Voir ci-dessus, pa^e
étal par la pensée, il serait sans doute impossible de le rencontrer en realité.
Nos rêves sont donc perpétuellement et alternativement composés de ces successions d'idées engendrées par le travail spontané de l'esprit, et de ces mille notions incidentes provoquées par les influences du monde matériel. La façon dont ces deux principes se combinent et réagissent tour à tour l'un sur l'autre renferme surtout le secret des rêves les plus décousus et les plus incohérents.
Quant au rôle que joue dans nos rêves l'imagination proprement dite, si nous y portons soigneusement l'analyse, nous reconnaîtrons qu'il ne consiste pas seulement à former des composés nouveaux avec les éléments acquis, en enfantant parfois de ces visions enchanteresses qui semblent résumer toutes nos aspirations vers l'idéal, ou de ces monstrueux assemblages, hideuse réunion de tout ce qui nous inspire le plus d'aversion. A part ces conceptions qui ont toujours quelque chose d'exceptionnel , on constatera de sa part une fréquente tendance à devancer le travail spontané de l'association des idées, en lui imprimant elle-même cette direction que j'ai signalée plus haut lorsque j'ai parlé de l'activité et de la passivité de l'esprit durant le sommeil. L'imagination demeure-t-elle passive, il y a toujours in-
cohérence et décousu à l'égard des sujets qui occupent l'esprit, parce qu'alors l'enchaînement des idées s'opère au moyen d'associations tout à fait étrangères à un ordre logique de succession réelle. L'uniforme d'un soldat me fait penser à un officier de ma connaissance ; cet officier à sa sœur; sa sœur à une autre dame qui lui ressemble; cette dame à un théâtre où je l'ai rencontrée, puis à la pièce que l'on y jouait; la scène se passait en Orient; me voilà devant une mosquée, etc., etc. L'imagination tient- elle les rênes, le songe offre, au contraire, une action toujours suivie (quelle soit d'ailleurs raisonnable ou non).
Résumons, avant de passer à un autre sujet, ce qu'il nous semble résulter des diverses remarques que nous avons pu faire jusqu'ici, touchant la part qui revient à l'imagination dans le tissu de nos rêves. Cette part sera naturellement plus ou moins grande, selon la nature des esprits et selon leurs dispositions momentanées ; mais on peut dire, en principe, qu'elle ne sera jamais absolue, puisqu'une notable portion de nos rêves procédera de la seule association spontanée des idées, c'est-à-dire de la mémoire exclusivement.
La puissance de l'imagination n'ira jamais, bien entendu, jusqu'à fournir des images ni des harmonies absolument nouvelles, puisqu'elle ne saurait rien produire qui ne soit formé des matériaux