C Y MUER
un ordre si élevé? où voulez-vous qu'il trouve, en descendant de sa mansarde, la femme parée des perfections que vous lui avez laissé entrevoir? où trouvera-t-il la fée de ses rêves, Fange de ses illusions? Hélas ! vous nous avez fait de l'amour un désir brûlant qui ne se pose jamais, une fièvre qui ronge sans cesse, une soif ardente qui ne s'apaise pas : pourquoi nous avoir enseigné le mépris de jouissances moins pures et de voluptés plus faciles? pour* quoi nous avoir créé cette affreuse lutte de l'âme -et de la chair, de la terre et du ciel ? N'était-ce pas assez de tant d'ambitions et de douleurs qui se partageaient nos jours? nous fallait-il aussi les rébellions du sang, les nuits embrasées et les cuisantes insomnies !
Compagnons , telle a été ma vie , vide d'événements et d'actions , complète par la souffrance et l'expérience du coeur. Me voici devant vous comme une plante brisée, comme une herbe de la prairie où le vent d'orage a passé; nous voici tous, las de chercher un lieu pour nous asseoir, de n'avoir point trouvé à travailler, vieux et usés pour n'avoir pas pu vivre.
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Je viens à tous parce que vous avez souffert et que la douleur vous a faits mes frères. Vous avez souffert parce que vous étiez grands. Le commun des hommes accepte la destinée et s'en laisse écraser parce qu'il ne se sent pas la force de soulever le fardeau ; mais les cœurs qui sentent, mais les âmes qui pensent se révoltent contre l'injustice du temps et des hommes. La douleur est un don du ciel ; c'est une volonté divine qui nous excite à combattre et à triompher.
Je viens à vous sans savoir où vous allez me conduire. Peut-être, ô mes amis, ne savez -vous pas encore ou la main de Dieu vous guidera ; mais, quelque sombre et cachée que soit la route, vous la trouverez, car vous avez de nobles cœurs, des cœurs dévorés de zèle, de conviction et d'enthousiasme.
Marchez devant moi, je vous suivrai. Me me remerciez pas, mes frères : qu'ai -je à risquer? qu'ai -je à craindre? N'ai -je pas perdu toutes mes illusions dans le monde tel qu'il existe ? n'ai-je pas vu s'évanouir tous mes rêves? N'ai-je pas été repoussé partout, froissé à tous les membres , brisé par tous les pieds ? ne suis-je pas réduit à errer comme une ombre autour de la demeure des vivants? Accueillez -moi;
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prenez ce qui me reste de jeunesse et d'énergie, et faites qu'elles servent à quelque chose. Pour vous, ne tous arrêtez pas à tous compter et à tous contempler; ne tous amusez pas aux futilités du costume , aux mysticités de votre foi nouvelle, comprenez bien votre mission : voyez qu'elle est large et belle; ne tous endormez pas dans le noble orgueil de jce que tous avez voulu faire. Marchez ! Vous êtes les hommes de l'avenir, vous avez entamé le présent; mais songez que les premières pierres de l'édifice nouveau sont à peine apportées auprès de la raine qui va crouler. Serrez vos rangs ! rallumez votre espoir et le mien ! Oh ! travaillez, ne quittez pas l'œuvre ! L'œuvre est grande et plusieurs siècles ne suffiront pas sans doute pour l'élever; mais la dureté romanesque de l'entreprise, c'est là ce qui vous fait si grands, c'est là ce qui m'attire vers vous , o colosses de volonté ! Marchez toujours et traversez d'un front serein la foule de ces hommes qui vous accablent de leurs insultes ou de leur indifférence. Il faudra bien que ce siècle perclus se réveille un jour aux convulsions de l'agonie; il faudra bien qu'il se sente mourir et qu'il voie sa tombe ouverte qui l'attend* Alors il lèvera les yeux vers vous et il demandera son
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salut à ces doctrines nouvelles qu'il n'aura voulu ni comprendre ni protéger. Il faudra bien alors qu'il bénisse ces intelligences fortes et patientes, ces âmes magnanimes et robustes qui auront travaillé pour lui dans le silence et dans l'abandon, dans la misère et dans la douleur.
Ainsi parla le jeune Cyprien.