‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 116 sur 254 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

empruntés par elle à la mémoire, mais, trouvant sous l'influence du sommeil une énorme facilité pour sonder tous les casiers de la mémoire, profitant des combinaisons que le hasard amène, comme l'artiste profite parfois d'un heureux désordre qu'il n'avait pas cherché, opérant des abstractions et des rapprochements dont l'idée ne viendrait jamais à l'homme éveillé, l'imagination, affranchie d'ailleurs du joug de la raison par l'anéantissement momentané du monde réel, peut enfanter des composés d'autant plus nouveaux dans leur ensemble que nous ne saurions plus ressaisir, à l'état de veilie, les lambeaux de souvenirs dont ils sont formés.

Ajoutons enfin qu'elle nous prouve constamment à quel point l'aspiration vers le beau est innée dans l'esprit de l'homme. Une image se présente-t-elle à l'état d'ébauche confuse dans le tableau mouvant des souvenirs, si l'imagination l'achève, ce sera pour la poétiser et l'embellir. Elle obéira, en cela, aux mêmes lois qu'elle observe durant la veille, alors qu'un jour indécis, un voile, une lumière discrète lui font prêter à quelque visage entrevu dans la pénombre un charme purement imaginaire.

De l'attention. — Ici, et contre ses habitudes, M. Lemoine se décide à embrasser nettement une opinion trauchée. Cette opinion, je dois la repous-

ser énergiquement de mon côté, car elle est absolument contraire aux résultats de mon expérience. Voici donc ce qu'il avance :

« L'attention est impossible dans le sommeil qui suspend la volonté*. De quelque souplesse, de quelque fidélité que la mémoire fasse preuve dans le sommeil, je ne puis volontairement poursuivre un souvenir qui m'échappe, je ne puis choisir parmi les visions de mes songes une image où je fixe ma vue, parmi les idées qui se succèdent dans mon esprit, celle qui m'agrée pour l'analyser. »

Autant d'affirmations, autant d'erreurs positives, prouvant que l'auteur n'a traité cette question qu'en théorie, et non point d'après une méthode observatrice.

L'attention peut continuer de s'exercer pendant le sommeil, et cela par l'action d'une volonté non suspendue.

On peut s'accoutumer promptement à choisir, parmi les visions et les idées qui se succèdent en songe, celles que Ton veut fixer, retenir, analyser, ou éclaircir. Ce résultat nécessite parfois un certain effort de l'esprit qui ne s'obtient pas sans une

1 . On pourrait croire à première vue que M. Lemoine admet peut-être un sommeil suspendant la volonté, et un autre ne la suspendant pas ; mais il résulte clairement ces développements qui accompagnent ce fragment, que cette phrase doit être entendue ici d'une manière absolue.

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