TROISIÈME PARTIE
cette première période durant laquelle les organes subissent au plus haut degré l'isolement du monde extérieur, symptôme apparent de ce qu'on nomme le profond sommeil.
Observons donc, avec plus de soin que nous ne l'avons fait encore, ce qui se passe en nous alors que le sommeil nous gagne. Étudions le caractère des songes qui se présentent les premiers à notre esprit. Peut-être arriverons-nous ainsi à résoudre, sinon par des preuves positives, du moins par des présomptions très-fortes, cette question primordiale de savoir s'il est un sommeil vide de tout rêve, si l'homme peut perdre momentanément jusqu'au sentiment de son existence. Il est évident que si nous trouvons ce premier sommeil aussi peuplé de visions et d'idées que celui du matin, nous pourrons tenir pour bien ébranlé l'argument favori des matérialistes.
J'ouvre d'abord le premier cahier du journal de mes rêves et j'y lis ce qui suit1 :
« 1 5 sept. — Mes rêves de cette nuit sont coupés en deux parties, car je dormais déjà depuis une heure ou deux quand on est venu me réveiller pour me faire lever, parce qu'il y avait dans la
\ . Tout ce qui sera entre guillemets, est tiré textuellement de ce journal. Je ne change rien au style des notes qui sont extraites de mes cahiers d'écolier, afin de conserver leur valeur relative. On voudra bien en tenir compte.
chambre à côté un grand feu de cheminée, et qu'on avait peur de le voir se communiquer aux boiseries. Au moment où l'on m'a réveillé, j'étais en train de rêver que je me promenais dans les bois de la G... avec mon oncle, et que nous admirions de grands oiseaux très-singuliers, perchés sur un arbre dépouillé de ses feuilles. En voici le dessin. (Suit la représentation de l'un de ces oiseaux, tel que la mémoire m'en était resiée.) — Vers trois heures du matin, le feu étant complètement éteint, je me suis recouché et rendormi, et alors j'ai rêvé...» ^Suit la narration des rêves de ce second sommeil.)
Quelques mois plus loin, dans ce même cahier qui remonte à l'époque de mon adolescence, je trouve la mention d'un autre réveil inopiné, durant la première phase du sommeil :
« J'ai été réveillé en sursaut, quelques minutes après m'être endormi, par la chute d'un devant de cheminée que le vent avait fait tomber. Or, je ne sais si c'est la vivacité du rêve que je faisais dans ce moment-là qui m'en gravait le souvenir plus fortement dans la mémoire, ou si le saisissement qui a accompagné mon réveil y a été pour quelque chose, mais enfin, en faisant retour sur moi-même, je me suis parfaitement rappelé tout ce que je venais de rêver et comment je l'avais rêvé, sans rien oublier, je crois, du commencement à