur et la déconsidération sur Horace. On prétendit qu'il n'avait pas prêté mais vendu les eaux lustrales de son nom au déshonneur de MUe Bideau. Que ne prétenditon pas? Il nous est plus facile de croire à la lâcheté qu'à la vertu, tant nous nous connaissons bien nous-mêmes.
Par une pâle journée d'octobre, entraîné par ses souvenirs et par cet instinct inné dans l'homme qui le pousse invinciblement vers la douleur, Horace arrêta son cheval au pied de la colline qui mène au château de Parthenay.
U était là, triste, rêveur, immobile, écoutant les feuilles jaunies que le vent chassait dans la plaine, cherchant à saisir dans les murmures confus de l'automne un écho mélancolique de son printemps évanoui ; il était là depuis une heure lorsqu'il aperçut tout à coup, au détour du sentier, la comtesse de Bauvernay et Roger, qu'emportaient deux chevaux fougueux. Flavia était jeune et belle, et Roger jeune et beau. Us s'éloignèrent sans avoir reconnu le sombre et maigre jeune homme.
— Voilà, dit - il en les suivant de son triste regard , voilà l'ombre de mes jeunes années qui passe !
Ses jours se traînaient lents et solitaires. Il se consola en pensant que le chagrin abrégerait le temps de son expiation. Prétention vulgaire ! Tous les malheureux ont espéré mourir de douleur, mais la douleur ne tue pas.
Par je ne sais quelle amère plaisanterie de la destinée Horace prit du ventre et devint père de deux filles. Il fleurissait dans la douleur comme les primevères sous la neige,
Denise perdit dans ses couches se$ cheveux et le reste de 9es dents.
Pour maître Rideau, frappé d'un rhuma»
tisme qui prenait sa source dans les coteaux de
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Saumur,. il ae montrait de jour en jour plus insupportable.
L*s d'attendre la mort, qui ne venait pas, Horace se tourna de nouveau vers le suicide comme vers une maîtresse délaissée qu'on rappelle aux heures de solitude et de désespoir. Nous touchions alors à Tété de l'année 1893, année de deuil qu'ont baignée tant de larmes. Horace, résolu à en finir avec la vie, prit ses dispositions avec calme. La veille du jour où il devait mettre son funeste projet à exécution il prétexta je ne sais quelle nécessité d'aller à la ville voisine. Il sella lui-même son cheval et mit dans les arçons deux pistolets vaillamment chargés. Il embrassa tendrement sa femme et son beau-père et partit au galop. Il brûla la route et arriva à Niort couvert de sueur et n'en pouvant plus. Il laissa son cheval au Raisin-de- Bourgogne, et alla se recueillir à Belle-Isle, sur le bord de l'eau. C'était le soir ; il soufflait du nord -ouest un petit vent frais qui glaça la sueur dont Horace était encore inondé. Rentré à l'auberge il s'agenouilla, pria Dieu de lui pardonner les mauvaises actions qu'il avait commises et les mauvais livres qu'il avait faits, plaça sous son chevet deux pistolets , voulut voir encore le soleil avant de mourir; et se jeta 2 15.
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au Ut en attendant son dernier jour. Il mou* rut durant la nuit du choléra.
C'est ainsi que tout manqua à cet infortuné jeune homme, l'amour, la gloire et le suicide : punition sévère, mais juste, que* Dieu a sans doute infligée à l'un de ses enfants pour décourager les ambitions outre-cuidantes et leur enseigner le bonheur obscur et modeste : éclatante leçon qui ne corrigera personne!