‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 137 sur 254 · TROISIÈME PARTIE. i · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. i

la fin. J'imaginais être dans le parc du B..., causant avec le curé d'O..., qui me faisait voir une montre à répétition des plus extraordinaires, où les heures étaient frappées sur une enclume sonore par un petit forgeron d'or émaillé. Tout cela était très-clair, et aussi net que si j'eusse été éveillé. Maintenant, en me rappelant très-bien tout ce qui avait précédé, je puis le consigner ainsi : J'avais eu d'abord devant les yeux des images indistinctes et disparates, accompagnant des idées également confuses. C'était comme une vague représentation des gens et des choses auxquelles je pensais. Les figures m'apparaissaient tantôt plus nettes, tantôt plus sombres et plus embrouillées, suivant que je m'assoupissais davantage où que je reprenais par instant le sentiment de mon état de somnolence. Il y avait des moments où j'entrevoyais des branches d'arbres, avec leurs feuilles bien découpées et bien éclairées par le soleil. Dans un de ces moments-là, je pensai à la fourmilière que nous nous proposions de détruire, et qui se trouve au bout de la grande allée du parc ; je crus la voir confusément d'abord, puis très-nettement, jusqu'à distinguer les fourmis, etc., etc.

« Dès cet instant, je n'eus plus aucun retour vers le sentiment de mon existence réelle. Je crus bien à tout ce qu'il me semblait voir. J'étais doncbien endormi. Mon beau- frère était près de moi,

dans mon rêve, disposant un grand sac pour y faire mettre la fourmilière. J'entendis une voix qui m'appelait du milieu de l'allée. Je me retournai et je vis un de nos voisins, M. de C... en compagnie du curé d'O..., qui lui faisait voir sa montre. J'oubliai mon beau-frère et les fourmis qui disparurent pour ainsi dire de mon rêve, et je regardais la montre du curé dont j'ai parlé plus haut, quand le bruit qu'on faisait autour de moi me réveilla presqu'en sursaut. Pourquoi ai -je rêvé à cette montre bizarre ? je n'en sais rien, mais ce dont je suis bien sûr, c'est de m être rappelé, en me réveillant, tout ce qui m'est passé par l'esprit d'une manière ininterrompue durant mon premier assoupissement et mon sommeil si court. »

Des observations analogues, à la suite de réveils fortuits, se reproduisent encore sept fois dans mes cabiers de date plus récente. Enfin, je me fais réveiller cent soixante fois pendant mon premier sommeil, à différentes époques de ma vie, notamment durant trente-quatre nuits consécutives, et toujours, comme M. le docteur Cerise1, je constate que quelque pensée imagée occupait mon esprit.

1 . « Ce que je puis dire c'est que je ne suis jamais surpris par le sommeil, même pour une seconde, sans être lancé dans le monde des chimères. »

Introd. à l'ouvrage de M. Macario, du Sommeil, des Rêves et du Somnambulisme, par M. le docteur Cerise, p. xvn.

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