‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 139 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

a pu me permettre de constater, touchant la transition même entre les pensées de l'homme qui ne dort pas encore, et celles de l'homme qui dort tout à fait.

Un préjugé très-généralement répandu veut qu'il suffise en sendormant de rouler dans sa tête quelque pensée, pour qu'il en résulte une influence directe sur les songes de la nuit. Le plus souvent, la constatation d'un pareil fait sera tout simplementlapreuvequ'on auraconservélesouvenird'un rêve du premier sommeil, car l'un des caractères du songe est l'extrême mobilité des idées, et l'enchaînement spontané de celles qui occupent l'esprit au moment où l'on s'endort nous mène trèsrapidement bien loin du point de départ.

J'extrais de mon journal quelques fragments écrits à diverses époques, sous la première impression des faits observés :

« Je viens de m'arracher au premier sommeil dans un moment d'éclair où, me rappelant les observations que je veux faire, j'ai cru utile déconsigner ce que je viens de ressentir. D'abord c'était comme une sorte d'engourdissement, durant lequel je pensais de la manière la plus confuse aux personnes qui ont dîné aujourd'hui avec nous, et à la jolie figure de Mme de S... Son visage ne m'apparaissait pas nettement d'abord ; ensuite je l'ai mieux vu, et puis, sans que j'imagine corn-

ment cela s'est fait, ce n'était plus elle que je voyais, mais sa cousine, Mme L..., laquelle était assise devant un métier à tapisserie. L'ouvrage auquel elle travaillait représentait une guirlande de fleurs et de fruits admirablement nuancés, que je distinguais parfaitement bien, ainsi que tous les détails de la chambre et du costume de Mme de S..., quand l'idée que je rêvais et que je venais de m'endormir à l'instant me venant tout à coup à l'esprit, j'ai secoué le sommeil par un effort de volonté, et prenant mon crayon, j'ai aussitôt noté ceci, comme pouvant me servir à constater de quelle manière un songe commence, ïl me semble bien n'avoir pas eu de lacune positive entre les idées que j'ai roulées dans ma tête en m'assou pissant , et ces dernières images si nettes, si complètes que c'était positivement un rêve véritable. La transition de Mme de S... à sa cousine est seulement ce que je ne m'explique pas très-bien *. »

Quelques mois plus tard :

« ^aujourd'hui, j'ai eu la vive satisfaction de saisir bien positivement mon rêve dans son entier, depuis la dernière pensée que j'avais eue étant en-

1 . Je donne ces extraits tels qu'ils ont été rédigés à l'époque où je les écrivis. Je ne trouve aujourd'hui rien de surprenant à ce que l'association très-naturelle des idées m'ait fait passer de l'image de Mme de S.... à celle de sa cousine.

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